Le carnaval d'Alost, une ville située dans l'ouest de la Belgique, est connu pour être politiquement incorrect. Mais cette année, un char a particulièrement choqué, notamment les associations juives ou encore la Commission européenne, puisqu'on y voit deux personnages représentant les juifs de façon caricaturale. Face aux accusations d’antisémitisme, le maire de la ville assure qu’il n’y avait "aucune mauvaise intention".

Le carnaval d'Alost, dans la province de Flandre-Orientale, s’est déroulé dimanche 3 mars. Plusieurs chars ont défilé, dont celui caricaturant les juifs : on y voit deux personnages avec un nez crochu, dont l’un semble ricaner et tient des billets dans sa main, debouts sur un monticule d’argent. De faux rats sont aussi visibles sur eux. Derrière eux se trouve un faux coffre-fort, ainsi que des personnes "déguisées en juifs", avec de fausses barbes et des vestes roses.

Derrière ce char, un autre char caricaturant les juifs a défilé : on y voit, là encore, des personnes avec de fausses barbes et des vestes roses, se trémoussant sur de faux coffres-forts.

Dans cette vidéo, on voit les deux chars caricaturant les juifs, l’un à la suite de l’autre, à partir de 3:23'34.
 

"Une reproduction des caricatures antisémites dignes de l'époque nazie"

Plusieurs organisations juives ont réagi en Belgique. Le Security and Crisis Centre by EJC a dénoncé des "caricatures antisémites" (voir tweet ci-dessus). Le Coordinating Committee of Jewish Organizations of Belgium et le Forum of Jewish Organizations ont indiqué avoir porté plainte et déclaré :

La communauté juive accepte naturellement l’humour […], mais il y a des limites qui ne peuvent pas être franchies. […] Au mieux, c’est un manque de discernement honteux, surtout dans un contexte de montée de l’antisémitisme dans notre pays et dans le monde, au pire, c’est une reproduction des caricatures antisémites dignes de l’époque nazie.


Selon le directeur de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE, le Vieux continent reste ainsi "rongé par des niveaux choquants et croissants d’antisémitisme". L'agence avait publié une vaste enquête sur ce sujet en décembre 2018.

Des organisations juives ont également réagi en dehors de la Belgique, notamment aux États-Unis. De même, la Commission européenne a déclaré qu’il était "impensable de voir de telles images dans les rues européennes, 74 ans après la Shoah".
 

"Aucune mauvaise intention", dit le maire

Sous le feu des critiques, le maire d’Alost, Christoph D'Haese, a réagi en disant que ce n'était "pas au maire d’interdire [ce genre de char]". Il a également déclaré que "les participants du carnaval n’avaient aucune mauvaise intention".

D’après des médias belges, le groupe ayant préparé le char controversé, appelé "De Vismooil'n", est allé voir la police après avoir reçu des menaces de mort. Ses membres ont indiqué qu’ils avaient fait des économies cette année, afin de fabriquer un char plus sophistiqué l’année prochaine : "Nous trouvions drôle d’avoir des juifs en rose dans le défilé, avec un coffre-fort gardant l’argent que nous avons économisé. On peut s’amuser avec les autres religions également."
 

Ku Klux Klan et "blackface" également

Outre les caricatures de juifs, d’autres participants ont également pu surprendre ou choquer lors de ce carnaval, déguisés en membres du Ku Klux Klan (voir dans la vidéo ci-dessus à 1:29'30 ou dans celle ci-dessous à 24'00) ou encore déguisés en "Noirs" (phénomène du "blackface", voir dans la vidéo ci-dessus à 1:42'50).

Un carnaval déjà critiqué dans le passé

Dans le passé, d’autres chars et déguisements avaient déjà fait polémique lors de ce carnaval. En 2015, des participants s’étaient déguisés en jihadistes de l’organisation État islamique. En 2013, certains s’était déguisés en nazis et avaient défilé avec un faux wagon destiné à "déporter les francophones" de Belgique. À l’époque, l’Unesco avait condamné cela.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : De faux jihadistes dans un carnaval belge : "Il faut prendre ça à la rigolade"

En dépit des polémiques, l’Unesco a inscrit le carnaval d’Alost sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2010. Sur le site Internet de l’institution, il est écrit qu’il s’agit d’un "rituel vieux de 600 ans" et que les festivités sont "placées sous le signe de l’exubérance et de la parodie", dans une "atmosphère de rire collectif et d’humour légèrement subversif".
 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).