Les tensions entre l’Inde et le Pakistan ont été ravivées à partir de la mi-février, après des raids visant des bases pakistanaises et des avions indiens. Alors que chaque camp tente d’apaiser la situation depuis quelques jours, des vidéos postées par des internautes pakistanais font vibrer la corde nationaliste. Deux de nos Observateurs pakistanais témoignent de ces tensions.

Mercredi 27 février, le Pakistan a affirmé avoir abattu deux avions indiens au Cachemire, en réponse à une frappe préventive de l'armée indienne la veille, qui visait un camp d'entraînement islamiste en territoire pakistanais. Cette action de l’armée indienne était elle-même une réponse à la mort de paramilitaires indiens, tués le 14 février dans une attaque revendiquée par ces mêmes islamistes. De son côté, l’Inde a affirmé n’avoir enregistré la perte que d’un seul avion.

De nombreuses photos et vidéos ont circulé à ce sujet ces dernières heures, dont un certain nombre sont totalement fausses.

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Alors que le Pakistan avait affirmé avoir capturé le pilote indien de l’un des avions abattus au Cachemire, il a finalement annoncé sa libération. Une décision propice à l’apaisement, mais qui n’a pas calmé les internautes sur les réseaux sociaux pour autant.

Sur Twitter, les internautes pakistanais ont utilisé le hashtag #PakistanStrikesBack ("le Pakistan riposte ") pour féliciter l’armée pakistanaise. Sur la vidéo ci-dessous prise le 27 février, on voit même des habitants du village de Bhimber, dans la région de l’Azad Cachemire, lancer des fleurs sur un convoi de l’armée.

"Des habitants lancent des pétales de roses sur l’armée pakistanaise qui arrivent à Bhimber avec le soldat indien capturé", écrit cet internaute.

"Une manifestation en soutien à l’armée pakistanaise", publie celui-ci.

"Aujourd’hui, une marche des étudiants a été organisée à Lahore en soutien à nos soldats qui se battent à nos frontières", montre celui-là.

Sur place, deux de nos Observateurs vivant dans la région du Cachemire nous ont confié leurs doutes et leurs espoirs, alors que les négociations continuent entre les deux états.

"Chère Inde, ça s'appelle une preuve !", affirme cet internaute, alors que des habitants pakistanais viennent de repérer un pilote indien.

"La colère s’est transformée en euphorie quand le pilote indien a été capturé"

Tariq Naqash est un journaliste pour le journal pakistanais Dawn. Pour lui, la réaction des villageois de Bhimber n’est pas forcément représentative de la majorité.

Après la frappe indienne sur le Pakistan [le 26 février, NDLR], les gens étaient plutôt en colère vis-à-vis de l’armée pakistanaise. Dans la mesure où des soldats indiens avaient tenté de tuer des Pakistanais, comment était-il possible qu’ils rentrent ensuite chez eux vivants ? Puis, cette colère s’est transformée en euphorie quand le pilote indien a été capturé.

C’est assez rare de voir une telle effusion de patriotisme pour l’armée, mais jeudi [28 février, NDLR], il y avait vraiment une joie démonstrative de la part de la population envers l’armée. Les gens étaient réunis sur le bord de la route, attendant les chars de l’armée. Certains ont même mis des guirlandes de fleurs au cou des soldats.

La décision de renvoyer le pilote indien en Inde est une décision louable, qui a plutôt été bien accueillie ici. Peu de gens, au final, appellent à punir ce pilote ou à le tuer.

“On redoute une escalade de la haine”

Mariam Raja est une entrepreneuse dans la ville de Muzzafarabad, une ville dans le nord-ouest du Cachemire pakistanais. Elle vit près de la frontière qui sépare de fait la zone tampon entre le Cachemire indien et le Cachemire pakistanais.

Tout le monde est scotché devant les chaînes d’information. La nuit dernière, je me suis endormie avec la télévision et le téléphone allumés au cas où il se passerait quelque chose. On ne sort pas beaucoup en ce moment parce que nous sommes tout près de la ligne de démarcation. En ce moment ça a l’air dangereux. Tout pourrait arriver. Les vols vers l’extérieur sont annulés. C’est très désordonné.

Les habitants du Cachemire sont minoritaires et nous nous sentons unis. Si quelque chose arrive dans une autre zone du Cachemire, on se sent concernés, comme si c’était arrivé à nos frères ou à nos sœurs. Bien sûr, nous sommes anxieux en ce moment. Les gens sont inquiets de voir une guerre éclater.

Selon cet internaute, à la découverte du soldat indien qui a réussi à ne pas s'écraser avec son avion, l'armée pakistanaise a dû le protéger afin qu'il ne soit pas roué de coups par les villageois.

On redoute une escalade de la haine. Beaucoup de gens disent derrière leurs écrans qu’ils veulent une guerre contre l’Inde et que nous devons tuer les Indiens pour récupérer notre territoire, mais ils ne comprennent pas que ça peut détruire une famille ou une région entière. Je ne pense pas que nous [les habitants du Cachemire pakistanais] haïssons l’Inde ou les Indiens, mais beaucoup de Cachemiri ont été tués par l’armée indienne.

Quand l’avion indien s’est écrasé, les gens ont commencé à le caillasser avec des pierres parce qu’ils ont été opprimés par l’Inde pendant très longtemps. Les cas de violences à l’encontre de Cachemiri pakistanais se sont multipliés au fil des années, et notre frustration est à son comble.

J’avais peur que l’armée pakistanaise réponde de la même manière [que les habitants] et attaque le pilote. Mais je suis contente qu’elle ait géré la situation calmement.

Guerre… et paix

Même si certains s’emparent des réseaux sociaux pour faire résonner des idées nationalistes, d’autres se battent pour désamorcer les rhétoriques violentes.

Le hashtag #SayNoToWar ("Dites non à la guerre") a été utilisé par des internautes aussi bien indiens que pakistanais pour condamner les violences et appeler à la paix entre les deux puissances nucléaires.

Vendredi 1er mars, le Pakistan a finalement remis le pilote indien capturé aux autorités indiennes.


"Dites non à la guerre", une manifestation organisée à Lahore.



"Est-ce que c'est vraiment ce qu'on veut", s'interroge cet internaute.