La police hongroise aurait-elle utilisé des porcs pour repousser des migrants musulmans aux frontières du pays ? C’est ce que laisse entendre une publication sur Facebook, partagée plusieurs milliers de fois depuis fin janvier. Sauf qu’il s’agit en réalité… d’un photomontage.

Sur cette photo, on voit un policier qui tient en laisse une truie, sous laquelle se trouvent quatre porcelets, au premier plan, et une foule, en arrière-plan. On peut lire "endörség police" dans son dos : seul un "r" manque pour former le mot "rendörség", qui signifie "police" en hongrois.

Le 23 janvier, un internaute américain, qui relaie notamment des posts pro-Trump, a partagé cette photo sur son compte Facebook, avec la légende suivante : "La police hongroise utilise un cochon géant avec des mini-cochons en guise de renfort pour repousser des musulmans qui attaquent." Depuis cette date, sa publication a été partagée plus de 24 000 fois.


 

Une image qui circule depuis début 2016

Ce n’est pas la première fois que cette image circule sur Internet : il est possible de la retrouver dès mars 2016, notamment sur des forums (ici et par exemple), des blogs ou encore des sites Internet.

L'image postée sur un forum, le 15 mars 2016.
 

Le message sur la photo n’est pas toujours écrit dans la même langue : on le retrouve en néerlandais, en anglais ou encore en tchèque et en croate.
 

Un photomontage

Pourtant, il est possible de se rendre compte immédiatement qu’il s’agit d’un photomontage en faisant une simple recherche d’images inversée (cliquez ici pour savoir comment procéder).

En glissant cette photo dans Google Images, on peut ainsi trouver une photo de l’Agence France Presse – publiée le 19 octobre 2015 – où l’on voit exactement les mêmes cochons et le même environnement (route, véhicule, arbres), sauf qu’il n’y a plus un policier hongrois au premier plan, mais un homme en civil, qui porte un short et un T-shirt. Par ailleurs, seules quelques personnes marchant sur une route inondée se trouvent en arrière-plan : elles sont donc bien moins nombreuses que sur la photo manipulée.

La photo publiée le 19 octobre 2015.
 

La photo de l’Agence France Presse avait été prise aux Philippines, au nord de la capitale Manille  au lendemain du passage du typhon Koppu.

Manifestement, deux éléments ont donc été rajoutés pour créer un canular : le policier hongrois et la foule.
 

Au-delà du photomontage, une information fausse

Si cette image est donc clairement un photomontage, une question reste en suspens : la police hongroise a-t-elle quand même déjà utilisé des porcs pour repousser des migrants aux frontières du pays ?

En août 2016, Gyorgy Schopflin, un député hongrois membre du Parlement européen, avait ainsi suggéré sur Twitter de placer des têtes de cochons à la frontière, convaincu que cela dissuaderait les migrants de la franchir.

"[…] Une tête de porc dissuaderait [les migrants] de façon plus efficace", avait écrit ce député hongrois en août 2016, sur Twitter.
 

Mais à l’époque, sa déclaration avait soulevé de nombreuses critiques et n’avait débouché sur rien de concret.

Notre Observateur Márk Zoltán Kékesi, un sociologue ayant créé une ONG d’aide aux migrants il y a quelques années (et désormais inactive), confirme d’ailleurs que la police hongroise n’a jamais eu recours à de telles méthodes :

À ma connaissance, elle n’a jamais utilisé une telle technique. Elle a fait des choses injustifiées et scandaleuses, mais il est très peu probable qu’elle ait fait cela. Des personnes dont on ignore l’identité ont mis des morceaux de porc sur la clôture il y a quelques années, mais c’est tout.


Márk Zoltán Kékesi fait référence à la clôture construite par le gouvernement hongrois à partir de l’été 2015, dans le sud du pays, pour empêcher les migrants de traverser les frontières. Les autorités avaient pris cette décision car elles considéraient que l’Union européenne ne faisait pas le nécessaire pour contenir le flux migratoire. À l’époque, le Premier ministre, Viktor Orbán, avait déclaré qu’il ne voulait pas que des migrants musulmans arrivent dans son pays. Par ailleurs, la Hongrie a été épinglée à plusieurs reprises dans le passé pour des violences policières commises à l’encontre des migrants.

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Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).
 

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone