Des déplacés peuls fuyant des violences qui s’intensifient dans le centre du Mali ont installé un camp au milieu d’une décharge de Bamako depuis décembre 2018. Nos Observateurs ont pris des photos de leurs terribles conditions de vie dans l’espoir de susciter une réaction de la part des autorités.

Partout, des ordures. Sur les photos de Salif Diarra, des enfants jouent sur les détritus, des femmes font la lessive et des chèvres paissent entourées par les ordures. Les tentes de fortunes qui forment le camp de Faladié, dans le centre de Bamako, sont elles-mêmes fabriquées à partir de déchets, des bouts de toiles et des restes de nattes.

"L'odeur est insupportable, ces déchets sont en permanence en train de brûler"

Constatant qu’un reportage vidéo réalisé par sa rédaction de maliactu.net n’avait pas eu d’autant d’écho qu’il ne l’aurait souhaité, le journaliste a décidé de se rendre de se rendre lui-même au "dépôt d’ordures "qui jouxte le marché de bétail de Faladié :
 
Avec de belles photos, je me suis dit que les gens allaient réagir. J’avais vu trop d’enfants là-bas, il fallait que ça se sache sur les réseaux sociaux.

Le camp est installé sur un tas d’ordures. L’odeur est insupportable et il faut imaginer que ces déchets sont en permanence en train de brûler, c’est pour ça qu’on voit toujours un peu de fumée quelque part sur mes photos.
Les gens sont obligés de brûler les déchets pour diminuer un peu le volume mais le problème c’est qu’il très difficile d’éteindre un feu ici, il couve toujours quelque part. Il arrive que des tentes prennent feu et la fumée de ces ordures qui brûlent est dangereuse, toxique.
Les ordures du camp de Faladié brûlent en permanence -  Crédits : Salif Diarra

Crédits : Salif Diarra
 
Crédits : Salif Diarra

D’ordinaire cette zone non-constructible en raison de sa proximité avec l’aéroport de Bamako n’est occupée qu’occasionnellement par des éleveurs de passage au marché au bétail de Faladié.

Le camp de Faladié est installé sur une décharge qui jouxte le marché au bétail

Les habitants du camp de Faladié sont des Peuls, qui ont fui les conflits intercommunautaires du centre du Mali. La violence des affrontements, fondés sur des litiges fonciers entre les éleveurs peuls et les agriculteurs dogons, s’y est intensifiée récemment : le 1er janvier 2019, trente-sept civils ont été tués dans l’attaque du village peul de Koulogon.

>> LIRE SUR France 24 : Près de 40 morts dans l'attaque d'un village peul dans le centre du Mali
 
Ces déplacés viennent de la région de Mopti (centre), ils ont commencé à arriver il y a six mois mais cela s’est accéléré depuis le mois de décembre. En ce moment à Faladié, il y a 116 adultes et 203 enfants de moins de 15 ans.

Les déplacés peuls sont venus s’installer ici parce que le président de l’association qui gère la vente de bétail à Faladié, un Peul très connu à Mopti, s’est proposé de mettre à disposition cet espace pour les accueillir. C’est lui qui essaye de coordonner un peu le camp mais il n’y a pas plus d’organisation que ça.

Un autre journaliste, Boubacar Labasse Koné, travaillant pour journaldumali.com avait alerté notre rédaction sur le sujet le 12 février en rapportant le cas d’un enfant de un an "mort à cause des conditions de vie sur le camp. Il avait une hémorragie des poumons, le médecin n’a rien pu faire ".
 

"Je ne pensais pas que ce soit possible qu'il existe un tel camp près de chez moi !"

Le 8 février, les photos postées sur Twitter par Salif Diarra ont révolté Diahara Touré, étudiante en droit à Bamako :

Je ne pensais pas que ce soit possible qu’il y ait des réfugiés à Bamako, près de chez moi, dans de telles conditions ! Deux jours plus tard je me suis rendue sur les lieux pour voir de mes propres yeux ce qu’il s’y passait. J’ai à mon tour posté de nouvelles photos sur Twitter, en demandant aux gens de venir en aide à ces personnes et cela a fait réagir beaucoup de jeunes. Vu notre nombre, on a décidé de créer un groupe WhatsApp pour en parler, j’ai laissé mon numéro pour les gens qui voudraient avoir plus d’informations sur ces déplacés.

Nous avons mis en place plusieurs cagnottes pour les personnes du Mali et ceux vivant à l’étranger et nous avons récolté, pour l’instant, plus de 2,2 millions de Francs CFA (près de 3500 euros).

Pour l’instant cet argent nous a servi à acheter de la nourriture, des habits, des chaussures que nous distribueront à Faladié samedi 16 février. Nous sommes d’ores et déjà allé leur apporter de l’eau.

Nous nous organisons aussi pour permettre que certains enfants malades du camp soient pris en charge, cet endroit est très dangereux pour leur santé

Nous n’avons pas les moyens de trouver un autre endroit pour ces gens mais on veut attirer l’attention des autorités qui font comme si de rien n’était !

Vidéo transmise par Diahara Touré
 

Vidéo transmise par Diahara Touré

Il existe à ce jour au moins quatre camps de déplacés peuls dans la capitale malienne et à ses abords, qui, selon l’association peule Tabital Pulaaku, regrouperaient près de 1000 personnes se disant victimes des miliciens dogons.


Cet article a été écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi)