BURKINA FASO

École incendiée par des jihadistes au Burkina Faso : une vidéo ressurgit sur les réseaux sociaux

Captures d'écran de la vidéo de l'incendie d'une école au Burkina Faso ; à droite l'homme s'apprête jeter le drapeau burkinabé au feu
Captures d'écran de la vidéo de l'incendie d'une école au Burkina Faso ; à droite l'homme s'apprête jeter le drapeau burkinabé au feu

Publicité

La vidéo virale de l’incendie d’une école par des jihadistes au Burkina Faso a été vue plusieurs centaines de milliers de fois sur Facebook depuis le 2 février,  au moment où le Burkina Faso prend la présidence de la force spéciale antiterroriste G5 Sahel. Postée sans aucune précision, cette publication entretient le doute sur la date des évènements... qui en l’occurrence, remontent très probablement au 19 octobre 2017.

Un petit groupe d’hommes armés se filme pour revendiquer son méfait : une scène encore rare au Burkina Faso alors que le pays est devenu une cible pour des jihadistes : depuis 2015, les attaques jihadistes ont déjà fait plus de 300 morts et l’état d’urgence a été déclaré dans six régions.

Relayées par des pages Facebook burkinabè le samedi 2 février 2019, ces images de l’incendie d’une école ont été vues plus de 280 000 fois : au pied du bâtiment qui commence à prendre feu, un homme jette un drapeau du Burkina Faso dans un brasier où brûlent visiblement des fournitures scolaires pendant que celui qui filme répète "Dieu est le plus grand ". La légende accompagnant cette vidéo ne donne aucune indication de date ou de contexte : "Sahel / terroristes : l’heure est grave ".

La date de la vidéo ne peut être postérieure au 19 octobre 2017

Toutefois si ces images sont largement diffusées aujourd’hui, elles ne sont pas récentes.

Le 19 octobre 2017, une école primaire a été incendiée à Tém (nord), près de la frontière malienne. L’attaque a été commise par "des individus armés non identifiés" selon plusieurs articles de sites burkinabè parus à cette date.

Or, la vidéo ne peut pas avoir été tournée après cette date : selon Souleymane Badiel, secrétaire général de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-Synter), "l’école de Tém est fermée depuis cet incendie ". C’est d’ailleurs le cas de la totalité des 21 écoles du district de Nassoumbou, dont Tém fait partie, d’après des données du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, datées du 8 mai 2018.

La vidéo a bien été tournée à Tém

Héni Nsaibia (@MENASTREAM), consultant spécialiste des questions sécuritaires au Sahel et en Afrique du Nord, a pu établir des correspondances entre des éléments visibles dans la vidéo et la vue par satellite de bâtiments localisés aux coordonnées du village de Tém.

La vidéo de l’incendie correspond donc très probablement à l’attaque du 19 octobre 2017.

Les bâtiments visibles dans la vidéo correspondent à l'image satellite de Tém

Qui est à l’écran ?

Plusieurs commentaires à propos de cette vidéo indiquent que les personnes qui y mettent en scène une revendication se réclameraient de l’État islamique au Burkina et au Mali "mais les informations dont nous disposons ne permettent pas d’affirmer avec certitude à quels groupes jihadistes, parmi ceux présents au Sahel, ils pourraient appartenir."

Les groupes jihadistes de la région du Sahel prennent pour cibles les écoles et les enseignants de qui ils exigent de remplacer le programme scolaire par un " enseignement du Coran et de l’Islam ". La fermeture de près de 800 écoles en raison du contexte d’insécurité a affecté 96 000 enfants dans tout le pays, selon les Nations unies. Le 17 avril 2018, le groupe État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), actif dans la zone à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, a revendiqué l’enlèvement d’un maître d’école "qui parlait français aux élèves ".

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Menace terroriste au Burkina Faso – des écoles ferment, mais des enseignants résistent

Le 4 février, deux jours après la publication de cette ancienne vidéo, une attaque terroriste faisait 14 morts à Kain (Nord) à laquelle les forces armées burkinabè ont réagi en neutralisant 146 terroristes. Le lendemain, s’ouvrait à Ouagadougou le 5e sommet du G5 Sahel à l’occasion duquel le Burkina Faso a pris la tête de cette force spéciale antiterroriste dont sont aussi membres le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Cet article a été écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi)