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Le chanteur iranien Hamid Askari a donné le 30 janvier un concert au Milad Tower Music, une grande salle de concert de Téhéran. Mais il n'est pas prêt de remonter sur scène : lors de sa dernière représentation, il a été censuré par les autorités religieuses pour avoir laissé sa guitariste, Negin Parsa, chanter quelques secondes en solo la fin d’une chanson... Or en Iran, les femmes n’ont pas le droit de chanter seules.

Cette vidéo postée sur Instagram montre la fin de la chanson en question, et Negin Parsa chanter seule pendant douze secondes :

Vidéo tournée par un spectateur et postée sur Instagram.

En Iran, la loi – qui se base sur la charia – autorise les femmes à chanter seules uniquement devant un public féminin. Si des hommes se trouvent dans la salle, elles ont le droit de chanter avec d'autres hommes, en duo ou en groupe, mais jamais seules.
 
Et lors des principaux concerts qui ont lieu dans le pays, un superviseur du ministère de la Culture veille au respect de cette règle. Ça n’a pas loupé ce soir-là : à peine Negin Parsa avait-elle chanté que son micro lui a été retiré. Sur la vidéo ci-dessous, la musicienne n'a plus son micro devant elle.
 
Vidéo tournée par un spectateur et postée sur Instagram.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais le chanteur Hamid Askari a décidé de répliquer immédiatement, sur scène, en incitant sa guitariste à venir partager le micro avec lui sur une autre chanson.
 
Photos prises pendant le concert montrant Hamid Askari partageant son micro avec Negin Parsa.

Puis, en présentant ses musiciens au public, il lance : “nous avions sa voix et nous ne l’avons plus, nous espérons qu’elle reviendra  !".

Conséquence : le 3 février, le ministère iranien de la Culture a annoncé que Hamid Askari et son groupe étaient censurés jusqu’à nouvel ordre. Ils n’ont plus le droit ni de diffuser leur musique, ni de faire des concerts. Sur sa page Instagram, la guitariste Negin Parsa a néanmoins affirmé qu’elle attendrait d’avoir à nouveau le droit de jouer car la musique est ce qu’elle a de "plus important ".

Un précédent en janvier

Cet incident n’est pas le premier du genre en Iran. Un peu plus tôt dans le mois, le 8 janvier, Ali Ghamsari, un musicien traditionnel très connu, s’est vu infliger la même sanction après qu’une femme a chanté lors de l'un de ses concerts. Au bout de 18 secondes sur cette vidéo, on voit que le micro de la musicienne est coupé.
 
Vidéo tournée lors du concert d’Ali Ghamsari. À 0’18, la voix de la chanteuse est beaucoup moins audible, le micro a été coupé.

Ali Ghamsari a expliqué par la suite qu’il avait reçu des mises en garde de la part des autorités. Ces dernières lui avaient stipulé qu’il serait censuré s’il laissait sa chanteuse prendre le micro seule. Mais le musicien et son groupe avaient décidé de ne "pas vendre [leurs] convictions".
 
Cet article a été écrit par Ershad Alijani