Dans le quartier de Seras, à Louga, une ville du nord-est du Sénégal, les déchets sont partout. D’un côté, des maisons jouxtent une grande réserve d’eaux usées qui déborde et où les moustiques prolifèrent. De l’autre, un vaste terrain encore inoccupé s’est transformé en une décharge à ciel ouvert. Photos à l’appui, notre Observateur dénonce un étalement urbain "incontrôlé" qui aboutit à des risques sanitaires.

Tout près des maisons, des déchets flottent dans de larges flaques d’eau verdâtre. Au niveau d’un mur en parpaing censé délimiter le bassin d’eaux usées du quartier de Seras, un tuyau percé déverse de l’eau inondant un peu plus encore les zones habitables. Une maison en cours de construction dans cette zone située en périphérie de Louga s’est même retrouvée totalement engloutie.

Des flaques d'eau verdâtre près des habitations dans le quartier Seras, à Louga. Photo envoyée par notre Observateur Mame Cheikh Sene.

Un tuyau percé déverse de l'eau de l'autre côté de l'enceinte en parpaing délimitant le bassin de rétention des eaux usées dans le quartier de Seras, à Louga. Photo envoyée par notre Observateur Mame Cheikh Sene.

Une maison en construction engloutie par les eaux usées. Photo envoyée par notre Observateur Mame Cheikh Sene.

Plus loin, des animaux pâturent dans une ancienne carrière couverte d’ordures, où des enfants viennent également jouer. Là encore, les habitations se trouvent à quelques mètres seulement.

Une ancienne carrière s'est transformée en une décharge à ciel ouvert dans le quartier Sera, à Louga. Photo envoyée par notre Observateur Mame Cheikh Sene​​​​​​​.

"Ce sont les conséquences d’un manque de volonté de gestion de l’urbanisation"

Plusieurs clichés parvenus à la rédaction des Observateurs de France 24 témoignent de l’insalubrité du quartier de Seras. Elles ont été envoyées par Mame Cheikh Sene, un environnementaliste qui travaille à Louga. Pour lui, cette situation découle d’une série de négligences de la part des autorités :

La construction du quartier de Seras a commencé il y a à peu près 25 ans. Or, c’est à cet endroit que se trouvait déjà un bassin de rétention des eaux usées de Louga, de près de trois hectares. Avant, il n’y avait rien autour de ce bassin ! Mais avec l’étalement urbain, il se trouve maintenant au milieu des habitations. Puis, avec la croissance démographique, ce bassin n’a plus suffi. Aujourd’hui, il déborde et certains tuyaux se percent et déversent des eaux usées en dehors du bassin. 

Je m’y suis rendu pour prendre des photos parce que sur place, la situation est insupportable pour les habitants. Près de leurs maisons, il y a des flaques d’eau stagnante qui attirent les moustiques et donc toutes sortes de maladies. Et puis l’odeur est très forte. Cela montre bien le problème de l’étalement urbain : les autorités ont laissé des personnes s’installer et construire dans des zones qui ne sont pas habitables en l'état. En plus, aucune sécurité n’a été mise en place autour du bassin de rétention et il y a parfois des noyades [en huit ans, quatre personnes se sont noyées à cet endroit, selon la presse locale, NDLR].

Cela fait plusieurs années maintenant que les habitants se plaignent de cela mais la réponse des autorités tarde. Je pense qu’une solution d’urgence devrait être mise en place, à savoir le déversement du surplus d’eaux usées vers un autre bassin de rétention. À plus long terme, il faut absolument que les services de l’urbanisme contrôlent l’urbanisation, en évitant par exemple d’accorder des concessions et des permis de construire dans des zones comme celles-ci, près de bassins de rétention !


De l’autre côté du quartier, l’étalement urbain a généré un autre problème : une ancienne carrière est devenue une décharge à ciel ouvert, où les habitants du quartier déversent toutes leurs ordures faute de pouvoir les déposer ailleurs. Pour moi, ces externalités négatives sont des conséquences d’un manque d'aménagement et de volonté de gestion de l’urbanisation.

En 2017, l’Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS) avait annoncé un plan d’assainissement de 5 milliards de franc CFA à Louga. Pour l’heure, les ouvrages, qui devaient être livrés sous 18 mois, ne sont pas encore terminés.

Contacté à ce sujet par la rédaction des Observateurs de France 24, le directeur de l'Exploitation et du Contrôle au sein de l’ONAS, Pèdre Sy, a assuré que les travaux devraient prendre fin en cours d’année. Ils devraient permettre l’extension de la station de traitement des eaux usées, aujourd’hui saturée, et le transfert des canalisations vers d’autres bassins.