Des vidéos postées sur Twitter les 2 et 3 février visent à faire croire que l’armée américaine serait en train de manœuvrer en Colombie dans le but d’attaquer le Venezuela. Le pays traverse une grave crise politique et Donald Trump n’a pas exclu l’envoi de troupes américaines... mais aucune de ces images ne montre une offensive imminente.
 

Un débarquement sur une plage colombienne ?

Il y a d’abord ces deux vidéos, dans lesquelles on voit des véhicules de guerre et des soldats sur une plage. Elles sont très probablement tournées au même endroit et le même jour, la continuité du son de l’une à l’autre étant assez probante. Elles ont été postées sur YouTube ou Twitter notamment, parfois mises bout à bout, parfois séparées. Dans tous les cas, les légendes affirment qu’elles montreraient le débarquement de troupes américaines en Colombie, pays voisin du Venezuela et allié des États-Unis, dans l’optique que ces troupes interviennent au Venezuela.

À l’appel de Bellingcat, un site d'investigation, une discussion s’est organisée sur ces images dimanche 3 février sur Twitter. Un internaute, derrière le compte @ConflictsW, a rapidement affirmé que ces images avaient été tournées près de la plage d’Ancón, au Pérou. Pour preuve, il fournit une image satellite du lieu, sur laquelle on repère l’antenne radio au-dessus de la colline, également visible sur les vidéos.


Une autre photo a ensuite été relayée dans cette discussion : elle est postée par un journaliste de la radio Deutsche Welle et montre la plage d’Ancón. Elle est prise à un endroit manifestement proche de celui de la vidéo. Il semble donc clair que la vidéo n’a pas été tourné en Colombie, mais au Pérou.

Le site Colombia Check, qui reprend cette démonstration, note ensuite qu’en 2017, des exercices conjoints ont été faits par la marine et l’aviation péruvienne (conjointement avec des armées de 18 pays dont la Colombie et les États-Unis). Plusieurs médias péruviens avaient alors fait part d’exercices de débarquement sur des plages. Dans une vidéo, le paysage semble très similaire à celui de la plage d’Ancón.

Il y a donc tout lieu de penser que ces images datent de ces manœuvres en 2017.

Des hélicoptères à la frontière ?

Une deuxième vidéo circule et prétend elle aussi montrer la mobilisation de l’armée américaine en Colombie. Rien que via ce compte Twitter, elle a été vue près de 800 000 fois.

Le compte en question, The Miami Voice, se présente comme un "projet en construction" mais ne semble être affilié à aucun média. En légende de son tweet, il est dit : "L’armée américaine arrive ce matin en Colombie à la frontière avec le Venezuela. Est-ce que ça sera un nouveau Vietnam ? ou pire".

Or ces hélicoptères ne volent pas près de la frontière, mais au-dessus de la capitale colombienne Bogota. Comme le note toujours le site Colombia Check, c’est un compte twitter – @smzlr – qui a reconnu l’endroit précis de la capitale colombienne qui est survolé : le croisement entre calle 6 et carrera 41A, ce que corrobore une recherche sur Google Maps. Sur la photo, on reconnait le panneau de signalisation avec une flèche indiquant un demi-tour et l’immeuble avec une bande blanche.

Cette vidéo semble plutôt avoir été prise lors d’un défilé pour le jour de l’indépendance, le 20 juillet, durant lequel des hélicoptères survolent Bogota en formation, comme le montre aussi cette vidéo.

Le Venezuela connaît une nouvelle crise institutionnelle et politique depuis que le président du Parlement, Juan Guaido, s’est autoproclamé président par intérim le 23 janvier, pour s’opposer au président Nicolas Maduro. Reconnu immédiatement comme président légitime par les États-Unis, entre autres, il a également été reconnu par plusieurs pays européens lundi 4 février.

Ces intox font probablement écho à une photo, prise le 28 janvier, du conseiller national américain à la Défense, John Bolton, qui a suscité des interrogations : on le voit tenir un carnet dans lequel il est écrit "5 000 soldats en Colombie". Si Donald Trump a admis le 3 février que l’envoi de troupes américaines au Venezuela était "une option", aucune des images qui circulent ne prouve que les États-Unis aient commencé un quelconque déploiement.