Observateurs

L’image est très impressionnante : une vague comme un immense mur d’eau, traversée par un surfeur qui paraît minuscule dans cette démesure. Elle date de 2017 mais a récemment refait surface sur les réseaux sociaux. Plusieurs publications, dont certaines extrêmement virales, ont affirmé que cette vidéo montrait le surfeur brésilien Rodrigo Koxa surfant la plus grosse vague du monde. Or c’est faux, et les conséquences de ce genre d’intox sont lourdes pour la carrière de celui qui est vraiment à l’image, l’Allemand Sebastian Steudtner.

Rodrigo Koxa détient bel et bien le record de la plus grosse vague surfée : le 8 novembre 2017, il a dompté une vague de 24,87 mètres de haut au large de Nazaré, au Portugal. Voici la (vraie) vidéo de cet exploit :


Or, le 29 janvier sur Twitter un entrepreneur qui se présente par ailleurs comme chroniqueur dans plusieurs médias, reprenait une autre vidéo en l’attribuant à Rodrigo Koxa. Via son tweet d’origine, cette vidéo cumule 25 millions de vues, depuis qu’un compte - basé en Italie et répondant au nom de @Rainmaker1973 - l’a postée le 12 août 2018.

Le problème, c’est que cette vidéo montre en réalité Sebastian Steudtner en train de surfer une autre vague très impressionnante au large de Nazaré, le 18 janvier 2018, mais plus petite que celle surfée par Rodrigo Koxa. Toutefois, la vidéo de Sebastian Steudtner, filmée avec un angle plus serré et sur laquelle l'eau paraît plus sombre, est plus impressionnante que celle du véritable record du monde établi par le Brésilien.

Cette confusion est d’ailleurs fréquente depuis que ces deux performances ont été établies, et a des conséquences sur la carrière des deux hommes. Car, comme beaucoup de sportifs, les surfeurs sont très dépendants de leurs sponsors, dont le financement leur permet de vivre de leur passion. Un tel retentissement sur les réseaux sociaux permet ainsi à un surfeur d’attirer l’attention, et donc potentiellement d'accroitre ses revenus auprès des sponsors.

Et c'est bien ce que déplore Sebastian Steudtner au magazine de surf allemand Prime Surfing :

"Ce n'est du tout une simple question de fierté. C’est un énorme business qui me file entre les doigts. Il y a derrière ça un arrière-goût de non-professionnalisme" dit-il, estimant que n'importe quel sportif qui se ferait prendre son image de la même façon souffrirait de même.