Des combattants de Boko Haram ont attaqué le village de Zelevet, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, dimanche 27 janvier. Personne n’a été tué, mais des dizaines de maisons, des animaux et des vivres ont été brûlés. De la nourriture a également été volée. Les incursions du groupe jihadiste restent extrêmement fréquentes dans cette zone frontalière du Nigeria.

Zelevet se trouve dans le département du Mayo-Tsanaga, à la frontière avec le Nigeria, en face des monts Mandara, où sont retranchés une partie des combattants de Boko Haram. Ce village a déjà été la cible du groupe jihadiste à plusieurs reprises par le passé. C’est également là que deux femmes – soupçonnées d’appartenir à Boko-Haram – un enfant et un bébé avaient été exécutés par des militaires, début 2015.

Notre rédaction s’est entretenue avec Florent et Boris (pseudonymes), qui se sont rendus à Zelevet dans les jours ayant suivi l’attaque. Ils ont ainsi pu échanger avec les habitants, pour reconstituer le fil de l’attaque, et constater les dégâts. Nous avons choisi de préserver leur anonymat pour des raisons de sécurité.


Zelevet, après l'attaque.
 

Comment s’est déroulée l’attaque ?

Les combattants de Boko Haram sont arrivés dans le village aux alentours de 23 heures-minuit.

Florent explique :

D’après des membres du comité de vigilance de Zelevet, des chiens ont aboyé car ils ont senti leur présence. [Les comités de vigilance sont des groupes d’autodéfense coopérant avec les militaires dans la lutte contre Boko Haram, NDLR.] Donc ils ont commencé à utiliser des sifflets pour prévenir les habitants qu’il y avait des ennemis. Les gens se sont donc mis à fuir, de même que les membres du comité de vigilance, car ils n’ont pas d’armes à feu : ils ont seulement des machettes et des bâtons. Quand ils ont entendu les sifflets, les combattants de Boko Haram ont commencé à tirer en direction des gens. Des balles ont d’ailleurs été retrouvées après.


Des balles retrouvées après l'attaque.
 

Les assaillants ont également incendié des maisons, brûlé des animaux et emporté des vivres et différents biens.

D’après les habitants, ils étaient très nombreux, entre 100 et 300. "Mais apparemment, une quarantaine d’hommes au maximum étaient armés", indique Boris. D’après lui, des femmes et des enfants se trouvaient également parmi les assaillants, qui auraient brûlé des maisons et emporté des biens. Florent, lui, évoque juste des enfants, et non des femmes.

Tous deux indiquent qu’il y avait seulement trois militaires camerounais à Zelevet, car il n’existe qu’un simple poste de garde sur place. Selon les témoins, ils auraient tiré en direction des assaillants, "mais ils n’ont pas pu résister, donc ils se sont échappés", indique Boris.

Ce sont finalement des soldats mieux équipés, basés à Krawa-Mafa, une localité située à quelques centaines de mètres, où se trouve le poste militaire principal, qui sont intervenus pour chasser les combattants de Boko Haram.

L’attaque aurait duré environ 10 minutes selon Boris, 45 minutes selon Florent.


Zelevet, après l'attaque.
 

Quel bilan humain ?

Aucun habitant n’a été tué ou blessé par balles. Mais certains se sont légèrement blessés (bleus, écorchures) en prenant la fuite, notamment en gravissant une montée où ils ont heurté des pierres.

On ignore s’il y a eu des blessés ou des morts du côté des jihadistes.

 

Quels sont les dégâts matériels ? Qu’est-ce qui a été volé ?

Florent indique que 97 maisons ont été brûlées, un chiffre également avancé par le comité de vigilance auprès de Boris.


De nombreuses maisons ont été brûlées.


Par ailleurs, une dizaine d’animaux – chèvres et moutons – ont été brûlés, ainsi que des vivres et des biens : mil, arachide, riz, maïs, césame, petits pois, haricots, mais aussi machines à coudre, matelas et motopompes (machines utilisées dans l’agriculture).


Un mouton brûlé lors de l'attaque.

Des céréales brûlées.


Enfin, des vivres et des biens ont été emportés : de l’arachide, des haricots, du mil ou encore des vêtements, selon Florent.

Ce dernier conclut :

Dans la zone de Zelevet, les membres de Boko Haram harcèlent régulièrement les gens qui travaillent dans les champs. Ils viennent avec leurs armes, donc ils les font fuir. Du coup, il est très compliqué pour eux de cultiver… Les membres de Boko Haram traversent la frontière tout le temps, car il n’y a pas assez de petits postes militaires du côté du Nigeria pour les stopper. Les gens disent que si ça continue comme ça, ça sera toujours pareil dans 20 ans…


Zelevet, après l'attaque.
 

Boko Haram, un groupe affaibli, mais toujours menaçant

La région de l’Extrême-Nord du Cameroun est régulièrement la cible des combattants de Boko Haram depuis 2013, bien que les attaques aient connu leur pic entre 2014 et 2015.

Dans un rapport publié en août 2018, l’ONG International Crisis Group indiquait que le groupe Boko Haram était "affaibli" – certains hauts gradés de l’armée camerounaise envisageant même la fin du conflit en 2020 – mais qu’il constituait "toujours une menace" dans la région de l’Extrême-Nord.

De nombreuses localités situées à la frontière avec le Nigeria, notamment dans les départements du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava, continuent d’être régulièrement attaquées. Outre l’attaque de Zelevet, les localités de Ngosi et Toufou (Mayo-Tsanaga) ont ainsi été attaquées dans la nuit du 24 au 25 janvier : de nombreux bâtiments ont été brûlés, dont un centre de santé et une école, et saccagés, de même que des véhicules, et des animaux ont été tués. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, trois personnes ont également été tuées et douze autres blessées par des assaillants soupçonnés d’appartenir à Boko Haram à Manguirlda (Diamaré).
 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).