En novembre 2015, le Brésil connaissait la plus grande catastrophe écologique de son histoire : un barrage cédait dans l’État de Minais Gerais et libérait des tonnes de déchets miniers sur près de 650 km. Trois ans plus tard, l’histoire semble se répéter. Vendredi 25 janvier, la rupture d’un autre barrage, dans la même région minière, a fait au moins 60 morts et près de 300 disparus. Les activistes dénoncent une catastrophe "annoncée". 

Le barrage minier de Córrego do Feijão, du groupe brésilien Vale, a cédé vendredi 25 janvier en début d’après-midi à Brumadinho, dans l’État de Minais Gerais, au sud-est du Brésil. Plusieurs images prises par des habitants et relayées sur les réseaux sociaux par des médias locaux montrent une immense coulée de boue se déverser aux alentours de Brumadinho. 




Selon le dernier bilan provisoire ce lundi 28 janvier, 60 personnes sont mortes et près de 300 sont portées disparues dans cette catastrophe. Alors que les causes de la catastrophe n'ont toujours pas été établies, l'entreprise Vale a assuré que le barrage de 86 mètres de haut et ayant la capacité de retenir 12 millions de mètres cubes de résidus miniers avait été inspecté récemment.

Ces images aériennes diffusées par les pompiers révèlent l’ampleur de la catastrophe. On y voit un large fleuve de boue recouvrant la végétation, mais aussi des routes et des habitations.


"Il n’y a plus rien", témoigne également un habitant en filmant le paysage de désolation face auquel il se trouve.


Des mises en garde contre d'autres cas de rupture

Au Brésil, ces images rappellent celles d’une autre catastrophe. En 2015, la rupture du barrage du Fundão, qui retenait 56,6 millions de mètres cube de déchets d’une mine de fer, avait provoqué une gigantesque coulée de boue toxique de Mariana, dans le Minas Gerais, jusqu’aux côtes de l’État voisin d’Espírito Santo.

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En empruntant le cours du Rio Doce, le cinquième fleuve le plus important du Brésil, cette coulée avait tué 19 personnes, dévasté la faune, la flore et englouti trois villages. Ce barrage appartenait aussi à Vale, en copropriété avec l'anglo-américain BHP.

En novembre dernier, trois ans exactement après ce désastre, le Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAB) avait organisé une marche retraçant le parcours de la "vague rouge" pour dénoncer un "crime environnemental impuni", faute de véritables "réparations". Interrogée à ce sujet par notre rédaction, Tchenna Maso, juriste et militante au sein du MAB, avait également mis en garde contre d’autres cas de rupture.

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"Aucune leçon n’a été tirée de la précédente catastrophe"

Aujourd’hui, pour le MAB, cette nouvelle rupture n’est pas un "accident" mais une "catastrophe annoncée" comme l’explique Pablo Andrade Dias, chargé de communication au sein du mouvement :
 
Selon nous, c’était annoncé car le crime de Mariana est resté impuni et les entreprises n’ont pas eu à revoir le fonctionnement de leurs activités. Après ce premier désastre, les institutions brésiliennes n’ont pas non plus modifié le système de contrôle des barrages.

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Dans l’État du Minas Gerais, il y en a cinquante à "haut risque" mais il n’y a pas eu de véritables études sur les possibilités de rupture et aucune mesure de précaution n'a été prise pour la population. Rien non plus n’a été fait pour revoir les permis accordés à ces entreprises minières. En somme, aucune leçon n’a été tirée de la précédente catastrophe.


Par ailleurs, nous dénonçons l’absence d’informations de la part de l’entreprise Vale. Sur le terrain, certaines personnes sont en situation de grande angoisse parce qu’elles ne savent pas qui sont les personnes disparues et celles qui ont été retrouvées. Il y a énormément de flou.

Lors d’une conférence de presse, le maire de Brumadinho, Avimar de Melo, s’est lui aussi insurgé contre l’entreprise : "Vale a été inconséquente et incompétente. On pensait qu'ils auraient tiré des leçons de Mariana, mais trois ans après, c'est notre ville qui est meurtrie". 


Dans la foulée, un autre barrage a failli céder. Dimanche, Vale a indiqué avoir actionné les alarmes après avoir "détecté une hausse des niveaux de l'eau dans le barrage VI", qui fait partie de la même mine. À 5 h 30 du matin, les haut-parleurs ont appelé à l’évacuation générale de la zone. Finalement, l’alerte a été levée et les quelques 3 000 personnes évacuées ont été autorisées à regagner leur domicile, même si la plupart restent sur leurs gardes.

Un gel des avoirs de la multinationale

Le lieutenant-colonel Godinho, porte-parole de la défense civile de l'État de Minas Gerais et chargé d'organiser les secours, a finalement assuré dans la journée de dimanche qu’il n’y avait plus de "risque de rupture" d’un second barrage minier.

Le PDG du groupe minier, Fabio Schvartsman, s’est engagé dimanche à ce que Vale aille "au-delà de toutes les normes nationales ou internationales" en matière de sécurité.

Dans une vidéo publiée par Vale sur Youtube vendredi, Fabio Schvartsman avait présenté ses excuses pour la rupture du barrage minier de Córrego do Feijão et assurait que sa société avait fait "d’immenses efforts" pour garantir la stabilité de ses barrages. "L'ensemble du Vale fera tout ce qu'il faut pour aider les personnes qui ont été touchées", déclarait-il encore.

De son côté, la justice a décidé de geler les avoirs de la multinationale à hauteur de 2,5 milliards d’euros à titre de réparations des dégâts humains et environnementaux.