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Près de la capitale malienne Bamako, une petite école inclusive, mêlant écoliers voyants et non-voyants, a vu le jour en octobre 2017. Son directeur-fondateur a souhaité alerter la rédaction des Observateurs sur les problèmes que rencontrent les enfants malvoyants et non-voyants, qui trouvent dans cette école aujourd’hui en difficulté un refuge.

Dans l’école privée Eco-Poinçon, située dans la commune de Kati à 15 km au nord-ouest de Bamako, 26 écoliers dont six non-voyants apprennent à lire, écrire et compter ensemble. Ils sont supervisés par un binôme : une enseignante non-voyante, diplômée de l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres), et un assistant voyant qui écrit la leçon au tableau pour les élèves voyants.

La façade de l’école, où les élèves suivent leur scolarité inclusive. Photo envoyée par notre Observateur.

"C’est le seul lieu où les enfants non-voyants peuvent être scolarisés gratuitement"

Youssouf Diakité est cadre au ministère malien de la Solidarité et de l’Action humanitaire. Non-voyant de naissance, il a pu suivre des études supérieures à l’École nationale d’administration malienne et est aujourd’hui expert des technologies qui facilitent le quotidien des non-voyants. Il a par exemple organisé des formations sur ce thème à Bamako en 2014. Trois ans plus tard, grâce à un prêt bancaire et à un don de terrain de la municipalité de Kati, il a érigé une école pour que les enfants non-voyants puissent saisir leur chance.
 
Mon école est la première école primaire inclusive du pays, et aussi le seul lieu où les enfants non-voyants peuvent être scolarisés gratuitement. Seuls les enfants voyants paient, leurs frais de scolarité s’élèvent à 2 000 francs CFA par mois (3 euros).

Au Mali et dans toute la région, ces enfants sont souvent vus comme un fardeau par leur famille, qui estime qu’ils ne seront jamais capables de réussir dans la vie. Ils les contraignent donc souvent à devenir mendiants. À Bamako, de nombreux non-voyants font ainsi la quête au bord des routes, manquant de peu de se faire renverser par les motos taxis.

Le directeur de l’établissement, Youssouf Diakité, devant l’école Eco-Poinçon. Photo envoyée par notre Observateur.
 
"Nous connaissons des difficultés financières"

Pour les scolariser, j’ai dû convaincre leurs parents, ce qui n’a pas toujours été facile. Mais en leur expliquant mon parcours, en leur montrant que j’ai pu réussir mes études, accéder à un emploi de cadre dans un ministère et gagner un salaire, ils se sont laissés convaincre. Malheureusement, certains m'ont dans le même temps complètement abandonné leur enfant, et je dois donc m’en occuper en permanence, même pendant les vacances.
 
Notre école est un refuge pour eux, ils peuvent apprendre bien sûr, mais aussi et surtout se sociabiliser avec d’autres enfants voyants. Cette mixité est très importante pour leur redonner confiance en eux.

Une salle de classe de l’école, construite et équipée sur les fonds empruntés par Youssouf Diakité. Photo envoyée par notre Observateur.

Mais après plus d’un an d’activité, nous connaissons de grandes difficultés financières, puisque les familles de nos élèves voyants sont si pauvres qu’elles ne peuvent plus payer les frais de scolarité. Nous avons du mal à rémunérer les enseignants ou à renouveler le matériel pédagogique nécessaire, comme les tablettes tactiles en braille qui permettent aux non-voyants d’apprendre à lire et à écrire l’alphabet braille, ou les cubarithmes pour apprendre à compter.
 
160 000 personnes non-voyantes au Mali

L’école de Youssouf Diakité n’est pas le seul établissement où les enfants malvoyants ou non-voyants peuvent être scolarisés. Depuis 1973, l’association Union malienne des aveugles propose une éducation adaptée et exclusive à ces enfants, dont a d’ailleurs pu bénéficier Youssouf Diakité ou encore le célèbre duo de chanteurs Amadou et Mariam.

Mais l’établissement scolaire, qui accueille environ 200 élèves à Bamako, connaît aujourd’hui une série de difficultés qui dégradent les conditions d’apprentissage. La fabrique de craies et de serpillières, où des non-voyants adultes travaillent, ne parvient plus à écouler ses stocks face à la concurrence de produits moins chers, importés de Chine. Or, la vente de ces produits permet de maintenir l’équilibre budgétaire de l’école.

Par ailleurs, les enseignants de l’établissement feraient régulièrement grève dans le cadre d’un mouvement syndical national et les élèves auraient pour cette raison été privés de dix jours de cours depuis le 1er janvier, rapporte Youssouf Diakité.

Au Mali, 160 000 personnes sont non-voyantes, selon des données statistiques du ministère de la Santé, et disposent de 28 médecins ophtalmologistes. La cécité infantile serait notamment causée par des troubles évitables comme la rougeole, l’avitaminose A, les pratiques traditionnelles néfastes, la conjonctivite du nouveau-né ou les traumas oculaires.
 
Si vous souhaitez venir en aide à Youssouf Diakité dans la réalisation de son projet éducatif, contactez-le par e-mail : diakiteyoussouf2@gmail.com