Des agressions, des vols à l’arrachée ou encore des bagarres ont régulièrement lieu aux abords des stades dakarois où sont organisés les combats de lutte (aussi appelée "làmb"), le sport le plus populaire au Sénégal avec le football. À l’origine de ces violences : des jeunes appartenant souvent à des fan-clubs, lesquels regroupent les supporteurs des lutteurs. Un Dakarois tire la sonnette d’alarme.

Plusieurs vidéos ont été publiées sur les réseaux sociaux entre le 13 et le 15 janvier. Elles ont été prises le 13 janvier aux abords du stade Léopold Sédar Senghor, à Dakar, en marge d’un combat entre les lutteurs Modou Lô et Balla Gaye 2.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit ainsi de nombreux jeunes qui courent dans la rue, certains armés de bâtons. Puis certains s’en prennent à un homme tombé au sol, qu’ils frappent à coups de bâton et de pied (0'20).

Une autre vidéo, prise exactement au même endroit, a également été publiée ici.

Dans cette autre vidéo ci-dessous, on voit un groupe de jeunes qui trottinent dans la rue. L’un deux s’en prend ensuite à une femme qui se trouve sur le côté, pour tenter de lui arracher quelque chose (0’10).


Enfin, dans cette dernière v idéo, un homme semble arracher quelque chose à un passager se trouvant à l’arrière d’un taxi (à partir de 0’19'), avant de se faire aider par des complices.

"Les gens qui habitent près du stade évitent de sortir lorsqu’un combat de lutte est organisé"

Abdoulahi Ndour habite dans le quartier Parcelles, situé au nord du stade Léopold Sédar Senghor.

Ces vidéos ont été prises dans mon quartier : ce genre d’agressions se produit très régulièrement aux abords du stade, avant ou après les grands combats de lutte, en plein jour. J’ai déjà été témoin de scènes similaires : une fois, j’ai vu un groupe de personnes, en bloc, qui criaient, puis certaines se sont détachées pour aller arracher des téléphones portables, avec des couteaux.

La plupart des personnes qui commettent ces agressions sont des jeunes ayant entre 13 et 20 ans. Certains sont de simples délinquants, mais d’autres sont aussi des supporteurs. Parfois, il y a même des bagarres entre groupes de supporteurs.

Au Sénégal, beaucoup de jeunes sont au chômage, ce qui peut expliquer pourquoi certains sombrent dans la délinquance. Lorsqu’il y a des combats de lutte, cela draine beaucoup de monde, donc c’est une opportunité pour eux… Du coup, les gens qui habitent près du stade évitent de sortir lorsqu’un combat de lutte est organisé : il y a une certaine psychose.

Ce problème n’est pas nouveau, mais il n’a jamais été éradiqué, ce qu’on déplore. Même si la police est présente aux abords du stade, elle a des moyens limités. J’aimerais que le gouvernement apporte une solution.

"Le public qui vient assister aux combats de lutte a évolué"

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Thierno Kâ, vice-président du Comité national de gestion de la lutte (l’équivalent d’une fédération), reconnaît l’existence de ces problèmes, notamment aux abords du stade Léopold Sédar Senghor ou encore de l’Arène nationale (où sont organisés les principaux combats de lutte) :

Cela fait une petite dizaine d’années que l’on constate ces violences. Selon moi, c’est lié au fait que le public qui vient assister aux combats de lutte a évolué. Avant, il y avait seulement de vrais amateurs de lutte, qui venaient au stade toute l’après-midi, pour assister à tous les combats.

Mais désormais, il y a aussi les fan-clubs : ce sont des structures rassemblant des gens qui apportent leur soutien à tel ou tel lutteur. [Parfois, les fan-clubs regroupent les habitants d’un même quartier, NDLR.] Parmi eux, certains ne sont pas de véritables amateurs de lutte : par exemple, ils sortent du stade dès que leur champion a terminé son combat. Ou alors ils n’entrent même pas à l’intérieur du stade lorsque des combats ont lieu. Certains sont tout simplement de petits crétins, qui profitent des mouvements de foule pour commettre des agressions ou des vols.

À l’intérieur des stades, il n’y a quasiment plus de violences, mais c’est à l’extérieur que ça se passe. Après, c’est un problème de sécurité publique, qui relève de la police : il faudrait que le dispositif policier soit revu pour empêcher ces débordements.


Pour lutter contre ces débordements, un collectif regroupant des amateurs de lutte, appelé "Groupe Bakh ", a été créé en 2010. "L’objectif est d’apaiser les tensions, en sensibilisant la jeunesse de façon générale, les fan-clubs de lutteurs, les clubs de lutte… Par exemple, on a récemment organisé un tournoi de football inter-quartiers pour créer des liens d’amitié entre les jeunes ", explique son président, Massamba Diéye.

Le "Groupe Bakh " a été créé en 2010 pour lutter contre les violences en marge des combats de lutte. Photo envoyée par Massamba Diéye.

Le vice-président du Comité national de gestion de la lutte souligne toutefois que ces violences ne sont pas l’apanage de son sport, puisque des débordements se produisent également lors des navétanes, un tournoi de football amateur inter-quartiers, qui se déroule chaque année dans tout le Sénégal, comme le reconnaît également notre Observateur Abdoulahi Ndour. Plusieurs habitants de Dakar nous ont cependant confié avoir le sentiment que ces agressions avaient surtout lieu en marge des combats de lutte, puisqu’ils attirent une foule plus importante que les matches de football.
 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).