Deux enfants vendeurs de rue violentés par un agent municipal : cette vidéo a provoqué un tollé en Iran. Ces images sont en effet choquantes. L’homme, qui est en train de filmer, enjoint aux deux jeunes garçons de manger les fleurs qu’ils étaient en train de vendre dans la rue, menaçant de les faire expulser du pays s’ils refusaient.

La vidéo, d’une quarantaine de secondes, est apparue sur les réseaux sociaux le 12 janvier dernier. Elle a été relayée sur l’application Telegram, très populaire en Iran, mais également Facebook et Twitter. Les images montrent le plus jeune des deux garçons en pleurs, alors qu’il se fait vigoureusement houspiller par l’agent municipal qui est en train de le filmer. "Mange tout, vite, mange tout ! Mange aussi les tiges. Mange ou je t’envoie au camp ". 

"Je peux ne pas manger l’emballage plastique ?", demande alors le deuxième garçon. "Non, tu dois tout manger ", répond l’agent municipal, inflexible.
 


Selon des médias iraniens, les images ont été tournées par un agent municipal chargé de contrôler les vendeurs de rue, dans la ville de Kerma, dans le sud du pays. Ce dernier a menacé d’envoyer les deux garçons dans un camp en vue de leur expulsion car ils sont de nationalité afghane, selon des médias iraniens.

Dans une interview à la télévision publique, le maire de Kerman a indiqué que l’agent municipal a été renvoyé et qu’il sera poursuivi en justice.

Il y a eu de nombreux cas d’agression de vendeurs de rue par des agents municipaux ces dernières années. Certains cas ont mêmeété documentés en images, comme dans ces deux vidéos ci-dessous.


Un jeune vendeur de rue maltraité par des agents municipaux à Téheran en décembre 2017. 

Un jeune vendeur de rue maltraité par des agents municipaux à Qom en décembre 2016. 


Toutefois, dans la plupart des cas, les auteurs de ces violences ne sont jamais inquiétés par la justice, affirme notre Observatrice Hediah (pseudonyme), qui milite pour les droits des enfants en Iran. Pour des raisons de sécurité, elle préfère garder l'anonymat.

"Nous avons un besoin urgent de renforcer la législation pour prévenir ces abus"

Ce genre de violences n’est pas nouveau. De nombreux enfants vendeurs de rue en ont été victimes. Mais ces dernières années, les médias ont commencé à s’intéresser à ces agressions, car elles sont de plus en plus documentées en vidéo.  

Dans le cas le plus récent, il apparaît que les deux enfants sont afghans. Mais tous les vendeurs de rue ne le sont pas. Il y des Pakistanais et beaucoup d’Iraniens aussi.

Les agents municipaux ne reçoivent aucune formation sur la façon dont il faut se comporter avec ces enfants.  Comme beaucoup de gens, ils ont des préjugés sur les enfants vendeurs de rue. Ils croient que ces enfants amassent beaucoup d’argent, qu’ils donnent ensuite à un chef. Certains pensent aussi que leur business n’est qu’une couverture pour vendre de la drogue. Alors que la vérité, c’est que la plupart de ces enfants sont issus de familles très pauvres. Alors, ils aident simplement leurs parents afin qu’ils puissent joindre les deux bouts. 
 

"La réaction positive du maire nous donne de l’espoir pour l’avenir"

Malheureusement, les gens qui ont un certain pouvoir, et qui ont aussi des préjugés négatifs sur ces enfants, peuvent devenir violents avec eux. Cette violence n’est pas systématique de la part des agents municipaux. Elle est néanmoins fréquente car ils ont un sentiment d’impunité.  Il arrive aussi que ces enfants soient violentés par des citoyens ordinaires.

Nous avons un besoin urgent de renforcer la législation pour prévenir ces abus, et il faut aussi former tous ceux qui sont amenés à fréquenter ces enfants dans le cadre de leur profession, afin qu’ils les traitent avec bienveillance.

Le récent cas de Kerman est encourageant. La réaction positive du maire nous donne de l’espoir pour l’avenir. Si l’auteur des violences vient à être condamné par la justice, cela deviendra un exemple. 

Selon une enquête réalisée en 2017 dans six provinces iraniennes par une université de Téhéran, 90 % des enfants vendeurs de rue sont des garçons. La moitié d’entre eux ont quitté l’école pour aider leurs familles. Les mauvaises conditions météo, la faim et la violence sont les plus grosses difficultés auxquelles ces enfants doivent faire face, souligne encore l’étude.