Le Zimbabwe est en proie à une vague de violences depuis lundi 14 janvier, jour où a été proclamée une grève générale contre l’augmentation des prix du carburant. Dans la capitale Harare, des magasins ont été pillés et des véhicules de police incendiés. Notre Observateur, enfermé chez lui, craint pour son commerce tout en déplorant la situation économique difficile dans laquelle est plongé son pays.

Les rues de la capitale zimbabwéenne se sont progressivement vidées après que la grève générale a été proclamée pour trois jours par la Confédération syndicale du Zimbabwe (ZCTU) lundi 14 janvier. Ce syndicat majeur dénonce l’augmentation par le gouvernement des taxes sur le carburant, qui a annoncé samedi vouloir multiplier les prix par 2,5. Une décision motivée par les pénuries de pétrole et la multiplication des trafics liés à la dévaluation de la monnaie, selon le président Emmerson Mnangagwa.

Ces derniers mois, rapporte l’AFP, de nombreux produits de base sont venus à manquer, et des kilomètres de queue de véhicules se sont formés devant les stations-service du pays. Dans ce contexte, l’annonce de l’augmentation des prix du carburant ferait redouter une flambée générale des prix.

Le mouvement de contestation s’est, à certains endroits, transformé en soulèvement violent. À environ 30 kilomètres au sud de la capitale Harare, dans la ville résidentielle de Chitungwiza, au moins deux personnes ont été tuées, selon le Mouvement pour un changement démocratique (MDC, opposition). Une autre personne aurait perdu la vie à Kadoma (au centre du pays).

>> À lire sur France 24 : "Zimbabwe : deuxième jour de grève générale contre la hausse du prix de l'essence" 

 

"J’ai eu très peur de voir mon commerce pillé et détruit"

Nestor D. (pseudonyme), 53 ans, est un commerçant exerçant dans le quartier de Makoni à Chitungwiza. Il a souhaité garder l’anonymat par peur de représailles.
 
Depuis hier je suis enfermé chez moi, j’ai fermé mon magasin et ai dit à mes employés de faire la même chose. De nombreux mouvements violents ont éclaté dans la ville hier (lundi) et, aujourd’hui. Elle est comme morte. J’ai pu voir de nombreuses patrouilles des forces de l’ordre.

L’augmentation des prix et surtout celle du pétrole m’a beaucoup inquiété. Nous sommes dans une situation économique très difficile, les gens vont vraiment avoir du mal à subvenir à leurs besoins. Dans un sens je comprends donc la colère suscitée par ces annonces, mais d’un autre je condamne et crains les violences d’hier. J’ai eu très peur de voir mon commerce pillé et détruit. Heureusement ça n’a pas été le cas.

"Tout est devenu hors de prix"

Un autre habitant d’Harare, ayant lui aussi souhaité garder l’anonymat, a détaillé les conséquences de cette crise sur le quotidien des citoyens.
 
Depuis quelques semaines, tout est devenu hors de prix. Une bouteille de deux litres d’huile de cuisson coûtait environ 7 dollars (soit 6 euros), mais est aujourd’hui à 29 dollars (25 euros). Idem pour une bouteille de jus de fruits, qui est passée de 8 à 25 dollars (de 7 à 21 euros, quand le salaire moyen atteint environ 270 dollars mensuels, ou 237 euros, NDLR). Personne n’a les moyens de payer de tels prix.

"Je viens de recevoir des informations comme quoi des soldats ont été déployées à Chitungwiza après de violentes manifestations contre l'augmentation des prix du carburant. Le commissariat de Makoni est en flammes", écrit sur Twitter le représentant régional de l'ONG américaine Human Rights Watch.

Via son entourage, notre Observateur Nestor D. nous a rapporté que le commissariat de Makoni avait été attaqué par un groupe de personnes et que plusieurs véhicules y auraient été incendiés. Des faits rapportés dans plusieurs médias en ligne zimbabwéens, que nous n’avons pas pu vérifier de façon indépendante.

Depuis le mardi 15 janvier, Internet ne fonctionne plus au Zimbabwe. L’autorité de régulation d’Internet, qui dépend du gouvernement, a nié être à l’origine du "brouillage", rapporte l’AFP.


De nombreuses photos et vidéos amateur documentant les événements ont été publiées sur les réseaux sociaux avant cette coupe, mais les authentifier s’est avéré impossible sans communication possible avec leurs auteurs.

 

"Harare est comme une ville fantôme"

Nigel Mugamu, journaliste zimbabwéen, dirige le média en ligne 263chat.
 
Avant qu’Internet ne soit coupé, nous avons pu couvrir la situation et publier quelques vidéos sur notre page Facebook. Nous avons pu par exemple filmer une personne blessée par balles à Epworth (quartier d’Harare, NDLR) et le déploiement des forces de l’ordre.


Aujourd’hui, Harare est comme une ville fantôme. Je ne l’ai jamais vue aussi calme. Les transports publics ne fonctionnent pas et les magasins sont fermés. Les journalistes de mon équipe me rapportent que les forces de l’ordre vont de maison en maison dans certains quartiers de la capitale à la recherche des meneurs de ce mouvement.

Hier la situation était particulièrement tendue, je leur ai dit de rester à distance des foules en colère et des scènes de pillage. Selon notre réseau de collègues et blogueurs, plusieurs autres villes sont à l’arrêt : Bulawayo, Mukare, Gwero, et Victoria Falls.