Au Guatemala, accoucher dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier peut rapporter gros. Depuis 1956, un quotidien national organise le "marathon de la cigogne", un concours qui récompense les trois premières femmes à accoucher en début d'année. Les gagnantes et leurs bébés reçoivent alors des couches, des biberons, ou encore des berceaux et des matelas. Mais ce jeu n'est pas sans risques selon notre Observateur, le gynécologue-obstétricien Vinicio Del Valle.

Ce "marathon", organisé par le journal Prensa Libre dans plusieurs maternités du pays, est devenu une tradition. Et on peut désormais voir l'intérieur des salles d'accouchement sur les réseaux sociaux. Au début du mois de janvier, deux vidéos du concours ont été publiées. Filmées dans des hôpitaux différents, elles montrent des dizaines de professionnels de la santé fêter la naissance d'un bébé quelques secondes après le passage à la nouvelle année. 

L'un des hôpitaux a confirmé à France 24 que les participantes avaient donné leur accord au préalable. Mais les images de scènes de liesse dans les salles d'accouchement ont tout de même choqué certains internautes. "Comment est-il possible d'être aussi irrespectueux pendant un accouchement ? Cela m'indigne", commente une utilisatrice de Twitter sous l'une des vidéos. 

 

"Retarder un accouchement de quelques minutes peut générer des séquelles cérébrales pour le bébé"

Le concours inquiète également notre Observateur Vinicio Del Valle, gynécologue-obstétricien et coordinateur du Groupe multidisciplinaire pour la défense des droits sexuels et reproductifs au Guatemala :
 
Moi-même, j'ai assisté à ce genre de scène quand j'étais étudiant en médecine, mais à l'époque, je ne réalisais pas que c'était un problème. Je me rappelle avoir entendu : "Ne poussez pas, tenez bon !" pour que les femmes n'accouchent pas avant minuit. Potentiellement, le fait de retarder un accouchement de quelques minutes peut générer des séquelles cérébrales pour le bébé.

Il insiste également sur le manque d'intimité de ces accouchements : 
 
La salle d'accouchement se remplit de professionnels de la santé, mais également de journalistes, qui viennent filmer l'événement ! Peut-être que les femmes donnent leur accord, mais dans un pays dans lequel l'État ne garantit même pas le minimum à ses habitants, les femmes voient ce concours comme une opportunité pour obtenir certaines choses qu'elles ne pourraient pas avoir autrement. Dans le passé, l'une des gagnantes a même reçu une maison. 

>> Voir notre vidéo avec le témoignage de Vinicio Del Valle :