Plusieurs militaires ont pris le contrôle de la Maison de la radio de Libreville, au Gabon, dans la nuit du 6 au 7 janvier 2019 et ont appelé les Gabonais au soulèvement national. Dans l’après-midi, lundi 7 janvier, les autorités ont annoncé avoir neutralisé "les cinq militaires" mutins. Les habitants de Libreville ont entendu de nombreux coups de feu et certains se sont rués dans les magasins pour faire des réserves en cas d’affrontements prolongés. Privés de toute connexion Internet depuis le début de la matinée, nos Observateurs ont témoigné par téléphone sans pouvoir nous transmettre leurs images.

Sur le boulevard Triomphal, où sont situés plusieurs ministères gabonais, l’Assemblée nationale et le Sénat, plusieurs militaires ont tenté de lancer un mouvement insurrectionnel contre le pouvoir d’Ali Bongo en prenant le contrôle de la Maison de la radio, qui abrite les studios de télévision et de radio nationaux. Lors d’une allocution filmée et radiodiffusée, le lieutenant Ondo Obiang Kelly, commandant-adjoint de la Garde républicaine (GR) a appelé à un rassemblement devant l’Assemblée nationale, à quelques mètres de la maison de la radio. Selon les autorités, il a été arrêté dans l’après midi avec deux mutins, deux autres ayant été tués.

Plusieurs de nos Observateurs à Libreville ont décrit avoir entendu des coups de feu, vu des effectifs importants des forces de l’ordre patrouiller dans les rues et un hélicoptère survoler la ville à basse altitude.

"J'ai entendu les coups de feu et j'ai vu l'assaut des forces de l'ordre"

Alain F. (pseudonyme) est gérant d’un commerce dans le centre-ville de la capitale gabonaise. Comme tous nos Observateurs, il a souhaité garder l’anonymat par peur de représailles.
 
Je travaille sur le boulevard Triomphal, à proximité de la Maison de la radio. Dès que j’ai su ce qu’il se passait, ce matin à 6 h, j’ai dit à mes employés de ne pas venir travailler. Je suis arrivé sur place à 7 h 30. Un cordon de sécurité avait été installé autour du bâtiment, à quelques centaines de mètres.

De là, j’ai pu entendre de très nombreux coups de feu. Un peu plus tard, après 8 h, j’ai pu voir l’assaut des forces de l’ordre dans le bâtiment. On pouvait voir des gens bouger à travers les fenêtres.

Les forces de l'ordre gabonaises patrouillent dans les rues de Libreville.
 
"Internet a été complètement coupé"
 
J’ai pu prendre des photos à ce moment-là, mais je n’ai aucun moyen de les diffuser puisqu'Internet a été complètement coupé.
 
Tous nos Observateurs interrogés dans la matinée du 7 janvier ont confirmé par téléphone que l’accès à Internet était impossible, sur les réseaux 3G/4G et wifi.

Dans un quartier populaire proche de la radio, des dizaines de jeunes ont incendié une voiture et enflammé des pneus, semblant vouloir répondre à l'appel au soulèvement des mutins, a par ailleurs constaté l'Agence France-Presse ce lundi.

Plusieurs de nos Observateurs ont rapporté que des dizaines de personnes se sont rassemblées à proximité de la Maison de la radio, devant l’Assemblée nationale et l'Hôtel de ville, situés face à face sur le boulevard Triomphal.


Des Librevillois se sont rassemblés sur le boulevard Triomphal alors que des militaires avaient pris le contrôle de la Maison de la radio.

"Les policiers ont tiré en l'air pour disperser le rassemblement"

Jules (pseudonyme) passe par le boulevard Triomphal pour aller en cours, il a vu le rassemblement être rapidement dispersé par la police :
 
Je me rendais en cours à l’Institut national des sciences de gestion lorsque j’ai vu l’attroupement près de la Maison de la radio. Un véhicule de la police judiciaire est arrivé, les policiers ont tiré en l’air pour que tout le monde s’en aille.

Je les ai vu attraper au moins deux personnes, qu’ils ont amenées à l’intérieur du camion où il y avait déjà au moins trois autres personnes arrêtées. Puis les gens sont assez vite rentrés chez eux pour éviter toute confrontation.

"Des manifestants ont érigé quelques barricades"

Léon A. (pseudonyme), jeune Librevillois, a participé à ce rassemblement pour exprimer son soutien aux putschistes après avoir entendu leur communiqué.
 
Je suis arrivé devant l’Hôtel de ville en début de matinée et nous sommes restés là pendant une trentaine de minutes avant que la police ne nous disperse. Je voulais exprimer mon soutien aux officiers, mais surtout crier mon ras-le-bol face à la situation dans mon pays. On est vraiment fatigués de cette situation politique, des institutions françaises et de leurs accords militaires avec le Gabon.

Une fois dispersés, les manifestants ont érigé quelques barricades ça et là dans le centre-ville. Je suis rentré chez moi vers 10 h 30, c’est à ce moment là que j’ai appris que les officiers avaient été arrêtés.

Pendant ce temps-là, nos Observateurs ont rapporté qu’un "vent de panique" s’était emparé d’une partie des habitants de la capitale. Redoutant des affrontements prolongés, de nombreux foyers ont jugé utile de faire des réserves de nourriture.

"Les commerces ont été vidés très rapidement"

Catherine (pseudonyme) habite près du boulevard Triomphal, elle a été prise dans l’agitation qui a parcouru le quartier.
 
Il y a eu un mouvement de panique, les gens se sont tous dépêchés d’aller faire des courses. Mais j’ai pris du pain, des pâtes, des boîtes de conserve et j’ai fait des réserves d’eau minérale. À cette heure-là les grandes surfaces n’étaient pas encore ouvertes : les petits commerces ont été vidés très rapidement.

"Les gens ne sont pas allés travailler aujourd'hui"

Louis R., étudiant à Libreville, habite dans le deuxième arrondissement.
 
Juste devant chez moi, il y a un épicier. Son stock de gaz s’est écoulé en moins de 30 minutes ce matin. Les gens craignaient que la situation empire et dure. Mais en début d’après-midi, ça s’était calmé.

Sur France 24, le ministre de la Communication Guy-Bertrand Mapangou a annoncé que tout était normal et que "les gens vaquent à leurs occupations". Pour moi c’est faux, dans mon quartier, la plupart des commerces sont fermés, les gens ne sont pas allés travailler et les écoliers ont été renvoyés chez eux.

Le président de la République, Ali Bongo, est en convalescence au Maroc à la suite d'un accident vasculaire cérébral. Depuis son hospitalisation le 24 octobre, il n’a pris la parole qu’une seule fois, le 31 décembre, ce qui alimente les rumeurs quant à sa capacité à gouverner.