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Depuis plusieurs jours, l’administration américaine fait face à un "shutdown", car le budget 2019 n’a pas été adopté par le Congrès, en raison des sommes mirobolantes demandées par Donald Trump pour construire le mur à la frontière mexicaine. Conséquence : les administrations tournent au ralenti – voire pas du tout. Dans les nombreux parcs nationaux, seule une petite partie du personnel travaille. Les déchets s’accumulent et certains visiteurs dérapent... Mais des volontaires s’organisent pour essayer de préserver ces écosystèmes fragiles.

Le "shutdown" est un classique de la vie politique américaine. Lors d'un de ces blocages budgétaires, en 2013, l’administration Obama avait carrément fermé les parcs nationaux, suscitant la colère des touristes et des commerces qui en dépendent. Entre-temps, un plan a été voté, qui permet de mobiliser une petite partie du personnel même en période de "shutdown".

Mais ces maigres effectifs ne peuvent pas tout faire, et se retrouvent bien souvent débordés par l’afflux des visiteurs, nombreux en période de vacances, d'autant plus que l’entrée des parcs est gratuite du fait du "shutdown".

Des volontaires ont donc décidé de se mobiliser pour soulager les personnels, notamment dans les parcs californiens de Yosemite et Joshua Tree. Dans ce dernier, ils travaillent chaque jour pour tenter de préserver les 3 200 kilomètres carrés du parc. C’est le cas de Rand Abbott, un escaladeur paraplégique qui vit dans la ville de Joshua Tree.


"Sans les rangers, certains visiteurs deviennent fous"

Le premier jour du shutdown, je me suis rendu à l’épicerie du coin et j’ai acheté 1 000 sacs poubelles, et 200 rouleaux de papier toilette, de l’eau de javel et du spray désinfectant. Je suis allé au parc et j’ai commencé à nettoyer les toilettes et collecter les déchets. En fait, j’avais peur que les toilettes deviennent trop sales, que les gens arrêtent de les utiliser... et aillent faire leurs besoins derrière les rochers. Assez vite, de nombreuses personnes qui vivent dans les environs se sont jointes à moi. Nous avons mis en place un calendrier pour nous coordonner.

Photos de volontaires dans le parc de Joshua Tree.


Je travaille six à sept heures par jour depuis le début du shutdown. Je nettoie les toilettes, ramasse les déchets, les mégots de cigarette et les bouteilles de bière vides. Mais j‘explique aussi aux gens ce qu’il ne faut pas faire pour qu’ils évitent d’abîmer la nature. Je rappelle qu’il faut camper et faire du feu uniquement dans les espaces aménagés pour ça, qu’il ne faut pas conduire hors des routes. Il y a des panneaux qui expliquent tout ça... mais sans rangers, certains visiteurs deviennent fous.

Par exemple, certains ont fait de l’escalade là où ils n’auraient pas dû, notamment dans des parties du parc protégées parce qu’il y a sur des rochers des inscriptions de tribus indiennes vieilles de plusieurs siècles. Les gens sortent des routes pour prendre des photos à certains endroits, et roulent parfois sur les cactus. Certains ont même coupé des arbres de Josué pour faire du feu. Ce qui ne marche pas, puisque ce bois ne brûle pas... Et ce n’est pas comme si on pouvait planter d’autres arbres de Josué, ça ne se fait pas comme ça, ils mettent beaucoup de temps à pousser.

Des arbres de Josué dans le parc national de Joshua Tree. Ces arbres uniques sont menacés par le changement climatique, les scientifiques estimant que leur nombre va baisser significativement. Photo de Christopher Michel (Creative Commons)

Je dirais qu’environ 70 % des gens à qui j’ai parlé sont très sympas et compréhensifs, mais certains sont franchement désagréables et quelques-uns ont même menacé de me frapper. Il semble cependant qu’avec de plus en plus de volontaires, ce genre de personnes quittent le parc.

Des marines ont même volontairement prêté main forte aux rangers et aux volontaires.

Au départ, j’étais favorable au fait de laisser les parcs ouverts en cas de shutdown, mais là je pense que le gouvernement doit le fermer avant que d’autres dégâts ne soient causés. Je sais qu’on va en découvrir encore dans les jours à venir...

Le 2 janvier, le Parc national Joshua Tree a dû fermer ses sites de camping pour des raisons sanitaires et sécuritaires, mais le parc reste ouvert, comme les autres parcs nationaux aux États-Unis.

D'autres parcs sont touchés par le "shutdown", comme le Lassen Volcanic National Park en Californie.

 

De même que celui de Yosemite, où faute de rangers pour le surveiller, cet enfant s'est approché bien trop près d'une biche, ce qui est dangereux et peut provoquer des accident mortels.

Les déchets ne sont plus ramassés dans le parc de Big Bend au Texas.