Environ 39 millions d’électeurs congolais étaient appelés aux urnes dimanche  décembre, afin de choisir le successeur de Joseph Kabila, président de la République démocratique Congo depuis 17 ans. Selon les Congolais qui ont contacté notre rédaction, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme, en dépit de quelques couacs.

Au total, 21 candidats se sont présentés lors de cette élection présidentielle à un tour, organisée avec deux ans de retard et après trois reports. De son côté, Joseph Kabila avait renoncé à briguer par la force un troisième mandat, interdit par la Constitution. Ce scrutin pourrait donner lieu à la première alternance démocratique de l'histoire du pays.

Quelques anomalies ont été relevées dans les bureaux de vote, très souvent liées aux machines à voter ou encore à des listes électorales incomplètes. Mais nos Observateurs estiment que le scrutin s’est globalement déroulé dans le calme.

 

Bukavu (province du Sud-Kivu) – "J’ai été 'observateur volontaire' dans un centre de vote, où le scrutin s’est déroulé dans le calme"

Désiré Alumeti est un docteur-chirurgien qui était "observateur volontaire" au centre de vote de Mushere, situé à quelques mètres de la frontière avec le Rwanda.

Photos prises par Désiré Alumeti.
 

Ce centre de vote, composé de plusieurs salles, a ouvert vers 7h30-8h, et les premières personnes ont commencé à voter vers 8h30. Le vote s’est déroulé dans le calme.

J’ai été "observateur volontaire" dans l’une des salles, avec deux autres hommes. Pour cela, il n’y a aucune démarche à effectuer en amont : il faut simplement avoir une carte d’électeur et avoir voté dans le bureau en question. On peut être "observateur volontaire" pour le compte d’un candidat, d’une organisation religieuse, ou encore uniquement pour soi. Par exemple, il y avait un homme blanc qui était observateur pour l’Église du Christ au Congo [union d’organisations protestantes et évangéliques, NDLR], il prenait des photos. Cela m’a d’ailleurs assez surpris. Nous avons notamment aidé les policiers à mettre de l’ordre pour que les files d’attente soient respectées.

Il y avait aussi quelques observateurs nationaux et membres de la Monusco.

Le vote a pris fin vers 18h30-19h. Dans ce centre, le taux de participation s’est élevé à 52 % : ce n’est pas beaucoup car ces élections étaient assez mal organisées. Par exemple, certaines personnes sont venues, mais n’ont pas trouvé leur nom sur les listes d’électeurs, alors qu’elles avaient leur carte d’électeur.

 

Kisangani (province de la Tshopo) – "Une bonne partie des gens censés voter sur place ont dû aller dans un autre centre de vote"

G-Banks (pseudonyme) a voté dans un bureau de vote situé dans une école de la ville.

Photos prises par G-Banks (pseudonyme).
 

J’ai pu voter vers 8h, mais je crois que certaines personnes étaient déjà arrivées depuis 4h ou 5h du matin. Ça a été assez lent, car nous devions d’abord vérifier que notre nom se trouvait sur les listes d’électeurs, affichées en dehors du bureau de vote, pour savoir dans quelle salle voter. Puis il fallait faire la queue. Et une fois à l’intérieur de la salle, quelqu’un re-vérifiait notre identité.

Comme il n’y avait pas assez de salles dans ce bureau de vote, par rapport au nombre d’électeurs, une bonne partie de ceux censés voter sur place ont dû aller dans un autre centre, situé un peu plus loin. Ils l’ont appris en arrivant sur place. De plus, certaines personnes n’ont pas pu voter car elles n’ont pas retrouvé leur nom sur les listes d’électeurs, alors qu’elles avaient leur carte d’électeur.

 

Kinshasa (capitale) – "Certains n’ont pas pu voter, car ils ne pouvaient pas rester toute la journée à faire la queue"

Enock Nyamwisi, membre du mouvement citoyen LUCHA, s’est rendu dans six bureaux de votes différents à Kinshasa pour observer le déroulement du scrutin. Non-accrédité, il n’a pas été autorisé à entrer à l’intérieur des bureaux.

Vidéo tournée par Enock Nyamwisi.
 

En début d’après-midi, j’ai assisté à une bousculade dans le quartier de Tshangu. Les gens n’en pouvaient plus d’attendre, ils ne respectaient plus la file. Les gens s'amassaient devant la porte du bureau de vote et c'était la pagaille dès que quelqu’un sortait. Ils brandissaient tous leurs cartes d'électeur pour essayer de rentrer en premier.

Ils n’ont pas pu tous voter, certains ont trop attendu. Ils ont fini par partir à cause de la lenteur, ils ne pouvaient pas rester toute la journée à faire la queue, sans manger.

 

Kintambo (commune du nord-ouest de Kinshasa) – "Les électeurs disaient qu’ils ne partiraient pas sans avoir voté"

Un habitant a passé la journée dans un bureau de vote de Kintambo, de l'ouverture à la fermeture.

Photos prises par un habitant.
 

Je suis arrivé à 5h30, sous une grande pluie, et j’ai voté à 9h34, parmi les tous premiers. Il y avait également vingt autres personnes, des témoins et des membres de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR]. Ce centre de 5 bureaux de votes a commencé à fonctionner vers 8h20 car le matériel avait été installé entre 7h et 8h, à cause de la pluie. Dans ce bureau de vote, il y avait une liste de 640 électeurs, pour une seule machine à voter.

Vers 15h, les gens étaient assis sur le sol. Ils disaient : "Nous resterons ici, même jusqu'à demain !" On sentait l’impatience et la fatigue, mais pas le renoncement. Je me suis dit que j'avais eu de la chance de venir tôt.

Le bureau de vote était encore ouvert à 19h30. Mais des électeurs qui n’avaient pas encore pu voter commençaient à s’énerver, ils entraient en masse dans les bureaux qui n’étaient plus éclairés en affirmant qu’ils ne partiraient pas sans avoir voté. Des gens criaient : "Remettez-nous nos cartes d’électeurs ! Ils confisquent nos cartes dans le bureau pour voter à notre place ! Remettez-nous nos cartes, elles ne resteront pas chez vous !"

Peu après, le chef du centre a remis toutes les cartes que le président du bureau de vote gardait, et il a dit : " Vous avez vos cartes, ceux qui veulent partir, libre à eux. Ceux qui veulent voter, restez." Ce retard important était dû à un problème électrique depuis l’ouverture des bureaux de vote.

 

Les résultats provisoires de ce scrutin doivent être annoncés le 6 janvier.


Cet article a été écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi) et Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).