Au Tchad, un colonel de police a été arrêté jeudi 27 décembre, accusé d’avoir supervisé la torture à mort d’un homme qu’il accusait de l’avoir volé. Une vidéo montrant une partie du supplice publiée sur Facebook a été vue plus de 13 000 fois.

Dans une vidéo publiée mercredi 26 décembre et sur d’autres images qui circulent sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, on voit un homme torse-nu, suspendu par les bras à un mur. Un jeune homme assis au-dessus de lui est armé d’un bâton, il lui donne un coup de pied au visage. Autour, une assemblée hilare.

Cet homme, Oumar Hissein, est mort vendredi 21 décembre, suite aux tortures subies pendant les six jours où il aurait été séquestré chez un colonel de police, à N’Djamena. Le colonel Senoussi Ahmat Ochi a été arrêté jeudi 27 décembre. L'arrestation de l' “auteur d’un meurtre après torture sur un présumé voleur” selon la déclaration du ministre de la Justice à l'AFP, a été a été rendue publique vendredi 28 décembre.

À gauche : capture d’écran de la vidéo postée sur Facebook le 26/12 à 20:29. A droite : Omar Hissein sur une photo circulant sur les réseaux sociaux

"Il a fallu la pression des réseaux sociaux pour que le colonel soit appréhendé"

Tahirou Hissein, un cousin de la victime vivant en France, a misé sur la diffusion des images pour que le responsable de sa mort ne reste pas impuni :
 
J’ai reçu une copie de la vidéo montrant la torture de mon cousin Oumar. Je n’ai pas voulu la poster sur ma page tellement les images sont choquantes. Alors je l’ai envoyé à mon ami activiste Abdelkrim Yacoub Koundougoumi [Chef de la division Afrique centrale d’Internet sans frontières] qui vit aussi en France. Nous voulions provoquer un électrochoc.
Il a fallu la pression des réseaux sociaux pour que le colonel soit appréhendé. La justice tchadienne a appliqué la procédure normale, il va aller en maison d’arrêt.

 

"Le système a horreur de la publicité "

Pour Mahamat Nour Ahmat Ibedou, secrétaire générale de la la Convention tchadienne de défense des droits de l'Homme (CTDDH), susciter l’indignation en ligne pourrait être un des derniers moyens d’action :
 
Les réseaux sociaux ont joué un très grand rôle, la pression est très forte : le système a horreur de la publicité.

Pour autant nous allons suivre la procédure car en général les autorités font semblant d’arrêter les auteurs de ce genre de crime, puis ils les relâchent.


En 2016, la publication sur les réseaux sociaux de la vidéo d’un viol collectif sur une lycéenne avait suscité une vague d’indignation dans tout le pays. Les coupables avaient été condamnés à dix ans de prison.

Cet article a été écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi)