Un représentant de la communauté ivoirienne de Tunisie a été poignardé à mort à Tunis dimanche 23 décembre. Depuis, les mobilisations se sont multipliées pour dénoncer ce que beaucoup d’Africain subsahariens vivant en Tunisie perçoivent comme un crime raciste.

Vivant, c’était une figure de la communauté ivoirienne en Tunisie. Mort, il devient un symbole de la violence qu’y subissent les Subsahariens. Falikou Coulibaly, président de l’Association des Ivoiriens de Tunisie (AIT), a été poignardé à mort dans la nuit de dimanche à lundi à La Soukra, dans la banlieue nord de Tunis. Selon le ministère de l’Intérieur, l’agression était motivée par un vol de téléphone.

Falikou Coulibaly avait déjà dénoncé le caractère raciste d'attaques visant des Ivoiriens. En août il déclarait aux Observateurs, à propos d'agressions commises dans le quartier où il a été tué quatre mois plus tard :
 
La police nous a dit au téléphone qu’il s’agissait d’un problème lié au banditisme et à la délinquance. Sauf que seuls des Ivoiriens ont été ciblés : il y a donc un aspect purement discriminatoire. Ces jeunes profitent de la vulnérabilité de ces personnes car ils savent qu’ils ne seront probablement pas punis.

Falikou était un frère pour tout le monde

Malicks Kamandie, membre de l’AIT et ami de Falikou Coulibaly, se trouvait parmi les centaines de personnes à s’être rendues au domicile du défunt avant que sa dépouille ne parte pour la Côte d’Ivoire :

Nous nous sommes rassemblés chez lui pour accueillir son corps et rendre un dernier hommage à l’effort qu’il a fait pour nous, les Africains de Tunisie. Puis nous avons accompagné le cercueil sur la route vers l’aéroport.

Falikou était un frère pour tout le monde. Par son action, il venait en aide à toute la communauté subsaharienne. C’était un vrai battant. Alors rester à la maison, ça aurait été comme une trahison.


Le corps de Falikou Coulibaly a été rapatrié en Côte d'Ivoire mercredi 26 décembre au soir. Il sera enterré dans sa ville natale de Oumé vendredi 28 décembre.

Le cercueil de Falikou Coulibaly à son domicile. Mercredi 26 décembre. Photo transmise par WhatsApp à la rédaction.
 
Le cercueil de Falikou Coulibaly à son domicile. Mercredi 26 décembre. Photo transmise par WhatsApp à la rédaction.

Sa mort a entraîné une mobilisation inédite de la communauté ivoirienne de Tunisie. Lundi, plusieurs centaines de manifestants se sont rendus devant l’hôpital Mongi Slim, où Falikou Coulibaly s’est éteint, avant de marcher jusqu’à l’ambassade de Côte d’Ivoire. Ils se sont à nouveau rassemblés le lendemain, avenue Bourguiba, au centre de la capitale, pour dénoncer les violences dont sont victimes les subsahariens et l’absence de réaction des autorités tunisiennes.

Manifestation avenue Bourguiba mardi 25 décembre. Photo transmise par WhatsApp à la rédaction.

Manifestation avenue Bourguiba mardi 25 décembre. Photo transmise par WhatsApp à la rédaction.

L’esprit de Falikou nous a amené à nous réunir

La mobilisation s’est prolongée mercredi soir, au domicile du défunt, comme le raconte Ange Serisoka, vice-président de l’Association des Ivoiriens actifs de Tunisie (ASSIVAT) :
 

Nous avons installé des chaises en face de la maison de Falikou. Nous avons partagé un repas et nous nous sommes parlés. Il y avait des tam tam : c’était une fête, une soirée à l’ivoirienne. Chez nous quand on a fini de pleurer, on met de l’ambiance.

L’esprit de Falikou nous a amené à nous réunir, tous les Subsahariens. Il y avait des Ivoiriens, des Camerounais, des Maliens mais aussi des Tunisiens. J’ai pris la parole et j’ai demandé à tous les leaders, à toutes les associations de s’unir pour que le combat continue. Notre frère Falikou était un rassembleur.

Veillée au domicile de Falikou Coulibaly, mercredi 26 décembre.

"La mort de Falikou peut faire changer beaucoup de choses"

Selon la police tunisienne, le suspect, arrêté le jour même, a avoué avoir attaqué le représentant des Ivoiriens de Tunisie pour lui voler son téléphone portable. Mais pour Ange Serisoka, elle s’inscrit dans un contexte plus large de xénophobie :
 

Quand on voit qu’il a reçu plusieurs coups de poignards et qu’ils ont laissé son téléphone, on se dit que c’est un crime raciste.

La mort de Falikou peut faire changer beaucoup de choses, il n’est pas mort en vain. Falikou est un leader, son combat c’était de réclamer justice et demander la fin du système des pénalités.

Les étrangers vivants en Tunisie et ayant échoué à obtenir une carte de séjour doivent s’acquitter, lorsqu’ils quittent le pays, de ces "pénalités" d’environ 25 euros par mois passé irrégulièrement sur le territoire. Leur suppression a été réclamée lors de chacun des manifestations qui ont suivies la mort de Falikou Coulibaly. Une grande partie des Subsahariens de Tunisie sont en situation irrégulière.
 

C’est ce qui rend possible les agressions racistes. Les Subsahariens ne sont pas à l’aise en Tunisie parce qu’ils ont peur de parler et de se faire arrêter.

Si un Subsaharien réclame son salaire à un patron qui refuse de le payer, il est arrêté. Je connais une jeune fille qui a demandé un jour de repos à son patron, il a appelé la police et elle s’est retrouvée à l’immigration. Pour nos logements, nous n’avons pas de contrats de location car les bailleurs savent que nous avons peur de parler parce que nous ne sommes pas en règle.