Des personnes qui courent et jettent des pierres en direction de véhicules, tandis que des tirs résonnent : c’est ce que montrent plusieurs vidéos tournées dans l’État du Jammu-et-Cachemire, dans le nord de l’Inde, le 15 décembre. Ce jour-là, les forces de sécurité ont tiré sur des civils, faisant sept morts. Ils étaient sortis manifester en soutien à des rebelles séparatistes, à la suite d’une fusillade ayant opposé ces derniers aux forces de sécurité.

Le 15 décembre, une fusillade a d'abord éclaté dans la zone de Kharpora Sirnoo, dans le district de Pulwama, opposant les forces de sécurité à des rebelles séparatistes. Ces affrontements ont fait quatre morts (trois rebelles et un membre des forces de sécurité).

Des centaines de personnes sont alors sorties pour manifester leur soutien aux rebelles. Certaines d’entre elles ont commencé à jeter des pierres en direction des forces de sécurité, lesquelles ont répliqué en tirant : sept civils ont été tués et une cinquantaine d’autres ont été blessés.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit ainsi plusieurs véhicules kaki et blanc, les uns derrière les autres, et plusieurs personnes habillées en civil qui lancent des projectiles dans leur direction, de loin. Beaucoup d’entre elles courent, alors que des tirs résonnent.


Dans cette autre vidéo, on entend des tirs et on voit des personnes habillées en civil courir à nouveau, ainsi que de la fumée près des véhicules. Même si on ne voit personne lancer de projectiles.

Une autre vidéo reçue par notre rédaction sur WhatsApp montre des civils juste à côté des véhicules. L’un d’eux reçoit alors une balle et s’écroule.

Capture d’écran d’une vidéo de 11 secondes, dans laquelle on voit un civil s’écrouler après avoir reçu une balle.
 

"J'ai vu un homme recevoir une balle dans la tête, alors qu’il était en train de boire de l’eau"

Notre rédaction a échangé avec un habitant de la zone, dont nous avons gardé l'anonymat pour des raisons de sécurité.

Des rebelles étaient cachés dans la zone, donc les forces de sécurité avaient bouclé les lieux. Mais des gens sont sortis pour aller les soutenir. Les forces de sécurité ont alors commencé à tirer dans leur direction, vers 11 h 30. J’ai vu un civil être tué, près de l’endroit où je me trouvais. Il a reçu une balle dans la tête alors qu’il était en train de boire de l’eau. Ensuite, je l’ai vu dans une mare de sang.

En fait, il y avait très peu de personnes qui étaient proches des forces de sécurité. Par contre, certains ont accouru pour aider ceux qui avaient reçu une balle…

Si les forces de sécurité avaient uniquement voulu disperser les gens, elles auraient pu se contenter de leur tirer dans les pieds. Mais on dirait qu’elles avaient pour objectif de les tuer, puisque la plupart ont reçu une balle à la tête, à la poitrine ou encore dans l’abdomen.

Plus tard dans la journée, je me suis rendu à l’hôpital où j’ai vu un certain nombre de blessés.


Dans la foulée, d’autres manifestations anti-indiennes ont éclaté dans la région, occasionnant de nouveaux affrontements avec les forces de sécurité.

D’après RFI, le soutien de la population aux rebelles séparatistes a augmenté depuis deux ans, depuis la mort de l’un de leurs commandants, Burhan Wani.

Le Cachemire est une région montagneuse partagée entre l’Inde, le Pakistan et la Chine depuis la fin de la colonisation britannique en 1947. Dans la partie indienne du Cachemire, majoritairement peuplée de musulmans, un mouvement indépendantiste a commencé à se développer à la fin des années 1990. Depuis cette époque, l'Inde accuse régulièrement le Pakistan d’armer les séparatistes et dispose en permanence de très nombreux militaire dans la région.

L’année 2018 a été particulièrement meurtrière dans le Cachemire indien : selon les forces de sécurité, environ 230 rebelles ont été tués, tandis qu’une association locale évoque plus de 500 morts, dont 150 civils, soit le bilan le plus lourd depuis plus d’une décennie. Depuis cette date, on estime que le conflit a fait plus de 70 000 morts, essentiellement des civils, dans cette partie de l’Inde.
 

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Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).