Observateurs

Certains attendent assis par terre sous les arbres, en petits groupes. D’autres restent debout, les uns derrière les autres, dans une file s’étendant sur des dizaines de mètres. Près de trois mois après la rentrée, les étudiants admis à l’université de Lomé n’ont pas encore tous pu s’inscrire. Selon nos Observateurs, ils sont chaque jour des centaines à faire la queue devant l’administration sur le campus, parfois dès l’aube, dans l’espoir de régler leurs formalités administratives.

Une vidéo envoyée à notre rédaction, début décembre, témoigne des difficultés que rencontrent les étudiants qui souhaitent s’inscrire à l’université de Lomé.

"La file d'attente est si longue que certains se lèvent dès 2 heures du matin"

Selon l’auteur de ces images, Eman (pseudonyme), un jeune étudiant en troisième année de licence qui préfère garder l’anonymat, cette scène se répète depuis plusieurs semaines. Ces étudiants font la queue pour accéder au Centre informatique et de calcul (CIC) du campus, où se déroulent les inscriptions. Mais elles seront bientôt closes, et beaucoup devront attendre l’année prochaine pour retenter leur chance, explique notre Observateur :

Les inscriptions se font en ligne sur un site dédié, mais il est difficile de s'y connecter hors du campus : il est très long à charger, il faut donc avoir une bonne connexion internet. Et parfois, même avec une bonne connexion, cela reste compliqué. L’université conseille donc aux étudiants de se rendre au CIC, sur le campus de Lomé, pour effectuer cette formalité. Mais là-bas aussi, le site rencontre des problèmes et cela met énormément de temps.

Les étudiants que l’on voit sur les images attendent de pouvoir accéder à un ordinateur du CIC : la file d'attente est si longue que certains se lèvent dès 2 heures du matin. J’ai vu des étudiants repartir le soir sans avoir pu finaliser leur inscription alors qu’ils avaient patienté toute la journée. Je pense que d’ici à la clôture, tous les étudiants ne vont pas pouvoir s’inscrire.

La clôture des inscriptions reportée

Initialement prévue pour le lundi 10 décembre, la clôture des inscriptions a été reportée au mardi 18 décembre par la Direction des affaires académiques et de la scolarité (DAAS) de l’université de Lomé, a-t-elle annoncé dans un communiqué daté du 7 décembre parvenu à notre rédaction.

Pour Marc (pseudonyme), un membre de la Ligue togolaise du droit des étudiants (LTDE), il s’agit d’un problème récurrent à l’université, mais qui a été particulièrement important cette année en raison de problèmes de connexion au site :

Tous les ans, il peut y avoir des problèmes pour s’inscrire, mais cette année, le site était vraiment inaccessible depuis l’extérieur. Les étudiants sont donc obligés de venir à Lomé, et parfois pour plusieurs jours. Nous savons que certains de ceux qui habitent dans d’autres villes, ou à l’intérieur du pays, ne vont pas jusqu’au bout de ce processus parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour ces déplacements coûteux qui ne leur permettront peut-être pas de pouvoir finaliser leur inscription.

C’est vraiment une situation incompréhensible, parce que tous ces étudiants ont été admis, leur dossier de candidature a été validé par la DAAS. Notre Ligue s’est rapprochée de plusieurs autres associations universitaires et nous essayons de faire entendre notre ras-le-bol. Mais ici, il est très compliqué pour notre association de négocier avec l’université sur ces sujets délicats, notre ancien président Folly Satchivi étant déjà en prison [il a été arrêté le 23 août dernier alors qu’il se préparait à tenir une conférence de presse "non autorisée" selon les propos du ministre en charge de la Sécurité, NDLR]. 

De son côté, Eman y voit un nouveau mode de "sélection" des élèves, l’université étant déjà saturée :

En obligeant les étudiants à se rendre au CIC, on trie sur le volet économique – ceux qui ne peuvent pas payer les déplacements – et un peu au hasard aussi, c’est "premier arrivé, premier servi". Surtout que pendant ce temps, les salles de cours sont déjà surchargées, avec des étudiants qui sont obligés de prendre leurs cours par terre ou assis sur des briques faisant office de chaises. Alors imaginez si tous ces admis arrivent à s’inscrire ! Il y a aussi, je pense, un problème plus global de manque d’options pour les élèves qui sortent du lycée. Au Togo, il n’y a que deux universités publiques, celle de Lomé et celle de Kara. Les autres sont privées et il faut donc avoir les moyens. [Il existe environ 55 universités privées reconnues par l’État au Togo, NDLR]. 


L’université assure que tout est mis en place pour aider les élèves à s’inscrire

Le 22 novembre, un internaute avait déjà dénoncé sur les réseaux sociaux la difficulté de s’inscrire à l’université de Lomé, rapporte la presse togolaise – sans que notre rédaction n’ait réussi à retrouver la publication en question.

Selon les médias, il dénonçait notamment un "racket" de la part du CIC, assurant que "tout étudiant est obligé de se rendre au CIC pour avoir accès au site du campus, payer l’heure [de connexion, NDLR] à 100 Francs CFA et faire les impression à 50 Francs CFA". Il ajoutait, toujours selon des propos rapportés , que les étudiants sont obligés d’ajouter 500 Francs CFA pour être aidés dans leur inscription.

L’université avait condamné un texte "diffamatoire", estimant qu’il visait à nuire à son président, Dodji Kokoroko. La direction du CIC expliquait alors que le site internet de l’école avait connu quelques soucis de connexion, mais assuré qu’une salle de l’établissement avait été installée dans le but "d’aider gratuitement les étudiants". "Aucun sou n’a été exigé d’aucun étudiant pour l’aider à s’inscrire", ont affirmé les fonctionnaires du CIC qui soulignent également que d’anciens étudiants sont venus bénévolement aider les nouveaux bacheliers. Elle n’a pas donné de précision sur les frais de connexion.

Contactée à ce sujet, l’université de Lomé n’a pas encore répondu à nos sollicitations. Nous publierons sa réponse si elle nous parvient.