Il y a un an, la rédaction des Observateurs de France 24 se rendait en République de Guinée à la rencontre d’une de nos Observatrices impliquée pour rendre sa ville, Conakry, plus propre. Douze mois plus tard, la situation a-t-elle évolué ? Nous lui avons posé la question.

Blogueuse engagée à l’origine de la campagne "Selfie-déchets", Fatoumata Chérif avait pour but d’alerter les internautes sur l’accumulation des déchets dans la capitale guinéenne. Sa campagne a été le point de départ d’un reportage de 12 minutes pour en savoir plus sur le système de gestion des déchets dans ce pays considéré comme "la perle de l’Afrique".

Fatoumata Chérif avait à cette occasion interpellé Sory Camara, le directeur de l’Agence nationale d’assainissement et de la salubrité publique. Ce dernier avait promis qu’un plan efficace serait mis en place fin 2018 - début 2019.

 

"Globalement, il y a toujours un manque de coordination et de stratégie globale"

Qu’en est-il aujourd’hui ? Notre Observatrice dresse un constat amer.

Force est de constater que le problème n’est toujours pas éradiqué. La situation des déchets à Conakry reste encore un casse-tête car le rythme de production des déchets par les citoyens dépasse largement le rythme de leur collecte. Ce qui fait que les déchets sont encore visibles dans différents coins de la ville.

Des initiatives ont eu lieu comme le programme "Sanita Villes Propres", mis en œuvre par l’Agence de développement belge, un autre programme de mise en place de points d’enfouissement, financé par la Banque islamique de développement, ou encore le lancement en juin 2018 de la campagne citoyenne d’assainissement par le gouvernement. Mais globalement, il y a toujours un manque de coordination et de stratégie globale : par exemple, aucune mesure n'a été prise pour empêcher les citoyens de remettre les ordures sur la plage ou dans la rue.

Pour tenter de contrer ces problèmes, le gouvernement a de temps en temps recours à l'armée, comme mardi 4 décembre où des patrouilles militaires ont procédé aux opérations de nettoyage dans plusieurs quartiers de Conakry. Notre Observatrice avait déjà pointé du doigt ces opérations, expliquant que les militaires ne pouvaient pas se substituer aux professionnels de la gestion des déchets.



"Nous avions installé un terrain de beach-volley sur une plage nettoyée, mais…"

Il y a un an, notre Observatrice et de nombreux citoyens guinéens arpentaient les plages de Guinée pour les nettoyer. Mais aujourd’hui, les actions se font plus rares.

Nous nettoyions les plages sur nos fonds propres et beaucoup d’entre nous sommes des travailleurs indépendants [ce qui implique donc de trouver des financements pour leurs actions, NDLR]. En un an, il y a également eu de nombreuses manifestations [notamment en février lors d’élection locales ou plus récemment en novembre, NDLR] qui ne nous ont pas permis de continuer sur la même fréquence ces actions.

Nous avions par exemple l’ambition d’installer un espace sportif sur la plage de la Minière, là où nous avions tourné le début et la fin du reportage avec France 24. Nous avions même installé un terrain de beach-volley pendant un certain temps.

Malheureusement, aujourd’hui, les déchets sont revenus sur la plage, trainés lorsque la marée est haute. Mais je reste confiante, car cet endroit est une bonne opportunité d’aménager ces lieux avec des produits créés par des Guinéens pour promouvoir le recyclage : on a notamment vu des petits business se développer en recyclant des pneus.

Que retenir après "Selfie Déchets" ?

Même si, sur le terrain, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes, notre Observatrice ne compte pas abandonner le combat :

À mon niveau, je continue à multiplier les séances de projection dans les écoles, les conférences, les émissions radios et télés pour expliquer que les déchets ne sont pas qu’un problème mais une opportunité de business.

Du côté des populations, la volonté d’assainir est là mais elles manquent de logistique. Je crois qu’il faut que des poubelles publiques soient installées et que des sensibilisations soient faites sur le tri et le recyclage, à une grande échelle.

Avec l’installation récente des maires [la Guinée a connu en 2018 ses premières élections municipales depuis 2005, NDLR], j’espère que les collectivités seront réintégrées dans la chaîne de gestion des déchets pour une meilleure appropriation sur le terrain. Il est plus que jamais temps que la ville respire !


Si vous voulez rejoindre le combat de notre Observatrice Fatoumata, vous pouvez la contacter via sa page Facebook "Selfie-déchets".