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Dans les rues du quartier Medina-Coura, au centre de Bamako, une odeur pestilentielle flotte en permanence dans les rues qui entourent une décharge, où s’accumulent les déchets. Faute de moyens déployés par la ville et l’État, ils ne sont pas évacués. Cette situation, au-delà de l’inconfort qu’elle cause aux habitants, a des conséquences sur leur santé. Elle met en lumière le manque de moyens de la mairie et pose la question de la sensibilisation des habitants aux bonnes pratiques.

Au départ, ce devait être un dépôt de transit : des déchets de la commune II de Bamako - la capitale malienne compte six communes - devaient y être déposés durant soixante-douze heures au maximum avant d’être évacués vers une décharge à l’extérieur de la ville.

Adama Kone, ancien directeur des services d’assainissement de la ville, qui a supervisé la mise en place du dépôt en 2006, explique : "Les moyens financiers de la ville et de l’État ne permettent pas de faire une évacuation directe, ça demande trop de carburant, de personnel, de logistique. La collecte est assurée par des groupements d’intérêt économiques [organisme privé à caractère associatif, NDLR], qui emploient des jeunes qui ramassent les déchets chez les particuliers et les amènent au dépôt de transit".

Résultat, les déchets s’accumulent, sans compter que le dépôt devenu décharge, accueille également des déchets des communes I et III. Le quotidien des habitants du quartier est fortement impacté, comme le détaille notre Observateur, Mohammed Lamine Diako, étudiant en management international à Bamako, qui a toujours vécu à Medina-Coura. Il a pris des photos et des vidéos qui montrent l’étendue de la décharge et sa proximité immédiate avec des lieux de vie.

"La seule possibilité de ne pas sentir la puanteur, c’est d’être enfermé chez soi, ne jamais ouvrir les fenêtres..."

Ces ordures sont là depuis une quinzaine d’années. Ce qui devait être un dépôt de transition est devenu une décharge générale, les ordures restent deux à trois mois sur place... On trouve de tout, des plastiques, de l’électronique, des produits périmés qui pourrissent...

Or, à proximité, il y a des lieux très fréquentés, à commencer par une école, mais aussi le centre de santé communautaire, ou le stade Modibo-Keïta, qui accueille beaucoup de matchs de Ligue 1 malienne de football et des concerts.

La décharge fait face à une école. Vidéo de notre Observateur Mohammed Lamine Diako.

Pour tous ceux qui fréquentent ces lieux, et vivent dans les rues environnantes, l’odeur est totalement irrespirable, et ce, quelle que soit la saison ou la météo. La seule possibilité de ne pas sentir la puanteur, c’est d’être enfermé chez soi, ne jamais ouvrir les fenêtres...


La décharge est aussi à proximité immédiate du stade. Vidéo de notre Observateur Mohammed Lamine Diako.

Cela a des conséquences sur la santé : les ordures attirent les moustiques, et clairement, les cas de paludisme ont augmenté dans le quartier, le centre de santé communautaire en traite beaucoup. Moi-même je l’ai attrapé, j’ai fait une crise il y a deux semaines.

En 2016, les jeunes du quartier ont manifesté dans les rues pour dire qu’ils n’en pouvaient plus, mais la municipalité a fait venir la police qui a réprimé la manifestation. Après la rentrée de cette année, en octobre, le proviseur a fait sortir les élèves de l’école pour qu’ils disent que ce n’est plus possible d’étudier dans ces conditions. Peu après, des camions citernes sont venus ramasser une partie des ordures, mais en quelques jours, on a retrouvé le même niveau d’ordures qu’avant.

Manifestation des élèves de l'école Mamadou Diarra N°2 contre la décharge.

Un prestataire pas assez payé?

En 2014,l’État et la ville de Bamako ont confié le ramassage des ordures de la décharge à une société privée, Ozone. Une convention tripartite a été signée. L’ancien directeur des services d’assainissement de la ville, Adama Koné, désormais conseiller de la direction générale de l’entreprise Ozone, estime que l’État et la ville manquent à leurs obligations vis-à-vis de leur prestataire. "Ozone Mali est en charge du ramassage des ordures selon une convention signée avec la ville et l’Etat en septembre 2014. Mais depuis lors, le paiement à Ozone est sporadique, il y a en cumulé 17 milliards de francs CFA qui ne nous ont pas été versés (environ 26 millions d’euros). Nous avons le matériel pour assurer le bon fonctionnement, mais on ne peut pas y procéder."

A peine 10 % des habitants payent les taxes municipales, dénonce le maire

"La ville et l’État sortent d’une crise", concède Adama Sangaré, maire de Bamako contacté par notre rédaction. "Mais nous avons convenu d’un moratoire avec Ozone, qu’ils ont accepté. Ils sont censés continuer à évacuer la décharge". Il concède néanmoins que ce travail est difficile pour l’entreprise :  "c’est le comportement des citoyens qui est en jeu. D’abord, parce que les déchets sont déposés n’importe comment par les groupements d’intérêt économiques qui les entassent à l’extérieur de la décharge, pour gagner du temps, alors qu’au final l’enceinte n’est pas remplie. Ensuite, parce que la population doit payer ses taxes municipales, et pas plus de 10 % des habitants le font... Nous essayons de sensibiliser à cela". Dernier point soulevé par le maire : la seule vraie décharge est à 32 kilomètres de la ville et elle est vite saturée.