Plusieurs maisons ont été brûlées et quatre personnes sont mortes dans de violents affrontements entre les communautés Yacouba et Malinké mercredi 21 novembre à Zouan-Hounien, dans la région du Tonkpi à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Ces violences ont été déclenchées par la mort d’un jeune élève, frappé alors qu’il rentrait de l’école. 

Depuis mercredi, les activités sont à l’arrêt à Zouan-Hounien, chef-lieu du département du même nom dans le Tonkpi. Dans le centre-ville, des dizaines de commerces ont été incendiés et vandalisés. Plusieurs domiciles ont également été pris pour cible, notamment celui du maire, Roger Dopeu Zrakpa, comme en témoignent des photos publiées sur les réseaux sociaux.



Contacté par notre rédaction, l’élu assure que les affrontements entre communautés qui ont eu lieu dans sa ville le 21 novembre ont également causé la mort de quatre personnes et contraint des centaines d’habitants dépossédés de leur maison à se réfugier dans l’hôpital général de Zouan-Hounien. 


Il explique que c’est la mort d’un enfant yacouba, frappé par des transporteurs malinkés qui a mis le feu aux poudres, vendredi 16 novembre. Selon le maire, le jeune homme de 12 ans avait tenté de s’accrocher à un véhicule de transport de marchandises pour gagner du temps alors qu'il rentrait de l'école à pied. Furieux, le conducteur et son apprenti se sont arrêtés pour le frapper, et il est mort à l’hôpital dans la nuit. Le médecin sur place a néanmoins refusé de remettre un acte de décès – précisant les causes du décès – aux parents, qui le réclamaient pour demander l’ouverture d’une enquête. 

Samedi 17 novembre, les transporteurs ont "reconnu les faits et ont été arrêtés", mais la situation a tout de même "dégénéré", rapporte Roger Dopeu Zrakpa à notre rédaction :
 
Le lundi, des camarades du jeune homme ont manifesté dans les rues, demandant justice et réclamant la remise de son acte de décès. Certains s’en sont pris aux véhicules des transporteurs dans la ville, majoritairement membre de la communauté malinké à Zouan-Hounien. Notre ville a demandé des renforts de sécurité à la préfecture et mardi, la journée s’est déroulée dans le calme. Puis, le mercredi matin, alors que l’acte de décès avait été finalement délivré, des jeunes sont à nouveau sortis dans la rue. De leur côté, des Malinkés – qui s'étaient sentis visés après les dégradations de leurs véhicules le lundi – ont organisé une riposte : la situation a totalement dégénéré en un affrontement entre communautés. Elle est finalement revenue au calme dans l’après-midi avec le déploiement des forces de l’ordre.

Des appels au calme

Le Président du Conseil Régional du Tonkpi, Albert Toikeusse Mabri, également ministre ivoirien de l'Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique, a rapidement lancé un appel au calme dans la soirée du mercredi 21 novembre, rappelant la "longue crise" et les "tensions sociales" qu'a déjà connues la Côte d'Ivoire – une référence à la crise politico-militaire de 2002 qui avait divisé le pays. Le lendemain, il est allé rendre visite aux victimes des affrontements. 


"Nous sommes maintenant dans une phase de retour au calme et nous menons avec les autorités régionales et les leaders communautaires des actions de sensibilisation", poursuit de son côté le maire de Zouan-Hounien, qui se dit "surpris" par ces violences. 

Frederic Tea, président d’une association pour la jeunesse dans la ville, partage ce sentiment :
 
En tant que leader de la jeunesse, je côtoie les deux communautés. J’entendais des propos certes, et des cas isolés de bagarres, notamment lors de matchs de foot. Mais rien qui ne laissait envisager de telles violences. Les principaux moments de tensions se ressentent lors des élections : pour les élections municipales du mois d’octobre, nous avions redoublé de vigilance, en menant des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes des différentes communautés. Tout s’était bien déroulé à Zouan-Hounien.

"Il faut arrêter tout ramener à l’ethnicité"

Mais pour d’autres, ce discours ne tient pas. "Le décor était planté depuis longtemps : un effet de surprise ne peut conduire à tant de dégât", souligne Gouan Moussa Kone, journaliste pour Radio Energie FM à Danané, une ville située à 45 kilomètres au nord de Zouan-Hounien. "Depuis la crise de 2002, il y a un conflit latent entre ces communautés, qui s'accusent mutuellement de tares avec en toile de fond, un conflit foncier tant urbain que rural", poursuit-il.

Aristide Gueu, rédacteur en chef de la page Les Infos du Tonkpi, sur laquelle ont été publiées de nombreuses informations sur la situation à Zouan-Hounien, estime de son côté que c’est la manière dont circulent les informations entre les habitants qui peut rapidement mettre le feu aux poudres :

Si à chaque infraction, les populations soulignent spontanément l’ethnie de la victime et de l’auteur, cela peut provoquer ce qu’il s’est passé à Zouan-Hounien. Il faut arrêter de tout ramener à l’ethnicité. Un de nos abonnés nous faisait remarquer, à juste titre, qu’il fallait plutôt dire dans cette affaire que des hommes avaient battu un élève. Je pense aussi que certaines lenteurs administratives [comme le délai de remise du certificat de décès] créent de la frustration chez certains habitants qui, du coup, veulent faire justice eux-mêmes.

Le peuple Yacouba vit principalement dans le centre-ouest de la Côte d'Ivoire. Dans la région du Tonkpi, les Yacoubas sont considérés comme le peuple "autochtone". Les Malinkés, communément appelés Dioula à Zouan-Hounien, sont majoritairement des commerçants issus de l'immigration depuis le nord de la Côte d'Ivoire ou des pays voisins.

Cet article a été écrit par Maëva Poulet (@maevaplt).