Une houle qui a atteint jusqu’à quatre mètres de haut a provoqué l’inondation d’une bonne partie de la langue de Barbarie, une étroite presqu’île coincée entre le fleuve Sénégal et l’océan Atlantique, à Saint-Louis du Sénégal, lundi 19 novembre. Nos Observateurs sont inquiets : ils craignent que cette bande de terre, directement menacée par la montée des eaux provoquée par le changement climatique, disparaisse.

La houle s’est abattue sur les côtes pendant la nuit. Au petit matin, des habitants ont filmé l’assaut de la mer :

Vidéo tournée dans le quartier de Guet Ndar, lundi 19 novembre au matin.

Une maison s’est affaissée et plusieurs personnes ont été blessées, dont trois ont été transportées à l’hôpital, rapporte le site Ndar Infos. Tous n’avaient pas pu ou voulu quitter leur maison, raconte Petit Ndiaye, un blogueur qui s’est rendu ce matin dans le quartier de Guet Ndar, situé sur la langue de Barbarie.


Vidéo tournée dans le quartier de Guet Ndar, lundi 19 novembre au matin.

"C’est rare d’avoir une houle aussi importante, ça a affolé les habitants"

La météo avait annoncé des houles dangereuses entre Saint-Louis et Dakar, et à priori tous les pêcheurs étaient prévenus parce qu’ils surveillent de près les prévisions pour savoir s’ils vont aller en mer. Des gens avaient d’ailleurs pris les devants et étaient allés loger chez des parents.

Mais c’est rare d’avoir une houle aussi importante, donc ça a affolé les habitants. On voit bien que la digue ne suffit pas à protéger contre une houle très puissante comme celle-là, les vagues sont poussées par le vent et passent par-dessus.

Saint-Louis est directement menacée par le changement climatique. Depuis les années 2000, l’océan gagne jusqu’à cinq mètres par an, et se trouve désormais directement au pied des maisons de la Langue de Barbarie. La plage, autrefois immense, a presque entièrement disparu.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : À Saint-Louis, la montée des eaux engloutit les maisons du littoral

Pour lutter contre l’érosion, une digue est en cours de construction le long de la langue de Barbarie. Elle est en grande partie financée par l’Agence française de développement, à hauteur de 16 millions d’euros, à la suite des engagements pris par Emmanuel Macron lors de sa visite à Saint-Louis en février 2018.

Elle s’était affaissée fin avril 2018, peu après le début de sa construction, suscitant de nombreuses critiques, dont celles de notre Observateur Makhtar Ndiaye, blogueur et consultant jeunesse.

"L’existence même de la langue de Barbarie est menacée"

Ce qui s’est passé montre les limites de cette digue. L’État sénégalais doit agir, elle ne suffira pas à protéger la Langue de barbarie des dangers de l’océan. Investir des milliards ne suffit pas, il va falloir trouver une solution durable et adaptée au contexte de Saint-Louis. Est-ce que ça doit être l’installation de brise-lames, ou autre chose, il faut voir, mais il est urgent de décider.

Cela fait longtemps qu’on n’a pas eu une houle pareille. L’eau a traversé la digue et a avancé sur une bonne partie de la langue de Barbarie, elle s’étend sur des dizaines de mètres. Même si le niveau n’est pas haut, c’est le genre d’événement qui montre que l’existence même de la langue de Barbarie est menacée.

À l’occasion d’un numéro de notre reportage Ligne Directe, nos deux Observateurs nous avaient montré, en septembre, les ravages de la montée des eaux, qui a provoqué l’effondrement de maisons et d’écoles, et le déplacement de populations aujourd’hui contraintes de vivre dans des conditions sanitaires déplorables, dans un camp à la sortie de la ville.