Observateurs

 

C’est la deuxième fois en deux semaines que des habitations s’effondrent dans le quartier de  l’ancienne médina de Casablanca. Lundi 19 novembre, un immeuble s’est écroulé en pleine nuit, juste après l’évacuation de squatteurs. Le 6 novembre, deux femmes avaient été tuées dans l’effondrement de leur immeuble. Selon notre Observatrice, membre d’une association qui alerte sur l’état des habitations de ce quartier populaire de Casablanca, de nombreuses familles restent dans leurs maisons malgré des ordres d’évacuation, faute de moyen pour se reloger.

Dans l’ancienne médina, on pratique la surélévation anarchique des immeubles depuis des années. Nombre d’habitations sont vétustes, et les effondrements sont fréquents et parfois meurtriers. Nous avions déjà évoqué le problème avec nos Observateurs en 2014, lors d’un de nos reportages Ligne Directe.

Les effondrements ont connu un pic en 2013, mais ces catastrophes continuent à se produire de façon régulière, car très peu a été fait pour réhabiliter l’ancienne médina, comme le déplore notre Observatrice.

"Certains habitent même dans des immeubles avec une partie du toit effondré"

Moussa Sirajeddine est président de l’association Awlad L’Mdina ("Les Enfants de la médina ").
 

Fort heureusement, l’immeuble qui s’est effondré le 19 novembre était vide. C’est un coup de chance, car la veille, une vingtaine d’Africains sub-sahariens qui squattaient l’immeuble ont été évacués.

Effondrement du 19 novembre. 
 

Mais le 6 novembre, nous avons déploré deux décès, une dame âgée et l’une de ses filles. Une autre de ses filles a été dégagée des décombres par les riverains. La majorité du temps, ce sont les riverains qui secourent les victimes – pas seulement parce qu’ils sont à proximité, mais aussi à cause de la lenteur d’intervention des secours.


Effondrement du 6 novembre. 
 

Ces femmes avaient reçu un ordre d’expulsion en 2012. Mais quand on leur a demandé d’évacuer, la Sonadac [la Société nationale d’aménagement communal, chargée de reloger les habitants dans le cadre d’un projet lancé il y a près de 30 ans pour réaliser une "Avenue Royale" dans ce secteur, NDLR] leur a proposé d’acheter un appartement à 200 000 dirhams [environ 19 000 euros]. C’est beaucoup trop cher pour des familles modestes. De plus, ce sont des logements en périphérie de la ville, loin de tous les petits métiers que l’on peut effectuer dans la médina. Donc, comme beaucoup d’autres habitants qui n’ont pas les moyens de partir, elles sont restées dans leur maison.

Quand je rends visite à des familles dans l’ancienne médina, elles me montrent souvent leurs bagages, qu’elles laissent près de la porte, au cas où elles doivent quitter l’immeuble en pleine nuit. Certains habitent même dans des immeubles avec une partie du toit effondré.


En 2012, un programme national de relogement des habitants des constructions menaçant de tomber en ruine a été lancé à travers le pays. Il concerne 9 250 ménages qui vivent dans 6 338 constructions, dont la plus grande partie se trouve à Casablanca.

Pour les reloger, il faut leur proposer des loyers à la hauteur de leurs moyens. Nous avons proposé aux autorités d’aider à négocier l’évacuation des familles à la condition qu’elles puissent acheter des logements qui coûteraient 100 000 dirhams [environ 9 500 euros], pas le double. Nous avons recensé 3 200 familles qui se sont engagées à partir dans ce cas-là. Mais il n’y a eu aucune avancée.

Pendant ce temps, le projet des autorités pour réhabiliter l’ancienne médina stagne. Très peu a été fait. Les immeubles qui menacent de s’effondrer ne sont ni démolis, ni restaurés. Le sol du quartier a été repavé, mais il s’est déjà décollé à plusieurs endroits. Les lampadaires ont été changé, mais pas tous, comme c’était prévu. Et pour ce qui est de la muraille autour de la médina, au lieu de la restaurer à l’identique, on met des panneaux devant avec des pierres dessinées, comme un décor de cinéma !