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Adopter l’heure d’été… même en hiver, autrement dit ne pas procéder au changement d’heure deux fois par an. Alors que la question se pose pour les pays de l’Union européenne qui devront statuer d’ici 2019, les autorités marocaines ont, pour leur part, décidé de revenir à l’heure d’été comme norme permanente, ce qui n’a pas manqué de provoquer un tollé, notamment auprès des élèves et de leurs parents.

Les Marocains pensaient que le retour à l’heure d’hiver serait acté, comme tous les ans, à la fin du mois d’octobre, faisant ainsi revenir l’heure marocaine à celle dite universelle (GMT) au lieu du GMT + 1 en vigueur entre le mois de mai et le mois d’octobre. Or, le 26 octobre, le gouvernement marocain a décidé, à la dernière minute et sans consultation préalable des parties concernées, de maintenir l’heure d’été sur toute l’année. Un choix justifié entre autres par la volonté "d'éviter les changements opérés à maintes reprises durant l'année et leurs répercussions à plusieurs niveaux", selon l’agence officielle marocaine MAP, citant l’exécutif.

Si des craintes ont été formulées, notamment dans la presse, concernant l’impact de ce changement horaire sur les systèmes informatiques des différentes administrations, et notamment sur le transport aérien (lien), c’est surtout dans le champ de l’éducation nationale que la réaction a été la plus vive. Car à partir du lundi 12 novembre, soit quelques jours après la fin des vacances scolaires qui se sont achevées le 6 de ce mois, de nouveaux horaires seraient adoptés. Conséquence : dès la rentrée des classes du mercredi 7 novembre, des centaines d’élèves sont sortis manifester à Rabat, Casablanca, Tanger ainsi que dans d’autres villes du royaume, pour afficher leur mécontentement face à cette décision.


Manifestation des élèves d'un centre de formation professionnel à Casablance, mercredi 7 novembre 2018.

Manifestation des élèves à Tanger, le lundi 12 novembre 2018, aux cris de "le peuple veut la chute de l'heure [d'été]", sur le modèle du fameux "le peuple veut la chute du régime", slogan repris dans différentes manifestations durant le "printemps arabe".

Les manifestants ont été soutenus par un certain nombre d’enseignants et de parents d’élèves qui dénoncent le caractère unilatéral de la décision, mais également par des internautes qui ont décidé de commenter la décision par le biais de l’humour :

Abdallah (pseudonyme) fait partie d’une association de parents d’élèves à Tanger qui a dénoncé cette décision. Il est le tuteur légal de son frère, un lycéen de 18 ans qui passe son Bac cette année.

Dans les recommandations du ministère de l’éducation nationale, il est précisé que les horaires des établissements scolaires passeront de 8 heures à midi pour la tranche matinale à 9 heures à 13 heures, afin que les cours ne commencent pas trop tôt, tandis qu’on ne touchera pas à la tranche de l’après-midi qui sera toujours de 14 heures à 18 heures.


Circulaire du ministère de l'éducation nationale, rappelant aux établissements scolaires qu'ils devront adopter le nouvel horaire (début des cours à 9 heures du matin), à partir du lundi 12 novembre.

Cette décision pose deux problèmes : d’abord, les horaires des entreprises privées n’ont pas changé pour leur part, heure d’été ou pas. Comment des employés, qui continueront donc à démarrer leur journée de travail à 8 heures et demi, comme c’est le cas pour les employés de banque par exemple, feront pour accompagner leurs enfants à l’école le matin ?

Le deuxième problème que ce changement d’horaires pose, c’est que cela réduit la pause de midi à une heure au lieu de deux. Or, beaucoup d’élèves n’ont pas la possibilité de rentrer chez eux et de revenir en seulement une heure ! Cela signifie plus de dépenses pour les familles, car ils devront s’acheter à manger à l’extérieur, mais surtout, un danger potentiel pour nos enfants, qui n’auront pas d’endroit où rester durant cette pause.

Il y a un décalage entre une volonté qui vient d’en haut, des décisions parachutées, et la réalité du terrain. La plupart des établissements scolaires n’ont ni cantine ni salles pour garder les élèves entre 13 heures et 14 heures. Et de manière plus générale, nos écoles souffrent des classes surchargées et du manque d’enseignants. Nous espérions que, pour cette rentrée, des mesures efficaces soient prises en ce sens, et non que les autorités sèment davantage la zizanie. J’ai entendu dire, dans les médias, que cette année serait expérimentale et que ce choix ne serait peut-être pas définitif. J’espère que le ministère finira par se rétracter.