La rédaction des Observateurs de France 24 a reçu ces derniers jours une série de trois photos très choquantes, montrant plusieurs corps démembrés. Dans de nombreux pays, des internautes, des blogs et des sites dits "d’information" ont relayé ces images, prétendant qu’elles montraient la dépouille de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, tué le 2 octobre 2018 dans le consulat saoudien d’Istanbul. Or, ces images sont anciennes et sont en fait issues de faits divers morbides en Égypte et au Mexique.

Correction le 25/10 : nous avons rapporté par erreur que les restes du journalistes auraient été retrouvés dans le jadin du consulat selon Sky News, alors qu'il s'agirait du jardin de la maison du consul.

Depuis le 2 octobre, jour de la disparition du journaliste saoudien, des détails sordides sur les circonstances de sa mort sont dévoilés au compte-goutte dans la presse internationale. Selon la police turque, le quotidien turc pro-gouvernement Yeni Safak, le quotidien américain The Washington Post (pour lequel travaillait Jamal Khashoggi) et le site d’information Middle East Eye, Jamal Khashoggi aurait été tué et démembré dans l’enceinte du consulat saoudien. La chaîne de télévision britannique Sky News a par ailleurs affirmé mardi 23 octobre que des restes du corps du journaliste auraient été retrouvés dans le jardin de la maison du consul.
 
ATTENTION, CERTAINS DÉTAILS MENTIONNÉS DANS CET ARTICLE PEUVENT CHOQUER

Les trois images diffusées sur les réseaux sociaux font manifestement écho à ces révélations sordides, puisqu’elles montrent des parties de corps humains mutilés en gros plan. Compte tenu du degré insoutenable de violence dont elles témoignent, nous ne publions qu’une capture d’écran d’un des nombreux messages que nous avons reçus sur Whatsapp.


Sur Whatsapp, cinq personnes ont transmis à la rédaction des Observateurs de France 24 une série de trois photos assorties des légendes suivantes : "Bonjour, le sujet d’actualité est l'assassinat d'un journaliste en Turquie. J’ai reçu dans mon Whatsapp des images par rapport au journaliste décédé", "Le journaliste saoudien qui a été disséqué par les renseignements saoudiens à l’intérieur du Consulat saoudien à Istanbul", "Bonjour voici les photos du journaliste saoudien comment ils lui ont fait ces criminels de Saoud".

Deux photos montrent des bras et des jambes découpés, placés dans des sacs poubelles. Une autre montre un crâne décapité, un visage scalpé, des yeux et un pénis découpé posés sur une table, devant un sac poubelle noir.
Ces images ont par ailleurs circulé largement sur Whatsapp en Turquie, selon nos informations. On les retrouve aussi dans des tweets en turc. Mais également sur au moins cinq "sites d’information" iraniens, deux blogs russes, deux sites indiens, un israélien, un indonésien et un allemand et sur plusieurs comptes d’internautes arabophones.

La plupart des sites qui les publient se sont contentés d’affirmer que les photos montraient le corps de Jamal Khashoggi, sans prendre la peine de rechercher d’éventuelles sources, et encore moins de vérifier ces images. Seul le site allemand Noch.info prétend que le visage décapité montré sur une photo "ressemble beaucoup à celui de la victime avec de la barbe sous le nez et sur le menton".

Des images du corps démembré de Jamal Khashoggi ?


En réalité, aucune de ces photos ne montre donc Jamal Khashoggi, car elles ont été publiées sur Internet alors que ce dernier était toujours en vie. Nous avons retrouvé leur origine grâce à une simple recherche d’image inversée (cliquez ici pour savoir comment réaliser cette manipulation simple).

Les deux photos où l’on voit des bras et jambes dans des sacs poubelles datent du 7 août 2017 et ont été prises à Gizeh, non loin du Caire, en Égypte. Ces membres d’un homme présenté comme "âgé" par la presse égyptienne ont été trouvés par des passants dans deux quartiers différents : le tronc, les bras et les jambes ont été découverts à Al-Warraq, tandis que les parties intimes ont été retrouvées près du métro à Al-Munib.

La photo du crâne décapité, du visage scalpé et du pénis découpé a elle été publiée sur Internet en juillet 2017, et montrerait le corps d’un commandant de la police de Tecoman au Mexique. Selon un blog spécialisé sur les faits de violences des narcotrafiquants mexicains, cet homme aurait été tué par le cartel de Sinaloa parce que, selon ce dernier, il collaborait avec le cartel rival Jalisco Nueva Generación CNJG.