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Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes nicaraguayens partagent depuis mardi des photos d’eux maquillés de rouge à lèvres, accompagnées du hashtag #SoyPicoRojo (j’ai le bec rouge) pour protester contre le gouvernement de Daniel Ortega et demander la libération des quelque 500 opposants politiques emprisonnés.

Le Nicaragua, petit pays d’Amérique centrale, est le théâtre d’une rébellion populaire depuis près de six mois contre le régime de Daniel Ortega, ancien guérillero sandiniste [le Front sandiniste menait la révolte contre la dictature des Somoza il y a 40 ans]. Dimanche 14 octobre, une centaine de manifestants se sont rassemblés sur le parking d’un centre commercial à Managua, la capitale. Après une brutale répression, 38 manifestants ont été arrêtés. Sous la pression de la communauté internationale, ils ont finalement été libérés le lendemain.

Parmi eux se trouvait la journaliste et militante féministe Marlen Chow. Une fois libérée, celle-ci a témoigné de son arrestation auprès d’une chaîne de télévision locale

Un signe de soutien aux opposants du régime

Dans son entretien, elle explique s’être soigneusement maquillée et avoir ensuite passé son bâton de rouge à lèvres à ses codétenues pour qu’elles fassent de même avant les interrogatoires. Quand les policiers lui ont demandé à quelle organisation elle appartenait, la militante a alors répondu avec ironie "à l’Association des Femmes au Bec Rouge". Une réponse qui, explique-t-elle, "a déstabilisé" ses interrogateurs.

L'anecdote de Marlen Chow a rapidement été relayée sur les réseaux sociaux. 

L’anecdote a rapidement été reprise sur les réseaux sociaux, où plusieurs femmes – mais aussi des hommes – ont publié des photos d’eux avec du rouge sur les lèvres, en signe de soutien aux opposants du régime et avec les hashtags #SoyPicoRojo et #YoSoyPicoRojo.

Traduction : "'J'appartiens à l'Association des femmes au bec rouge' - Marlen Chow 15-10-2018. Moi aussi."

Traduction : "La bande au bec rouge. Nous aussi nous soutenons."


Traduction : "Je suis membre de l'Association #BecRouge. Merci à la grande Marlen Chow. Rien ne va arrêter cette insurrection civique !"


Traduction : "#BecRouge, en résistance !"


Traduction : "Parce que je veux voir du rouge uniquement sur mes lèvres et non dans le sang versé par d'autres frères innocents".


Traduction : "J'ai le bec rouge pour tous les prisonniers et les prisonnières du régime Ortega-Murillo. Qu'est-ce que l'on ne ferait pas pour nos héros ?"


Traduction : "Force mon Nicaragua."


Traduction : "Le mardi, je suis bénévole avec des amies dans une maison de retraite et aujourd'hui nous avons demandé aux grand-mères ce qu'elles pensaient de la situation [au Nicaragua] et des prisonniers politiques et elles ont répondu : #J'aileBecRouge."

300 morts dans la contestation

Depuis le début de la contestation au Nicaragua, environ 500 personnes auraient été arrêtées et emprisonnées pour avoir participé aux manifestations et 180 d’entre elles seraient poursuivies pour terrorisme et autres crimes, selon le Centre nicaraguayen des droits de l'Homme (Cenidh).

Toujours d’après les chiffres du Cenidh, près de 300 personnes auraient trouvé la mort dans des affrontements avec les forces de l’ordre depuis le mois d’avril. En juillet, un assaut des forces pro-gouvernementales contre des étudiants retranchés dans une église de Managua avait fait deux morts, après une vingtaine d’heures d’affrontements. L’un des étudiants rescapés avait raconté à la rédaction des Observateurs de France 24 sa nuit de terreur.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Étudiants assiégés dans une église au Nicaragua : "Nous étions sûrs de mourir"

Cet article a été écrit par Maëva Poulet (@maevaplt).