ALGÉRIE

"Ici, les ossements sont à l’air libre !" : le coup de gueule d'un activiste contre la dégradation d'un cimetière près d’Alger

Capture d'écran d'une vidéo tourné par un activiste algérien, et qui montre la dégradation des tombes dans un cimetière européen à Blida, près d'Alger.
Capture d'écran d'une vidéo tourné par un activiste algérien, et qui montre la dégradation des tombes dans un cimetière européen à Blida, près d'Alger.
3 mn

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Alors qu’il effectuait une visite à Blida (à 60 kilomètres à l’est d’Alger), un écrivain et activiste politique algérien, Fodil Boumal, s’est promené dans un cimetière européen, datant de la période coloniale. Ahuri par l’état de dégradation des tombes, il a poussé un coup de gueule dans une vidéo postée à la mi-août sur les réseaux sociaux.

La vidéo a été tournée le 17 août 2018 dans le cimetière européen du quartier Bou Aïba, au centre-ville de Blida.

Fodil Boumala raconte :

"Ce jour-là, je m’étais rendu dans la ville de Blida avec un ami pour acheter un mouton pour la fête de l’Aïd el-Kebir.

Le marché aux moutons était adossé au mur d’un cimetière chrétien. Cela a attisé notre curiosité, nous sommes donc entrés dans le cimetière pour une petite balade. Et ce que nous y avons découverts nous a vraiment choqués : des tombeaux ouverts avec des ossements à l’air libre [à 2'00" et 5'22"], des caveaux saccagés, d’autres transformés en urinoirs [11'32"], des détritus, des canettes de bière jetées au sol.

Ce qui qui est surtout inadmissible, c’est qu’il y ait deux poids, deux mesures. Les cimetières européens (chrétiens et juifs) situés dans les grandes villes comme Alger, Oran et Constantine, et ceux où sont enterrés des célébrités, comme le cimetière Saint-Eugène où est enterré entre autres l’acteur Roger Hanin, sont bien entretenus. Les autres cimetières européens, situés dans les petites villes, sont totalement laissés à l’abandon.

Nous avons fait cette vidéo pour interpeller les insinuations publiques, les municipalités, les wilayas, les autorités algériennes en général, mais aussi les autorités françaises. Faites quelque chose!"

Depuis 2003, plusieurs conventions ont été signées entre les gouvernements français et algérien, en vue du regroupement de plusieurs petits cimetières à travers le pays dans des nécropoles situées dans les grandes villes, et ce afin de mieux d’assurer l’entretien de ces sépultures.

En mars 2018, l’établissement de gestion des pompes funèbres de la wilaya d’Alger a annoncé que 13 248 restes mortels avaient été exhumés dans la région d’Alger et regroupés dans trois grands cimetières européens de la capitale. Les autorités françaises et algériennes estiment, en outre, à 523 le nombre de cimetières européens en mauvais état en Algérie.

"Les cimetières musulmans sont également en piteux état !"

Fodil Boumala poursuit :

"La situation des cimetières musulmans n’est pas meilleure. Ils sont eux aussi en piteux état, avec leurs cortèges de tombes saccagés et défigurées, et leurs allées envahies par les détritus.

Le cimetière est un lieu de recueillement et de spiritualité. Nous devons respecter ces espaces, et respecter nos morts, qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, peu importe la religion."

La dégradation de l’état des cimetières en Algérie est régulièrement dénoncée dans les médias locaux.

Lors d’une rare opération de nettoyage menée par la protection civile, en octobre 2017, un groupe de volontaires avait collecté près de 35 tonnes de déchets, uniquement dans les cimetières de l’est algérien.