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Grâce à des matériaux recyclés et beaucoup de bricolage, Mohamed El Assad, un jeune Mahorais de 21 ans passionné par l’électronique, a mis au point un "drone marin", qui permet de surveiller à distance les zones de pontes des tortues, difficiles d’accès. Grâce à ses vidéos sur Facebook, son invention s’est fait connaitre à Mayotte, mais il espère maintenant susciter l’intérêt d’entrepreneurs en métropole.

À Mayotte, lorsqu’elles vont pondre sur les plages, les tortues marines sont menacées par les braconniers, qui revendent leur chair comestible au prix fort. En 2017, Sea Shepherd avait filmé des tortues éventrées sur le sable à Petite-Terre. Dans un communiqué accompagnant les images, les membres de l'ONG de défense des écosystèmes marins avaient également dénoncé le manque de moyens de surveillance sur l’île, assurant avoir été agressés par les braconniers pendant leur expédition.


Le prototype fabriqué par Mohamed El Assad sur l'eau. Crédit : VOLTA 100%expérience.

C'est en voyant cette vidéo choc que Mohamed El Assad, un jeune Mahorais habitué à réaliser des expériences scientifiques et à les partager sur sa chaîne YouTube, a eu une idée : fabriquer un "drone marin" pour surveiller à distance les plages de pontes.


Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, il explique avoir lancé un premier prototype de sa machine en janvier 2018, après plusieurs essais et beaucoup de bricolage avec des matériaux de récupération :

"Depuis que je suis petit, je m'amuse avec mon père à fabriquer des choses et à faire des expériences"

"À Mayotte les zones de pontes sont dans des espaces protégés, mais c'est délicat de les surveiller. Pour y aller, il faut parfois marcher sur de petits sentiers, dans la forêt, et faire plusieurs heures de marche. L'an dernier, les images de Sea Sheperd m'avaient vraiment marqué : pour moi, perdre les tortues à Mayotte, c'est perdre la moitié de l'île, c'est une partie de l'histoire de nos lagons qui disparaîtrait. Qu'est-ce qu'il restera d'ici quelques années si on n'agit pas ? À part des carcasses...  

Au lieu d'envoyer du personnel sur place, j'ai donc pensé à fabriquer une machine qui peut faire le travail de balisage, de repérage et envoyer des informations sur ce qu'il se passe en temps réel.

"J'ai équipé le drone marin de caméras et d'une vision nocturne"

Depuis que je suis petit, je m'amuse avec mon père à fabriquer des choses et à faire des expériences. J'ai même transformé ma chambre en petit labo et je fais des vidéos que je mets sur mon compte Facebook et sur une page que j'ai lancée, VOLTA 100%expérience.


Pour participer à la sauvegarde des tortues, j'ai tout d'abord pensé à utiliser un drone standard pour qu'il survole les zones. Seulement, à une certaine altitude, le drone peut faire beaucoup de bruit, ce qui peut déranger les tortues. Donc je me suis basé sur l'idée du drone en essayant de le combiner avec un hydroglisseur. J'ai commencé en faisant des dessins, puis des essais, en mettant la machine sur l'eau. Au début, ça allait, mais le vent l'emportait beaucoup. Donc j'ai changé plusieurs fois les matériaux. Aujourd'hui, la structure du prototype est en fils d'aluminium et ça fonctionne bien !

Je l'ai également équipé de caméras et d'une vision nocturne pour voir la nuit. La vision nocturne filme en temps réel et envoie les images directement. La caméra permet d'enregistrer et de pouvoir garder les fichiers. Des récepteurs solaires permettent de lui assurer une autonomie.



Pour le moment, je suis encore en phase d'essai. Il faut encore que je sois dans les parages quand je la commande parce que j'ai une portée d'une centaine de mètres alors que j'avais prévu plus d'un kilomètre... En fait, avec le manque de matériel ici, je n'arrive pas à l'améliorer davantage.
 
"Mon rêve serait aussi de me présenter au concours Lépine"

J'ai tout construit avec les moyens du bord : j'ai fait beaucoup de recyclage. Pour cela, j'ai parcouru les mangroves car on y trouve parfois des matériaux abandonnés : ça m'a permis de trouver une porte de frigo qui m'a servi pour une partie de l'appareil. J'ai récupéré des bouts de plastiques dans de vieux fours que j'ai ensuite découpés. Le reste, ce sont des entreprises et des particuliers qui m'ont offert des matériaux, notamment via mes appels à contribution sur ma page Facebook.

Mohamed a fait de nombreux essais avant d'arriver à son prototype. Crédit : VOLTA 100%expérience.

Depuis que le prototype est prêt, je partage mes expériences sur ma page Facebook. Ce drone marin est la première de mes constructions qui a fait parler d'elle ici, à Mayotte. Grâce à cela, je veux désormais interpeller des personnes en métropole qui pourraient souhaiter m'accompagner pour développer encore plus ma machine et peut-être la construire de façon industrielle. Mon rêve serait aussi de me présenter au concours Lépine [célèbre concours français d'invention organisé chaque année, NDLR] et ainsi représenter Mayotte. J'espère aussi que mon initiative, et sa médiatisation, permettra de donner une autre image de la jeunesse mahoraise !

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Cet article a été écrit par Maëva Poulet (@maevaplt).