Vous avez très certainement vu passer cette vidéo sur Facebook, où l’on voit des manchots en train de marcher sur un amas flottant de plastique. Mais il n’en est rien. L’ONG WWF a créé cette vidéo de toutes pièces pour alerter l’opinion publique sur la pollution des océans, au risque de brouiller les pistes entre fiction et réalité.

C’était un poisson d'avril, mais la plupart des internautes sont tombés dans le panneau. Publiée il y a deux mois, cette vidéo continue d’être massivement partagée et a récolté plus de 14 millions de vues. Elle est notamment réapparue sur les fils d’actualité ces sept derniers jours.

Vidéo publiée sur la page Facebook de WWF Allemagne. Elle a notamment été reprise au 1er degré par une page Facebook italienne qui a recolté avec elle plus de 10 millions de vues, avant de la supprimer le 15 juin 2018.

Il faut dire que la scène est saisissante et le montage plutôt réussi. Des images de manchots ont été superposées à celles de déchets plastiques flottant sur la mer. La succession de plan serrés et panoramiques, le tremblement et le flou donnent une illusion de naturel, qu’il s’agit d’une vidéo filmée à la va-vite.
 
Des "fake news" pour la bonne cause ?

Cette vidéo est en fait une opération de communication internationale lancée par l’ONG de défense de l’environnement WWF. À l’occasion du 1er avril, WWF a publié cette vidéo sur certaines de ses pages Facebook et sites Internet, affirmant qu’une "colonie de pingouins [manchots] s’était établie sur une île de plastique au sud du Pacifique".

"Les chercheurs du WWF ont été les premiers à remarquer des oiseaux à partir d'images satellites et c'est un rappel des dommages que nous causons à la planète à cause de nos déchets plastiques", détaille l’organisation sur son site Internet en italien. Et de poursuivre : "Jamais auparavant les colonies de manchots n'avaient été vues sur une île en plastique : les chercheurs ont maintenant lancé une opération de recherche et de sauvetage pour d'autres pingouins [manchots] potentiels déplacés partout dans le monde".
 
Un pot aux roses bien caché

Pour se rendre compte que le tout est un canular, l’internaute devra cliquer sur "Continuer à lire" à la fin de l’article [en italien]. Il trouvera alors un autre article expliquant que "la vidéo n’est pas authentique", mais que la pollution des océans est bien réelle. Sur Facebook, où la version germanophone de cette vidéo a été publiée, il faut cliquer sur un lien en légende pour avoir accès à cet article. Sur la chaîne Youtube de WWF Allemagne, aucune indication sur la blague.

Dès lors, de nombreux internautes ont gobé la blague. La vidéo a même été diffusée au premier degré sur la chaîne de télévision américaine ABC, dans un clip de défense de l’environnement.

Il est donc clair que la campagne de  "marketing du mensonge" - c’est le terme consacré par la profession - de WWF a merveilleusement bien fonctionné : la vidéo a été vue au moins 14 millions de fois sur Facebook, relayée sur d’autres réseaux sociaux du monde entier et diffusée sur une grande chaîne américaine. Dans tous les cas, le public était outré de découvrir une telle "catastrophe environnementale", et prenait donc cette vidéo au premier degré.

Mais quand certains ont découvert le pot aux roses, ils ont ri jaune. Sur la page Facebook de WWF Allemagne, des dizaines d’internautes s’insurgent contre une "blague de mauvais goût". D’autres vont plus loin : "C’était une mauvaise blague, pas parce qu’elle est inappropriée ou de mauvais goût, mais parce qu’elle décrédibilise un problème réel".

Pour WWF, la fin justifie les moyens. C’est en tous cas ce qu’elle suggère dans une réponse aux internautes déçus publiée sur Facebook :
 
C’est dommage que vous soyez déçus par cette campagne. Nous estimons qu’il est très important d’attirer l’attention sur le problème de la pollution des océans par les déchets plastique qui, après tout, n’a rien d’imaginaire. Si nous parvenons à atteindre davantage de personnes qu’à l’accoutumée, et peut-être quelques-uns à vivre de façon plus durable après avoir vu ces images criantes, c’est pour nous un succès.