JORDANIE

Une ONG jordanienne distribue la nourriture des grands palaces aux pauvres

Photo d'un camion frigorifique utiliséspar l'ONG Family Kitchen. Photo postée sur leur page Facebook.
Photo d'un camion frigorifique utiliséspar l'ONG Family Kitchen. Photo postée sur leur page Facebook.

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Après une semaine de manifestations et la démission du Premier ministre, la vie a repris son cours normal à Amman, la capitale jordanienne. Cette vague de révolte était la réponse de la rue au projet de loi relatif à l’instauration et l’augmentation de l’impôt sur le revenu que le nouveau Premier ministre Omar Razzaz a retiré, sous l’impulsion du roi Abdullah II. La colère qu’a provoquée ce texte met en lumière les écarts sociaux et la pauvreté dont souffre une grande partie de la population du royaume. C’est dans ce contexte que l’ONG Family Kitchen tente de sensibiliser depuis 2009 au gaspillage des denrées alimentaires en distribuant les restes de repas d’hôtels de luxe aux plus démunis.

Bandar al-Sharif est le président et fondateur de l’ONG Family Kitchen, qui procède à la distribution de denrées alimentaires aux familles nécessiteuses. S’il préfère s’en tenir à un discours apolitique, il fait toutefois le constat de l’écart entre la quantité de nourriture distribuée dans les hôtels de luxe et les conditions de vie d’une frange de la société :

"Les hôtels de luxe ont des standards mondiaux qui font qu'ils prévoient toujours plus de nourriture que le nombre de clients"

L’idée de Family Kitchen a germé en 2009, mais on est officiellement devenu une ONG en 2013. Nous fonctionnons grâce à des fonds privés et des dons.

La nourriture est répartie sur plusieurs boîtes avant d'être distribuée. Photo postée sur la page Facebook de l'ONG.

Family Kitchen est basée sur un partenariat que nous avons avec une dizaine d’hôtels 5 étoiles à Amman. Ceux-ci ont des standards mondiaux qui font qu’ils prévoient toujours plus de nourriture que le nombre de clients ou d’invités pour les soirées. Parfois, presque le tiers de la nourriture partait à la poubelle !

Récupération de la nourriture dans les hôtels. Photo postée sur la page Facebook de l'ONG.

Nous sommes donc allés les voir en leur proposant de garder les restes dans de bonnes conditions hygiéniques afin que nous puissions les distribuer aux plus nécessiteux. Grâce au financement reçu, nous nous sommes procuré des camions frigorifiques et des frigos pour veiller à la bonne conservation de la nourriture, qui est parfois distribuée le lendemain de la collecte. Nous avons aujourd’hui une équipe d’une centaine de bénévoles. Sur l’année, nous distribuons près de 100 000 repas aux familles nécessiteuses, dans Amman et ses environs, avec l’aide d’associations locales qui connaissent mieux que nous les personnes dans le besoin.

Nos opérations ont principalement lieu durant le mois du ramadan

La crise sans précédent qu’a vécue la Jordanie reflète la précarité socio-économique de ce royaume, où 20 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où le taux de chômage atteint 18,5 %. Par ailleurs, un tiers des Jordaniens souffrent de "pauvreté transitoire", dans la mesure où ils connaissent une période de grande pauvreté un quart de l’année, généralement en hiver, à cause de la hausse de leurs dépenses en énergie pour se prémunir contre le froid. Une période durant laquelle l’ONG ne peut pas encore opérer.

Nous opérations restent ponctuelles car nous n’avons pas les moyens de faire la collecte et la distribution tous les jours, et puisqu’il s’agit de nourriture déjà cuisinée, nous ne pouvons pas la stocker. Nos opérations ont principalement lieu durant le mois du ramadan, car c’est un mois où l’on est censé se mettre à la place des démunis, ressentir leur souffrance et leur venir en aide. Nous sommes également très actifs en été, saison des fêtes et des mariages, dont une partie est organisée dans les hôtels de luxe.

Notre but n’est pas seulement de venir en aide aux plus démunis, mais également de sensibiliser les gens aux quantités de nourriture qu’ils gaspillent alors qu’ils pourraient en faire bien meilleur usage. C’est pour ça que nous préférons prendre la nourriture des grands hôtels et non chez des particuliers qui nous ont pourtant proposé de cuisiner pour les pauvres. Certes, ceux qui travaillent dans les cuisines des hôtels de luxe n’ont d’autre choix que de suivre les standards imposés. Mais nous espérons qu’ils deviennent sensibles à cet aspect dans leur vie quotidienne et qu’ils en parlent autour d’eux.

Pays central du Proche-Orient, la Jordanie assume aussi les conséquences des conflits qui l’entourent : le pays compte aujourd’hui plus de 650 000 réfugiés syriens et ses exportations ont été freinées par la fermeture des routes terrestres avec l’Irak.