AFGHANISTAN

À Kaboul, un bus se transforme en bibliothèque itinérante pour enfants

Le "bibliobus" Charmaghz, à Kaboul, en mars 2018.
Le "bibliobus" Charmaghz, à Kaboul, en mars 2018.

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Ravagée par la guerre depuis des décennies, la capitale afghane peine à offrir des espaces, notamment culturels, à sa jeunesse. Depuis février 2018, le bus d’une jeune association afghane veut changer la donne et parcourt la ville avec pour objectif de faire lire les jeunes Kabouliens.

Pour 4,6 millions d’habitants, Kaboul ne compte en effet qu’une seule bibliothèque, historique, qui ne possède que peu d’ouvrages pour un jeune lectorat. Avec son "bibliobus" bleu et blanc, l’association Charmarghz souhaite replacer la lecture dans le quotidien des jeunes Afghans.

 

"Nous avons amené aux gens les bibliothèques sur le pas de leur porte "

À l’origine de cette initiative, Freshta Karim. Cette jeune femme de 26 ans est une ancienne étudiante d’Oxford, au Royaume-Uni. À son retour à Kaboul en 2015 avec un master de politique publique en poche et l’envie d’éveiller la jeunesse kaboulienne, elle lance "Charmaghz" avec trois amis. En dari, forme de persan parlé en Afghanistan, charmaghz signifie noix. Le terme est souvent employé pour parler de “raison”, en référence à la forme du cerveau.

 

L’idée m'est venue il y a trois ans. Certains habitants du quartier ont appris que j’avais en ma possession des livres rapporté d’Angleterre. Plusieurs d’entre eux ont toqué à ma porte pour emprunter certaines œuvres de littérature anglaise ou lire quelques pages de romans chez moi. Il s’agissait à la fois d’adultes et d’enfants. Cela m’a fait un électrochoc. Avant ça, je ne mesurais pas le besoin quasi vital des Kabouliens de s’éduquer.

Le bus Charmaghz, lors de ses rondes quotidiennes. Photo de Frechta Karim.

Aujourd’hui, avec seulement cinq bénévoles, l’association souhaite redonner de la couleur à la vie des enfants du quartier. Ce collectif, 100 % afghan, affirme recevoir toutes ses aides financières de particuliers.

 

Nous n’avons pas reçu d’aides venant de l’État, mais de donateurs du quartier qui ont vu dans notre projet la possibilité d’améliorer la situation de la jeunesse. Les résultats sont encourageants. Au départ, nous descendions du bus pour aller à la rencontre des enfants, désormais ils nous attendent à nos habituels points d’arrêts. Chaque jour, 300 enfants fréquentent notre bus. Et ça, c’est notre vraie victoire.

“Pour ces enfants, lire devient un acte de résistance”

 

Au lieu d’ouvrir une bibliothèque et de proposer à des gens de venir, nous avons amené les bibliothèques sur le pas de leur porte. C’est à la fois plus efficace et plus rassurant pour une population inquiète et frileuse à l’idée de se déplacer dans la ville. Pour ces enfants, lire devient quelque part un acte de résistance face à l’insécurité de leur vie quotidienne.

Un bénévole de l'association Charmaghz lit un conte à des enfants. Vidéo de Frechta Karim

Une insécurité qui n’a fait qu’augmenter cette année. Depuis le début de l'année 2018, selon l’ONU, l'Afghanistan est devenu la cible principale du groupe État islamique, avec près de 800 civils tués entre janvier et mai, deux fois plus qu'en 2017.

Une offre qui va "des recueils de poèmes traditionnels aux contes initiatiques"

 

L’idée est de faire naître une approche critique chez la jeunesse afghane, notamment les adolescents. Beaucoup de Kabouliens n’ont pas accès aux livres, aux bibliothèques. Le niveau de pauvreté est trop élevé, les parents ne peuvent pas se permettre de payer des livres en plus des manuels scolaires. Notre équipe a donc commencé par leur donner accès à différentes œuvres littéraires pour qu’ils s’enrichissent culturellement et pour qu’ils diversifient leurs opinions sur des sujets de société. Cela va de recueils de poèmes traditionnels, à des contes initiatiques pachtounes.

Lecture de contes organisée par l'association Charmaghz. Vidéo de Frechta Karim.

En Afghanistan, d’après l’Unesco, sept adultes sur dix sont illettrés. Et bien que le système éducatif progresse d'année en année depuis la fin de l'ère des Taliban, les statistiques officielles montrent que trois millions d’enfants sont encore privés d'éducation. Par ailleurs, d’après le Bureau afghan des statistiques, 55 % des Afghans ne disposaient pas en 2016-2017 d'un dollar par jour, une somme leur permettant de couvrir leurs besoins en nourriture, vêtements et logement.

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