GUINÉE CONAKRY

Du bois vendu dans une forêt classée à Conakry : "De qui se moque-t-on ?"

Photo prise par notre Observatrice Fatoumata Chérif et publiée le 16 avril sur son compte Twitter.
Photo prise par notre Observatrice Fatoumata Chérif et publiée le 16 avril sur son compte Twitter.
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La forêt d’Entag est l’un des espaces verts classés de Conakry. Mais cela n'empêche pas des commerçants d'y vendre du bois, du charbon ou encore du bétail. Photos à l’appui, notre Observatrice Fatoumata Chérif tire la sonnette d’alarme.

Le long de l’autoroute Fidel Castro qui coupe le parc forestier classé d’Entag en deux, des commerçants empilent des fagots de bois prêts à être vendus. D’autres y font paître des troupeaux de bétail également destinés à la vente. Certains encore attendent leurs clients sous un parasol. Ils ne se trouvent pourtant pas dans une zone de vente, mais bien à l’entrée d’une zone protégée.

Surprise par ces installations, notre Observatrice Fatoumata Chérif a publié le 16 avril plusieurs photos et vidéos sur son compte Twitter. "De qui se moque-t-on ? À la forêt ''classée'' d’Entag, on trouve des sacs de charbons et des fagots de bois en vente. Au même lieu se trouve une 'Maison forestière' normalement en charge de la sauvegarde de la forêt", écrit-elle en légende de ses images.

"Quelle image donne-t-on de la protection de l’environnement ?"

Spécialiste des questions environnementales, elle dénonce auprès de notre rédaction le manque de gestion des espaces classés en Guinée.

Normalement, c’est une forêt qui doit être dédiée à la protection de l’environnement. Malheureusement, en passant devant, j’ai pu voir des fagots de bois prêts à être vendus. Ici, les habitants achètent cela pour faire la cuisine. Or, on sait qu’il faudrait baisser la consommation de "bois de chauffe" pour éviter les coupes abusives et donc la déforestation. Peut-être que le bois que j’ai vu ne provient pas d’Entag. Mais ces installations de commerçants laissent perplexe : quelle image donne-t-on de la protection de l’environnement ?

D’autant qu’il existe des lois très claires encadrant les parcs forestiers en Guinée : dans un espace classé, il est interdit de mener des activités génératrices de revenus qui ne soient pas en lien avec la conservation. Et les personnes que j’ai pu prendre en photo sont bien dans la forêt.

"Il est urgent d’aménager les zones classées en véritables lieux de conservation de la nature"

Ce qui m’a le plus choquée, c’est de remarquer que la "Maison forestière" se trouvait juste à côté de là. Un peu plus loin, il y avait également une unité de police. C’est comme si le problème n’intéressait personne. Pourtant, on est dans la capitale… Donc imaginez l’état des forêts classées à l’intérieur du pays !

Il faut par ailleurs rappeler que le problème n’est pas nouveau et ne concerne pas seulement Entag. Il y a régulièrement des opérations de déguerpissement de populations qui s’installent dans les espaces protégés. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités en vulgarisant les lois environnementales, afin que tout le monde puisse les connaître dans le pays, car je pense vraiment que certaines personnes ne sont pas bien informées. Je crois qu’il est également urgent d’aménager les zones classées en véritables lieux de conservation de la nature parce que pour le moment j’ai plutôt l’impression qu’elles sont laissées à l’abandon.

Des vendeurs de bétail à l'entrée de la forêt classée. Photo envoyée par notre Observatrice Fatoumata Chérif.

Le bois ne vient pas d’Entag selon les autorités

Contacté par Les Observateurs de France 24, le directeur national des Eaux et Forêts, Layaly Camara, a confirmé que des vendeurs se trouvaient aux entrées d’Entag. Cependant, selon lui, le bois "ne vient pas de cette forêt classée, mais d’autres régions de Guinée". "Les vendeurs stockent leurs marchandises ici, ce qui est, en effet, problématique. Mon service a déjà fait remonter au gouvernement la nécessité de clôturer les parcs forestiers classés pour éviter toute forme d’occupation, de vente ou de construction illégale", a-t-il ajouté.

Namory Keita, directeur général de la conservation de la nature au ministère de l’Environnement des eaux et forêts, s'est lui rendu sur place jeudi 19 avril, après avoir été alerté par notre rédaction. Tout comme son collègue, il affirme que le bois "n’est pas coupé" à Entag. En revanche, il concède que "la vente de bois et le passage de troupeaux à cet endroit ne sont pas permis". "Ces personnes ne peuvent pas continuer leurs activités à cet endroit. J’ai demandé à mes services (garde-forestiers) de leur demander de quitter la zone. S’ils ne le font pas, nous réfléchirons à une action conjointe avec les forces de sécurité."