Vous venez de recevoir une photo sur Whatsapp, Facebook ou Twitter, montrant quelque chose d’extraordinaire. Cette image suscite en vous de la colère, de la tristesse ou de la joie. La légende vous invite à la partager au plus grand nombre. Mais vous vous méfiez, cette histoire a l’air trop “belle” pour être vraie. Vous avez raison. Voici quelques astuces pour rechercher pas vous-même l’origine d’une photo.

ATTENTION, CERTAINES IMAGES PEUVENT CHOQUER

Rien de tel qu’une photo saisissante pour captiver l’attention de l’internaute. Chargée d’émotion, elle l’invite à s’attarder sur un article, donne envie de cliquer et partager. Les journalistes prennent ainsi le temps de choisir une “bonne photo” pour leurs articles.

Certains internautes mal intentionnés l’ont bien compris. Pour générer un maximum de clics (et de l’argent !), ils n’hésitent pas à manipuler des photos, ou à utiliser n’importe quelle image qui n’a rien à voir pour vous interpeller.
 
Repérer les images retouchées

Grâce à des logiciels de retouche photo comme Photoshop, il est aujourd’hui très facile de manipuler des photos pour leur faire dire ce que l’on veut.

On peut par exemple modifier la météo pour faire tomber de la neige sur les pyramides égyptiennes, alors qu’il fait  environ 20 degrés au Caire …

À gauche, la photo retouchée des pyramides du Caire et, à droite, la photo originale qui circule sur internet depuis 2013. Toutes nos explications dans cet article.
 
Des outils d’analyse graphique peuvent vous aider

On peut aussi faire croire à la mort d’une personne célèbre, en collant son visage sur une photo de cadavre. Comme ici, avec le dirigeant autoproclamé de l’organisation État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi.

À gauche, la photo d’un Albanais mort en Syrie en août 2013 et, à droite, un photomontage réalisé avec le visage du chef de l’EI. Toutes nos explications dans cet article.

Pour repérer ce type d’images, on peut utiliser des outils techniques comme Forensically, un outil en ligne qui permet d’analyser des photos à la recherche d’indices de retouches. Malheureusement, l’outil est imparfait et ne détecte pas les faux à tous les coups. La retouche des pyramides passe ainsi inaperçue. Cependant, il permet de voir que quelque chose cloche avec la photo d’Al-Baghdadi.

Résultat après avoir téléchargé le montage des deux photos dans Forensically, avec la fonctionnalité “Noise Analysis”.

Dans la photo de droite (retouchée), on remarque des incohérences entre le visage - très sombre et sans détails - par rapport au reste du corps. S’il ne fait pas office de preuve, cet indice nous met sur la voie du photomontage et nous permet d’avancer dans l’enquête. On pourra ensuite faire des recherches par mots-clés, par exemple.

Repérer les images anciennes, sorties de leur contexte

Si les photomontages sont fréquents sur Internet, ils restent compliqués à réaliser. Une solution plus simple est à portée de tous : récupérer de vieilles images et leur faire dire ce qu’on veut en modifiant la légende.

Par exemple, cette photo spectaculaire d'une femme en train de menacer un policier qui braque un pistolet sur un homme au sol. La légende prétend qu’il s’agit d’une mère en train de défendre son fils en République dominicaine face à un policier. L’histoire est touchante, la photo de très bonne qualité et (trop) bien cadrée. De quoi éveiller les soupçons.

Voici les étapes permettant de la vérifier grâce à la technique de la recherche d’image inversée :

1) Enregistrez l’adresse de l’image en faisant un clic-droit sur celle-ci (on en appuyant longtemps sur votre smartphone)


2) Rendez-vous sur le site Google images et copiez le lien dans l’onglet prévu à cet effet


3) Cliquez sur “Recherche par image” et étudiez les résultats proposés


Avec cette recherche, on voit que le deuxième article explique clairement que cette image est tirée d’un film. En vérifiant sur la page Imdb du long-métrage en question, on est en mesure de le confirmer. Voir ci-dessous.


Retrouvez toutes nos explications sur cette intox en lisant cet article.
 
… mais attention, Google peut se tromper

Google images a été le premier outil permettant de faire des recherches inversées largement popularisé. Cependant, il reste imparfait, et ne permet pas à coup sûr de retrouver une image. Pire, parfois, il peut même induire en erreur.

Prenez l’exemple de cette photo ci-dessous. Nous l’avons volontairement floutée car celle-ci montre des cadavres carbonisés à terre, avec des personnes de la Croix rouge en pleine intervention. L’image est régulièrement sur le web par exemple pour affirmer qu’il s’agissait de massacres de chrétiens par Boko Haram.


Une recherche inversée de cette image sur Google donne le résultat suivant :


Selon Google, la photo aurait été donc prise lors du massacre de Duékoué, lors de la crise ivoirienne de 2010-2011.

Or, en poussant la recherche plus loin, on découvre que cette image n’a rien à voir avec le massacre de Duékoué. Elle a en fait été prise en juillet 2010 en République démocratique du Congo, lors de l’explosion d’un camion-citerne.

Mais alors, pourquoi Google se trompe ? Tout simplement parce que l’algorithme de Google recherche quel est le contexte le plus probable pour une image en se basant sur les articles qui utilisent cette photo. Or, cette photo a très largement été utilisée dans des articles publiés sur des sites malveillants - ou qui se sont trompés - en affirmant qu’il s’agissait d’une photo de Duékoué. Pour Google, c’est donc devenu la réalité, selon cet algorithme.
 
D’autres outils de recherche inversée

La solution si Google ne donne pas satisfaction, c’est donc de se tourner vers d’autres outils pour faire une double, voire triple vérification d’une image douteuse.

En voici quelques-uns ci-dessous :
  • Yandex, un moteur de recherche russe assez performant
  • Tin Eye, l’un des plus anciens, et indépendant
  • Image Raider, qui permet de visualiser la recherche dans le temps
  • Baidu, le moteur de recherche des images sur le web chinois
En définitive, gardez à l’esprit qu’aucun outil ne vous permettra à tous les coups de retrouver l’origine d’une image : parfois, mieux vaut donc s’abstenir en cas de doute plutôt que de relayer une image fausse et participer à la désinformation !

Et si vous ne parvenez pas à vérifier une image, n’hésitez pas à contacter notre rédaction sur notre page Facebook ou par mail !