NIGERIA

Nigeria : des membres de comités de vigilance ciblés par Boko Haram

Un membre d'un "comité de vigilance" de Gambaru, au Nigeria, aux côtés d'un militaire camerounais du Bataillon d'intervention rapide (BIR). Toutes les photos ont été envoyées par notre Observateur. Photo floutée par France 24.
Un membre d'un "comité de vigilance" de Gambaru, au Nigeria, aux côtés d'un militaire camerounais du Bataillon d'intervention rapide (BIR). Toutes les photos ont été envoyées par notre Observateur. Photo floutée par France 24.

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Un couple faisant partie d’un comité de vigilance à Gambaru, une ville située dans l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, a été tué par Boko Haram. Les comités de vigilance sont constitués de citoyens participant à la lutte contre le groupe terroriste, aux côtés des autorités. Ce n’est pas la première fois que des membres de ces comités sont ciblés dans cette zone frontalière, où Boko Haram reste très actif.

La ville de Gambaru se trouve à la frontière avec le Cameroun (en rouge sur la carte). Les combattants de Boko Haram l’ont attaquée une première fois en mai 2014, tuant plus de 300 habitants, avant de la conquérir en août. De nombreux habitants sont alors allés se réfugier à Fotokol (en bleu sur la carte), une ville camerounaise située de l’autre côté de la frontière, séparée de Gambaru uniquement par un pont.

Cette année-là, le groupe terroriste a également réalisé plusieurs incursions au Cameroun.

En février 2015, l’armée tchadienne est parvenue à libérer Gambaru mais elle s’est rapidement retirée de la ville, la laissant à la merci du groupe terroriste. L'armée nigérianne est néanmoins parvenue à la reprendre en septembre.

Du côté camerounais, Boko Haram s’en est également pris à Fotokol à plusieurs reprises au cours de l’année 2015.

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La situation dans cette zone frontalière s’est ensuite calmée en 2016 et 2017, avant de se dégrader à nouveau début 2018.

"Les personnes qui collaborent avec les autorités dans la lutte contre Boko Haram sont visées"

Ali (pseudonyme) est notre Observateur à Fotokol, au Cameroun. Il traverse régulièrement la frontière pour se rendre à Gambaru, au Nigeria.

Depuis le début de l’année, il y a eu plusieurs actions de Boko Haram dans la zone, en particulier côté nigérian. Nous avons l’impression de revenir en 2015…

Début janvier, un kamikaze s’est fait exploser au niveau d’une mosquée à Gambaru, tuant plusieurs personnes [au moins 14, selon des sources sécuritaires, NDLR]. Un autre jour, dans cette même ville, les militaires sont parvenus à empêcher deux filles kamikazes de se faire exploser.

Le 1er mars, les combattants de Boko Haram ont également attaqué Rann [une ville nigériane située à une quarantaine de kilomètres à l’est de Gambaru, en vert sur la carte ci-dessus, NDLR]. Un ami vivant là-bas m’a dit qu’ils étaient arrivés à bord de quatre pick-up. Ils ont tué de nombreux militaires et civils, dont une personne de l’Unicef et deux de l’Organisation internationale pour les migrants (OIM).

Côté camerounais, c’est plutôt le bétail et les chèvres qui sont ciblés depuis le début de l’année. De toute façon, le long de la frontière, il y a surtout des villages abandonnés…

Généralement, ce sont plutôt les militaires qui sont visés. Mais toutes les personnes qui collaborent avec les services de renseignement et les autorités dans le cadre de la lutte contre Boko Haram le sont également, à commencer par les chefs traditionnels et les membres des comités de vigilance : ces groupes se sont constitués à partir de 2014, des deux côtés de la frontière, lorsque Boko Haram a commencé à menacer la zone.

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Dans la nuit du 8 au 9 mars, des combattants de Boko Haram ont ainsi abattu un couple à son domicile, dans le quartier Fulatari, à Gambaru, qui appartenait à l’un de ces comités de vigilance. Après avoir entendu des coups de feu, d’autres membres de comités de vigilance sont intervenus et ont tué deux des assaillants. L’armée a ensuite récupéré leurs armes. Quelques semaines plus tôt, un autre membre d’un comité de vigilance avait été égorgé à Gambaru…

L'un des combattants de Boko Haram ayant tué le couple dans la nuit du 8 au 9 mars, à Gambaru, abattu ensuite par des membres d'un comité de vigilance. Photo floutée par France 24.

 

"À Gambaru, les membres des comités de vigilance ont reçu des armes de calibre 12 de la part des autorités"

À Gambaru, Fotokol et dans les villages environnants, il y a des comités de vigilance dans chaque quartier. Ils sont chargés de contrôler les piétons et de fouiller les véhicules qui circulent : pour cela, ils ouvrent les bagages, ils sont équipés de détecteurs de métaux… Ils réalisent des fouilles à l’entrée des mosquées lors de la grande prière du vendredi. Ils signalent les personnes suspectes à l'armée, puisqu’ils connaissent bien la population locale. Ils veillent la nuit, et ont des motos pour circuler, et même des pick-up à Gambaru. En cas d’attaque de Boko Haram, ils n’interviennent pas directement en théorie, mais appellent l’armée pour qu’elle réagisse.

À Gambaru, les membres des comités de vigilance reçoivent un salaire des autorités et même des armes de calibre 12 depuis janvier – alors qu’ils n’avaient que des machettes, des flèches et des couteaux auparavant – puisque l’armée ne parvient pas à contrôler la situation. Désormais, ce sont presque des militaires... Les membres de ces comités sont des personnes qui se sont portées volontaires pour les intégrer, en allant voir l’armée : il y a des hommes, mais aussi quelques femmes dans le renseignement, c'est-à-dire qu'elles donnent des informations aux autorités.

À Fotokol, c’est un peu différent : ce sont plutôt les chefs traditionnels qui ont mis en place ces comités, en incitant certaines personnes à les rejoindre. Leurs membres sont payés de temps en temps seulement, et uniquement équipés de machettes, de flèches et de couteaux. Il faut dire que l’armée camerounaise est plus présente, puisqu’elle a installé une dizaine de bases autour de la ville.

Au Cameroun, des milliers de jeunes ont déjà rejoint des comités de vigilance, selon Le Monde. Le gouvernement a salué leur action et leur efficacité dans la lutte contre Boko Haram à plusieurs reprises dans le passé.

 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).