MAROC

Vidéo : un camion de la police marocaine fonce sur des manifestants et fait scandale

Capture d'écran de la vidéo au moment où une fourgonnette de la police municipale heurte un manifestant (0:11), le 14 mars 2018, dans la périphérie de Jerada.
Capture d'écran de la vidéo au moment où une fourgonnette de la police municipale heurte un manifestant (0:11), le 14 mars 2018, dans la périphérie de Jerada.

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Après 80 jours de manifestations pacifiques dans la commune de Jerada, dans l’est du Maroc, des heurts ont opposé pour la première fois les manifestants aux forces de l'ordre, mercredi 14 mars au soir. Une vidéo d’une fourgonnette de police fonçant sur les habitants, filmée par un manifestant, a suscité l’indignation.

Depuis près de trois mois, Jerada, une ancienne ville minière, vit au rythme des manifestations. Ces dernières, déclenchées par la mort de trois mineurs en décembre 2017, visent à demander des mesures pour améliorer la situation économique de la ville, en crise depuis la fermeture de ses mines. Après l’annonce d’un plan de réformes gouvernementales jugé insuffisant, les habitants ont continué à manifester de manière pacifique.

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Mais dans la soirée du 13 mars, le ministère marocain de l’Intérieur a décidé d’interdire les regroupements dans la ville de Jerada. En réponse, les manifestants ont entamé, le lendemain à partir de 8 heures du matin, un sit-in en périphérie de la ville. Les forces de l’ordre sont alors intervenues, provoquant de violents heurts. Une vidéo a notamment été partagée : celle d’une camionnette fonçant sur les manifestants. On y entend notamment des manifestants dire : "Regardez-les, ils veulent nous broyer".

Les autorités condamnent ces images, qu’elles qualifient de "fake news"

Suite à la publication de cette vidéo, plusieurs captures d’écran ont mis en cause les autorités, qui auraient, dans leur course, renversé un des manifestants.

Captures d'écran de la vidéo publiée sur le groupe facebook "Akhbar Jerada"

En effet, on peut apercevoir sur la vidéo (0:11) un individu violemment heurté par une fourgonnette qui semble appartenir à une unité de police municipale. Selon le média local Alyaoum24, le jeune adolescent de 16 ans est aujourd’hui placé en soins d’urgence.

Dans un communiqué, les autorités de Jerada ont répondu aux accusations formulées par les habitants : "Certains sites et pages sur les réseaux sociaux ont relayé des informations mensongères et erronées selon lesquelles un jeune de 16 ans serait décédé mercredi soir à Jerada après avoir été heurté par un véhicule des forces publiques".

Les autorités ont par ailleurs choisi de diffuser les images des affrontements entre la police et les manifestants.

Un véhicule de police prend feu, lors des affrontements du 14 mars 2018 entre les habitants de Jerada et la police.(Source: Médias24)

Les manifestants jetent des pierres sur les forces de l'ordre le 14 mars 2018. ( Source: Le360.ma)

 

Mais la diffusion de cette vidéo a néanmoins provoqué l’émoi à Jerada et parmi les internautes marocains.

"Est ce que c'est vraiment le Maroc ? Avec l'essence du peuple, ils broient le peuple."

 

 

"Les fourgonnettes de policiers ont fini par foncer sur la foule pour la disperser"

Reda Y. (pseudonyme) a assisté à cette scène. Il condamne l’entreprise médiatique menée par le gouvernement marocain pour discréditer les manifestants.

Pour contourner l’interdiction de manifester dans la ville, nous avons décidé de nous rendre dans une forêt avoisinante, aux alentours des anciennes mines de charbon. Nous étions une centaine, drapeaux et pancartes à la main. Puis les fourgons de policiers sont arrivés. Ils nous ont rapidement encerclés mais nous avons continué notre marche.

Les policiers ont commencé à s’attaquer aux manifestants en jetant des pierres [d’autres manifestants contactés par France 24 ont confirmé ]. Ils s’attaquaient à quiconque filmait avec son téléphone portable. Puis au bout de quelques heures, les fourgonnettes de policiers ont foncé sur la foule pour la disperser. Ils ont enchaîné les dérapages pour bousculer les manifestants et les aveugler avec les poussières de sable causées. Ils faisaient, avec leur véhicule, des sortes de tourbillon pour veiller à casser tout regroupement.

Ils ont fini par toucher un des manifestants qui se trouve aujourd’hui aux urgences avec une faible chance de pouvoir encore marcher, selon les unités médicales."

"Les manifestants blessés se soignent chez eux par peur d’être arrêtés"

À partir de ce moment, ça a dérapé. Un groupe de manifestants s’est attaqué à des policiers. Les affrontements se sont intensifiés avant que la foule ne soit définitivement dispersée.

La police a déclaré qu’il y avait plus de blessés dans les rangs des forces de l’ordre que parmi les manifestants. Mais la vérité, c’est que les manifestants blessés se soignent chez eux par peur d’être arrêtés."

Le lendemain, la ville décide de se mettre en "grève morte":

Les enfants ne sont pas allés à l’école, nous avons décidé de ne pas aller travailler. Depuis, c’est le règne des interpellations et des arrestations. Tous les soirs, les policiers rentrent dans les maisons, ils embarquent tout le monde. En tout, près de 80 habitants ont été interpellés. [Les autorités parlent de 9 interpellations]"

Vendredi 16 mars, malgré l’interdiction, les habitants de la ville de Jerada ont poursuivi leur mobilisation. En plus de leurs revendications économiques et sociales, ils réclament désormais la libération des dizaines de détenus.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, la mairie de Jerada et le ministère de l’Intérieur n’ont pas donné suite à nos questions. Nous publierons leurs réponses si elles nous parviennent.