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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Épidémie de choléra à Kinshasa : "Chaque jour on voit passer des morts"

Un malade du choléra dans un centre de transit. Un homme au milieu des déchets à Kinshasa. Photos : Joelle Botamba
Un malade du choléra dans un centre de transit. Un homme au milieu des déchets à Kinshasa. Photos : Joelle Botamba

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La capitale de la République démocratique du Congo fait face à une épidémie de choléra qui a fait 35 morts depuis fin novembre dernier. En cause : l’accumulation des déchets dans la ville, la stagnation des eaux en période de fortes pluies et le manque de prévention, déplore notre Observatrice.

Selon Jean Liyolongo, coordonnateur au sein du pôle "Urgences pour le Congo" de Médecins sans Frontières contacté par France 24, 30 des 35 zones de santé de Kinshasa sont aujourd’hui touchées par l’épidémie. Depuis fin novembre, 818 cas ont été enregistrés dans la capitale congolaise, pour 35 décès. "La situation se stabilise, aucun décès n’a eu lieu depuis deux semaines "affirme-t-il, une tendance encourageante permise par la construction, en janvier, par MSF, d’une unité de traitement du choléra (UTC) assurant les désinfections adéquates des malades.

Mais de nouveaux cas continuent d’apparaître chaque jour, et l’inquiétude est perceptible parmi les habitants rapporte notre Observatrice Joelle Botamba, présentatrice à la radio locale RTGA. Elle s’est rendue dans plusieurs quartiers de la ville pour constater la situation, sur laquelle elle nous a alertés.

"On vit dans la peur que l’épidémie s’aggrave"

Chaque jour, des malades sont acheminés vers des centres de transit. Ils peuvent y rester deux à trois jours, c’est une première étape avant d’aller dans des centres de traitement à proprement parler. En tant que journaliste locale, j’ai pu me rendre dans un de ces centres de transit. Les malades ne sont pas pris en charge comme il faut, on n’y fait que de la réhydratation [le choléra provoque une très importante déshydratation, les malades peuvent perdre jusqu’à 15 litres d’eau par jour, NDLR].

Des malades du choléra, dans le centre de transit où s'est rendue notre Observatrice. Photos : Joelle Botamba.

Un des malades avec qui j’ai parlé avait passé trois jours sur place, son état s’était un peu amélioré et il voulait rentrer chez lui. Car, c’est un fait chez certains malades : ils refusent par superstition d’aller se faire soigner par des médecins, convaincus que leur sort est entre les mains de Dieu, et que Dieu seul les aidera à guérir…

Pour Jean Liyolongo : "un malade n’est pas censé passer plus de quelques heures dans un centre de transit, aussi appelé point de réhydratation. Si on lui diagnostique le choléra, on lui met une perfusion, une ambulance est appelée et le transporte vers l’UTC".

Notre Observatrice poursuit :

On vit dans la peur que l’épidémie s’aggrave : chaque jour on voit passer des ambulances avec des malades ou des morts.  Je n’ai jamais vu une épidémie de cette ampleur. Il y a un manque de sensibilisation. Les comportements de base à adopter, les mesures d’hygiène, ne sont pas assez diffusés, ne serait-ce que via des affiches. Il faudrait intervenir dans les écoles, les universités… Cette sensibilisation est plutôt bien faite sur le paludisme ou le sida, mais sur le choléra il y a un manque.

Accumulation de déchets à Kinshasa. Photo : Joelle Botamba.

 

Le développement de l’épidémie dans la capitale congolaise s’explique aussi par une conjonction d’autres facteurs. En premier lieu, la crise des déchets que connaît Kinshasa. Un programme avait été lancé par l’Union européenne en 2008 et avait permis l’installation de 61 stations à ordures. L’opération avait permis le dépôt des déchets des habitants, ensuite traités dans une décharge. Mais le programme a pris fin en 2015, et depuis les autorités locales n’ont pas su prendre le relais. Conséquence, "les stations se sont transformées en des dizaines de petites décharges à l’air libre, qui empestent, polluent l’eau et propagent les maladies", expliquait notre Observatrice Fédorah Bikayj de l’ONG Congo Green Citizen, en mai dernier.

 

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Une "banquise" de bouteilles en plastique recouvre le fleuve Congo à Kinshasa

Joelle Botamba ajoute :

C’est clair que cette épidémie est directement liée à la crise des déchets : elle a d’ailleurs commencé dans le quartier de Limete, c’est le coin le plus sale de la ville [l’épidémie est également particulièrement présente dans les zones de Kintambo et Binza Météo]. C’est là qu’il y a énormément de poubelles, des habitations sont à peine plus solides que des tentes, construites parfois sur des montagnes de déchets. Comme dans beaucoup d’autres quartiers, le système de canalisation n’est pas du tout au point, elles sont bouchées et les déchets stagnent. Outre l’odeur nauséabonde ça favorise évidemment la maladie. Ça fait plus de deux mois que les centres de déchets n’ont pas été évacués ici, ils débordent.

Photo : Joelle Botamba.

Fortes précipitations, eaux stagnantes

Par ailleurs, Kinshasa a connu de fortes précipitions ces dernières semaines et plusieurs zones de la ville sont inondées. Cette météo peu clémente a aggravé le phénomène, le choléra étant particulièrement présent dans les eaux stagnantes.

Enfin, pour Didier Bompangue, coordonnateur du Programme national d'élimination du choléra,  la difficulté de la prise en charge de l’épidémie résulte aussi d’un manque de moyens. Avec l’aide de MSF et de l’Organisation mondiale de la Santé, le gouvernement congolais a recueilli "près d’un million de dollars" ce qui est "largement en deçà de la prévision budgétaire qui s’élevait à quelque 4 millions de dollars. Les donateurs contribuent moins car il y a une certaine lassitude de la communauté internationale".

Le choléra est arrivé à Kinshasa en novembre, mais l’épidémie sévissait dans la quasi-totalité de la RDC depuis juillet 2017. Depuis cette date, le bilan était de 1 132 morts sur l’ensemble du pays, ce qui en fait la pire épidémie de choléra qu’ait connue la RDC depuis 1994.

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