AFGHANISTAN

Attentat contre Save the Children : "Les extrémistes veulent dégager les ONG d'Afghanistan"

Le complexe dans lequel se trouvait l'ONG Save the Children a été attaqué mercredi 24 janvier, à Jalalabad. Photo : Bilal Sarwary (Twitter : @bsarwary).
Le complexe dans lequel se trouvait l'ONG Save the Children a été attaqué mercredi 24 janvier, à Jalalabad. Photo : Bilal Sarwary (Twitter : @bsarwary).

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Des hommes armés ont attaqué les bureaux de l’ONG britannique de protection des enfants Save the Children à Jalalabad, dans l’est de l’Afghanistan, mercredi 24 janvier. L’armée est intervenue. Au moins deux personnes sont mortes. Notre Observatrice, qui vit à quelques centaines de mètres du lieu de l’attaque, n’est malheureusement pas surprise.

Les assaillants ont d’abord fait exploser une voiture en face des bureaux de Save the Children, avant de prendre d’assaut les lieux avec un lance-roquettes. L’organisation État islamique (EI) a revendiqué l’attaque, après que les Taliban, très présents dans cette région frontalière du Pakistan, ont nié en être les responsables.

"Aujourd'hui, c'était Save the Children. Demain, ça sera une autre ONG"

Notre Observatrice a été témoin de l’attaque depuis son domicile, à quelques pâtés de maison des bureaux de Save the Children. Nous avons changé son nom pour des raisons de sécurité.

Quelques minutes après 9 h, j’ai entendu une très forte explosion, qui a même fait trembler ma maison. De plus petites explosions et des coups de feu ont suivi. De là où je vis, je pouvais tout entendre.

J’ai essayé de sortir pour voir ce qu’il se passait exactement, mais les bruits de l’attaque étaient tellement terrifiants que je suis vite retournée chez moi. Je voyais de la fumée s’échapper d’un petit entrepôt à proximité des bureaux de Save the Children.

Quand j’ai réalisé que l’armée était arrivée sur place (je pouvais entendre les échanges de tirs entre les soldats et les assaillants), je suis à nouveau sortie. Il y avait des soldats sur les toits autour, l’armée avait bouclé le quartier sur un rayon de 300 mètres. Les gens dans le périmètre étaient en train d’être évacués. Un policer m’a dit qu’il y avait en tout trois assaillants.

"La vie continuait comme d'habitude, je crois que nous nous sommes habitués à la violence"

Autant que je puisse dire, la vie continuait comme d’habitude dans les autres parties de la ville. Je crois que nous nous sommes habitués à la violence.

Ma ville est sous l’influence des groupes extrémistes. Ils sont très populaires auprès de beaucoup de gens ici. Mais les gens respectent aussi Save the Children, parce qu’ils aident beaucoup les pauvres, hommes et femmes, et les enfants abandonnés. Et ils emploient des Afghans.

Mais pour les groupes armés comme les Taliban ou l’EI, il faut viser toutes les organisations qui sont liées au gouvernement ou à l’Occident. [En octobre 2017, la Croix-Rouge a annoncé qu’elle réduisait ses effectifs en Afghanistan, après que sept de ses collaborateurs avaient été tués l’année précédente. En 2013, les bureaux de la Croix-Rouge à Jalalabad avaient été attaqués, une personne avait trouvé la mort, NDLR] Aujourd’hui, c’était Save the Children. Demain, ça sera une autre ONG.

"Chaque groupe d'extrémistes islamistes voient les ONG comme leurs rivales"

Il y a un raisonnement derrière ce genre d’attaques. Chaque groupe d’extrémistes islamistes voient les ONG comme Save the Children ou la Croix-Rouge comme leurs rivales. Ces ONG aident des gens, qui sans cela pourraient finir par rejoindre les rangs des extrémistes. Et leurs adversaires estiment qu’elles influencent la façon qu’ont les gens de voir les choses et de penser. Pour eux [les extrémistes], les locaux devraient s’adresser à eux quand ils ont des problèmes, pas au gouvernement ou aux ONG.

Si la situation sécuritaire contraint de plus en plus d’ONG à quitter le pays, le gouvernement afghan va se retrouver seul. Les extrémistes comme l’organisation État islamique veulent donc dégager les ONG d’Afghanistan, pour faire en sorte que les gens se tournent vers eux.

J’ai du mal à comprendre comment une attaque de cette ampleur a pu se produire, alors que l’armée américaine a une base près de Jalalabad, et que l’armée afghane a une garnison de 30 000 soldats ici. Comment les extrémistes peuvent-ils encore garder la main dans la région ?

Cette attaque intervient quelques jours seulement après l'attaque par les Taliban de l'hôtel Intercontinental de Kaboul, qui a fait au moins 22 morts.

Photo publiée par Bilal Sarwary sur Twitter (Twitter : @bsarwary)