CÔTE D'IVOIRE

Une école du sud-ouest de la Côte d’Ivoire s’effondre… la faute au prix du cacao ?

Sous l'effet d'une pluie battante, une école d'un petit village du sud-ouest de la Côte d'ivoire, Pogréagui, s'est effondrée sur élèves et professeurs lundi 23 octobre. Photos Maxwell Benié.
Sous l'effet d'une pluie battante, une école d'un petit village du sud-ouest de la Côte d'ivoire, Pogréagui, s'est effondrée sur élèves et professeurs lundi 23 octobre. Photos Maxwell Benié.

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Un accident impressionnant a eu lieu mardi dans une école de Pogréagui, petit village du sud-ouest ivoirien : le préau de l’établissement s’est effondré sur des enfants et des professeurs, en raison d’une pluie battante. L'accident a fait plusieurs dizaines de blessés, et cela aurait peut-être pu être évité : c’est ce qu’assure le directeur de l’école en évoquant de curieuses promesses qui lui avaient été faites, et étaient conditionnées à la santé de l’industrie locale du cacao.

Mardi 24 octobre dans l’après-midi, de fortes pluies se sont abattues sur le village de Pogréagui, à 350 kilomètres à l’est d’Abidjan, et ont détruit la seule école du village, dans laquelle se trouvaient alors 150 enfants. Les images de l’établissement effondré ont été publiées par des habitants sur Facebook. Il ne reste que quelques bouts de bois.

"Les difficultés de l’industrie du cacao ont indirectement entraîné cet accident."

La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté Tanga Coulibaly, directeur de cette école, depuis la rentrée d’août 2017. Il ne cache pas son désarroi.

 

Le toit a lâché d’un coup, sans qu’on ait le temps de comprendre ce qu’il se passait. Sur près de 150 enfants présents dans l’établissement, 45 ont été blessés, ainsi que 3 professeurs, dont moi-même, à la colonne vertébrale.

Quand j’ai pris mes fonctions, j’ai immédiatement constaté que cette école était en très mauvais état. Cela fait dix ans qu’elle n’a pas été rénovée. Pour nous abriter du soleil ou de la pluie, seules des bâches posées sur une armature en bois font office de toit . Le pilier principal qui maintenait le tout était en train de se fissurer à plusieurs endroits. 

Vidéo filmée par Maxwell Benié, à Pogréagui le lundi 25 octobre.

Dans cette région où la culture du cacao fait vivre de très nombreux villages, il arrive parfois que les coopératives soient associées à des investissements qui n’ont rien à voir avec leur activité.

 

J’avais alerté chef de la communauté de Pogréagui en disant que la sécurité des élèves n’était pas assurée et qu’on ne pouvait pas attendre un trimestre. Il m’avait alors fait une promesse : à l’issue de la saison de cacao, la coopérative qui fait les récoltes dans la zone [la Coopérative des Producteurs Agricoles de Commercialisation, COOPACO, NDLR] allait financer la réhabilitation de la structure de l’école. Le ministère de l’Éducation nationale nous envoie parfois des bancs, des chaises, ou du matériel, mais n’a généralement pas les moyens de financer la rénovation d’une école. Nous nous tournons donc vers ces coopératives qui participent à l’économie locale.

Cependant, lorsque le prix du cacao a été fixé au 1er octobre, ils se sont rendu compte que c’était bien en dessous de ce qu’ils attendaient [le prix, fixé chaque semestre, est en baisse de plus de 30 % par rapport à celui d'octobre 2016, NDLR] et donc qu’ils ne pouvaient pas financer rapidement cette rénovation. Donc d’une certaine manière, les difficultés de l’industrie du cacao ont indirectement entraîné cet accident. 

Joint par France 24, un membre de la COOPACO a confirmé cette version, expliquant avoir remis à plus tard ces travaux, faute d’achats suffisants par la centrale.

 

"On espère que des membres de la diaspora ou des ONG seront sensibles à cette grave situation"

Tanga Coulibaly s’avoue impuissant face à la situation, mais ne perd pas espoir.

 

Mercredi et jeudi, les enfants sont venus chez moi avec leurs parents pour dire qu’il fallait qu’on continue les cours. Nous avons essayé, mais mon domicile était trop petit pour accueillir les 150 élèves. J’en avais les larmes aux yeux.

Le directeur a tenté de continuer les cours sur la terrasse de son domicile personnel, en vain. Photo Maxwell Benié.

 

On nous dit qu’il n’y a plus d’argent, mais que doit-on faire ? Laisser les enfants à la maison ? Nous allons laisser passer les congés de la Toussaint [qui commencent vendredi 27 octobre en Côte d’Ivoire, NDLR], et j’espère que nous allons trouver une solution. On espère que des membres de la diaspora ou des associations en Côte d’Ivoire seront sensibles à notre situation. 

Interpellé sur Twitter par des internautes inquiets de la situation, le porte-parole du gouvernement ivoirien, Bruno Koné, a indiqué être au courant de la situation et que l’État faisait "des efforts colossaux" pour la rénovation des écoles.

Si vous souhaitez rentrer en contact avec cette école, envoyez-nous un mail à observateurs@france24.com

Vous voulez nous parler de la situation particulièrement inquiétante d'une école près de chez vous ? Contactez-nous à la même adresse.