ARABIE SAOUDITE

Les Saoudiennes autorisées à conduire : retour en images sur 27 ans à braver l’interdit

Trois militantes saoudiennes filmées entrain de défier l'interdiction de conduire
Trois militantes saoudiennes filmées entrain de défier l'interdiction de conduire

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Le roi Salmane d’Arabie saoudite a signé le 26 septembre un décret autorisant les femmes à conduire, dans le seul pays au monde où il leur était encore refusé. Une victoire pour celles d’entre elles qui luttent depuis des années pour acquérir ce droit, et les 108 d'entre-elles qui n’avaient pas hésité à braver l’interdit. Retour en images amateurs sur ces années de mobilisation courageuse.

1990 : 47 Saoudiennes prennent le volant

L’interdiction de conduire pour les Saoudiennes remonte à 1957, mais il faudra attendre 1990 pour que des femmes se mobilisent collectivement contre cette interdiction. Le 6 novembre 1990, 47 femmes avaient conduit une voiture à Riyad, la capitale du royaume. Elles avaient été arrêtées, maintenues en détention pendant un jour, et se sont vu confisquer leur passeport. À l’issue de cette protestation, plusieurs d’entre-elles avaient perdu leur travail.

2008 : Wajeha al-Huwaider ose se filmer au volant

Dix-sept ans plus tard, en septembre 2007, que l’association pour la protection et la défense des droits des femmes en Arabie saoudite, cofondée par la militante et écrivaine saoudienne Wajeha al-Huwaider, adresse au roi Abdallah une pétition de 1 100 signataires demandant la fin de l’interdiction de conduire.

Le 7 mars 2008, à la veille à de la journée internationale des droits des femmes, Wajeha al-Huwaider se risque elle aussi : elle publie une vidéo sur le compte YouTube "Yes2womendriving "("oui aux femmes qui conduisent ") la montrant en train de braver l’interdit. Elle s’adresse au roi Abdallah et au ministère de l’Intérieur. Elle leur demande expressément de laisser conduire les femmes qui ont obtenu leur permis à l’étranger, et d’aider les autres à l’obtenir. La vidéo a retenu l’attention de médias internationaux, faisant de Wajeha al-Huwaider une figure importante du mouvement pour le droit des femmes à conduire.

2011 : Women2Drive, une campagne sur Facebook

En 2011, des femmes saoudiennes, dont la militante et ingénieure en sécurité informatique Manal al-Sharif, ont lancé une campagne sur Facebook intitulé "Women2Drive "pour encourager les femmes en possession d’un permis de conduire à prendre le volant et défier l’interdiction de conduire.

En mai 2011, c’est Wajeha al-Huwaider qui filme Manal al-Sharif en train de conduire dans les rues de Khobar. Dans la vidéo, Manal al-Sharif, qui a obtenu son permis de conduire aux États-Unis, développe toute une argumentation en faveur de la conduite des femmes : le coût d’un chauffeur, l’indisponibilité des taxis à certaines heures, la difficulté de toujours dépendre des hommes pour être conduites...

Après la diffusion de la vidéo sur YouTube, vue plus de 700 000 fois en un jour, Manal al-Sharif est arrêtée et maintenue dix jours en détention. Grâce à une mobilisation internationale et après des excuses formulées en personne par son père au aoi Abdallah, elle est libérée.

En 2013, elle était invitée à parler de son expérience en anglais dans le cadre des conférences TED.  En juin 2017, elle publiait ses mémoires en anglais sous le nom : "Daring to drive : a Saudi woman’s awakening (Oser conduire : l'éveil d'une femme saoudienne). Elle aussi fait partie des figures emblématiques de ce mouvement pour le droit des femmes à conduire.

2013 : une tentative de remake de 1990… et une parodie

Deux ans plus tard, une autre campagne appelle les femmes à défier l’interdiction et choisit le 26 octobre 2013 pour sa mobilisation. Le mouvement s’accompagne d’une pétition, signée par plus de 15 000 internautes. Mais le jour J, de nombreuses militantes du mouvement "oct26 driving" ont cédé aux pressions exercées par le ministère de l’Intérieur qui avait explicitement rappelé que "les femmes sont interdites de conduire et que les lois s’appliqueront à ceux qui les violent ou soutiennent leurs violations. "

Hisham Fagui, humoriste saoudien, avait quant à lui publié le 26 octobre une parodie de la célèbre chanson de Bob Marley intitulée No Woman No drive pour moquer les arguments de ceux qui soutiennent l’interdiction faite aux femmes de conduire.La vidéo avait atteint près de 3 millions de vues en trois jours.

2014 : une femme passe plus de deux mois en prison pour avoir conduit

Malgré les pressions, intimidations, arrestations et détentions, d’autres militantes prennent le risque de se filmer en conduisant comme Loujain al-Hathloul. Elle avait été détenue pendant 73 jours après s’être filmée, le 30 novembre 2014, en tentant d'entrer en voiture en Arabie saoudite depuis les Émirats arabes unis.

 

Vers la fin du système de tutelle ?

En avril 2016, le prince Mohammed Ben Salmane, dit "MBS", alors encore vice-prince héritier et figure du royaume, avait déclaré que les Saoudiens n’étaient pas prêts à laisser les femmes conduire.

Mais dans le cadre de son ambitieux plan de réformes économiques et sociales "Vision 2030 ", Riyad semble assouplir certaines restrictions. Dans un décret publié le 26 septembre, le roi Salmane a ainsi ordonné "de permettre d'accorder le permis de conduire aux femmes". Sans doute pour redorer une image ternie par des dizaines d'arrestations de personnalités publiques depuis septembre 2017.

Pour les défenseurs des droits des femmes saoudiennes, la prochaine étape serait de mettre fin au système de tutelle, qui soumet les femmes à l’autorisation préalable d’un homme de leur famille - généralement le père, le mari ou le frère - pour étudier, voyager ou mener un certain nombre d’activités. C’est ce que plusieurs militantes font valoir sur les réseaux sociaux.