Centrafrique

Centrafrique : des déplacés s’entassent à Bozoum, après un regain de violence

Des déplacés à la mission chrétienne de Bozoum. Photo : Aurelio Gazzera.
Des déplacés à la mission chrétienne de Bozoum. Photo : Aurelio Gazzera.

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Des milliers d’habitants de Bocaranga et Niem, au nord-ouest de la Centrafrique, ont fui précipitamment samedi 23 septembre à l’aube, alors que leur ville était attaquée par deux groupes armés. Beaucoup se sont réfugiés à Bozoum, à 127 km au sud, où des responsables catholiques et des habitants tentent de les accueillir mais où la situation demeure très tendue.

Le mouvement de déplacés est conséquent : au total, 23 000 personnes (15 000 habitants à Bocaranga et 8 000 à Niem) ont fui les violences. Selon plusieurs sources, dont notre Observateur, deux groupes ont attaqué de concert Bocaranga : le groupe 3R, une milice armée qui dit vouloir défendre les Peuls, minoritaires dans la région, et qui s’est alliée à des éléments du groupe MPC (Mouvement patriotique pour la Centrafrique), une branche de l’ex-Seleka [milice composée principalement de combattants musulmans].

Deux morts ont été comptabilisés à Bocaranga, mais le bilan n’est, mercredi 27 septembre, toujours que provisoire. Car selon notre Observateur, les groupes armés occupent toujours la ville, y rendant l’accès impossible.

"J’ai vu des assaillants tirer sur des habitants"

Aux environs de 5 h 30 samedi matin, j’ai entendu de très fortes détonations, ce n’étaient pas de simples coups de fusils. Depuis la veille, des rumeurs circulaient sur une tentative de groupes armés pour prendre la ville. Donc je n’ai pas hésité : avec ma femme et ma fille, nous avons fui en brousse, comme quasiment tous les habitants de la ville.

Dans la rue nous avons croisé des assaillants. Pour moi il est clair qu’ils étaient issus du 3R, puisqu’ils criaient des slogans en peul. Les éléments antibalaka [milices rurale composée majoritairement d’éléments chrétiens et animistes, opposés à la Seleka] n’ont guère pu riposter, car ils n’ont pas d’armes d’assaut, tout juste des armes de chasse, ça ne faisait pas le poids.

C’était la panique, les gens prenaient ce qu’ils pouvaient comme affaires, certains fuyaient en moto, d’autres comme moi, à pied. Nous avons dans un premier temps stationné sur une colline à l’extérieur de la ville, depuis laquelle on a vue sur Bocaranga. J’ai vu des assaillants s’en prendre violemment à des habitants et leur tirer dessus.

Dans la débandade en quittant Bocaranga, j’ai perdu ma fille. J’ai marché pendant trois jours jusqu’à Bozoum, où je suis arrivé mercredi matin. Dès mon arrivée j’ai lancé des SOS pour la retrouver et heureusement elle avait été amenée ici par d’autres habitants. Nous avons été recueilli par l’église chrétienne à Bozoum, puis par un ami de longue date. Nous ne savons pas combien de temps on restera ici.

Notre Observateur à Bozoum, le père Aurelio Gazzera, nous a fait parvenir ces photos prises lundi des déplacés de Bocaranga qui ont trouvé refuge dans la mission chrétienne et chez les habitants.

Les déplacés de Bocaranga à Bozoum.

Mardi, une patrouille de la Minusca (Mission des Nations unies en Centrafrique) a été empêchée de rentrer dans Bozoum, rapporte par ailleurs notre Observateur. "Des jeunes n’ont pas accepté qu’ils entrent, ils les accusaient de n’avoir pas protéger Bocaranga. Ils ont tiré en l’air, fait des barricades, puis les choses se sont apaisées" rapporte-t-il.

Que se passe-t-il à Bocaranga ?

Il est très difficile d’avoir des informations et des images récentes de la ville.

Dans un rapport de décembre 2016 de Human Rights Watch, le groupe 3R (pour Retour, Réclamation et Réhabilitation) était accusé par l’ONG d’avoir "tué et violé des civils, et provoqué des déplacements de population à grande échelle au cours de l’année écoulée" dans la région de Bocaranga. Début février 2017, il avait déjà essayé de prendre la ville. Une milice antibalaka dirigée par un général autoproclamé lui a fait opposition et est également accusée par HRW d’avoir tué des civils.

Depuis deux semaines, les tensions ont redoublé dans la région entre le groupe 3R et les milices anti-balakas. Le porte-parole du groupe 3R a notamment été assassiné début septembre. Ces tensions ont favorisé une alliance entre 3R et le MCP, qui se seraient répartis la ville de Bocaranga, affirme notre Observateur.

Selon la Minusca, une situation "sous contrôle"

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la Minusca affirme que "la situation est sous contrôle des Casques bleus". "Les forces de la Miusca, qui étaient en patrouille à différents endroits de la ville au moment de l’attaque, ont aussitôt réagi et réussi à repousser [les] éléments armés. Depuis samedi, les éléments 3R sont à l’extrémité sud et les éléments antibalaka à l’extrémité nord de la ville, mais il n’y a pas eu d’affrontements". La Minusca affirme par ailleurs que des habitants se sont réfugiés dans sa base à Bocaranga, y dorment la nuit mais circulent dans la ville en journée.

Après des années de crise, la Centrafrique connaît une relative stabilité, à l’exception du nord-ouest, encore traversé par de sérieux troubles. Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), à la mi-septembre, le nombre de réfugiés et de déplacés ayant fui les violences en Centrafrique a atteint son "plus haut niveau ", soit 1,1 million de personnes sur 4,5 millions d’habitants.