NIGERIA

Violences et humiliations entre l’armée nigériane et des séparatistes du Biafra

À gauche, ds hommes de l'IPOB humilés par l'armée nigéirane, allongés dans la boue. A droite, le chien d'un leader indépendantiste abattu lors de l'attaque de sa maison.
À gauche, ds hommes de l'IPOB humilés par l'armée nigéirane, allongés dans la boue. A droite, le chien d'un leader indépendantiste abattu lors de l'attaque de sa maison.

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Une vidéo tournée sur téléphone portable et qui a commencé à circuler le 13 septembre montre des hommes torse nu, allongés dans la boue et frappés par des soldats nigérians. Ces hommes appartiennent à l’Ipob, une organisation demandant l’indépendance du Biafra, dans le sud-est du Nigeria, et contre laquelle les autorités ont entrepris ces derniers mois une répression violente, l’accusant de fomenter des troubles.

La vidéo a été filmée furtivement, entre les doigts de son auteur dans les premières secondes : on y voit des soldats nigérians frappant les hommes de l’Ipob (Indigenous People of Biafra – soit Peuple indigène du Biafra) avec des bâtons, et les forcer à courir dans de l’eau boueuse, dans laquelle ils doivent ensuite s’allonger pendant plusieurs minutes, pendant que les soldats leur hurlent dessus et les forcent à la boire. Leurs habits leur ont été retirés. Selon le site The Biafra Times, ces militants étaient en train de se rendre dans la résidence du chef séparatiste Nnamdi Kanu à Umuahia, la capitale de l’État d’Abia, une des composantes de la région que l’Ipob revendique comme le Biafra. Aucune entité administrative ne porte aujourd’hui le nom de Biafra au Nigeria.

Nous ne publions volontairement que des captures d'écran de cette vidéo.

Des membres de l'POB forcés de s'allonger dans la boue, torse nu.

Des membres de l'POB forcés de s'allonger dans la boue

Les hommes de l'IPOB se voient obligés de boire l'eau boueuse.

Dans un communiqué, l’armée a affirmé qu’elle enquêtait sur la vidéo et punirait les hommes ayant procédé à cette humiliation. Dans le même texte, elle met également en garde contre le "bidonnage" et les images "manipulées" propagées par l’Ipob.

En réponse, des membres de l’Ipob ont incendié une station de police à Aba, une ville de l’Abia, blessant un officier de police au passage.

Retour au pays du leader de l’Ipob 

Le visage de l’Ipob aujourd’hui, c’est Nnamdi Kanu, qui a longuement vécu à Londres et a fondé Radio Biafra, devenue un média d’importance pour les habitants qui se sentaient marginalisés après l’échec de la tentative sécessionniste des années 1960 (qui se solda par la guerre du Biafra). Kanu est retourné au Nigeria en 2015, où il a été arrêté et emprisonné dans l’État de Lagos. Il a finalement été relâché en avril dernier. Mais sa sortie de prison a été pour beaucoup de militants de l’Ipob le signal d’un nouveau départ pour le combat. Des affrontements ont opposé militants de l’Ipob et l’armée depuis. 

Le 14 septembre, l’armée nigériane a forcé le domicile de Kanu à Umuahia et, selon plusieurs témoins, immédiatement tiré sans distinction. Un homme qui se trouvait dans le complexe résidentiel a réalisé une vidéo Facebook Live de l’intervention, dans laquelle on peut entendre de nombreux coups de feu.

"Une zone de guerre"

La rédaction des Observateurs de France 24 a pu s’entretenir avec Prince Kanu, le frère de Nnamdi Kanu. Il nous a transmis plusieurs photos de la résidence après l’attaque :

C’était une zone de guerre, il y avait du sang partout. Ils ont couvert la maison de balles. Je me suis caché et j’ai pu m’échapper en sautant par-dessus la clôture. Ils étaient déjà venus quelques jours avant [ce que confirme l’armée dans un communiqué, NDLR] sans blesser personne. Mais là, ils ont été très loin, ils ont même tué notre seul chien. Visiblement, le but était de tuer tout ce qui était vivant. Je n’ai pas revu ni mes parents ni mon frère depuis.

Photos envoyées par Prince Kanu, frère du leader séparatiste Nnamdi Kanu, montrant les dégats après l'attaque del'armée sur la résidence familiale.

L’avocat de Nnamdi Kanu affirme que son client a "probablement" été tué.

L’armée n’a pas réagi sur ce point. Dans un communiqué du 14 septembre, elle a affirmé que toute discussion sur "une invasion d’une quelconque communauté par des soldats à dans l’Abia" était "infondée".