RD CONGO

Des écoles de Kinshasa vides après des rumeurs "d’attaques"

Dans 16 des 24 communes de la capitale beaucoup d'établissements ont été desertés lundi et mardi 17 et 18 septembre.
Dans 16 des 24 communes de la capitale beaucoup d'établissements ont été desertés lundi et mardi 17 et 18 septembre.

Publicité

Un mouvement de panique a traversé plusieurs communes de la capitale de la RDC lundi 18 septembre : des rumeurs insistantes circulaient, selon lesquelles des écoles auraient été attaquées par des étudiants. Beaucoup de parents sont venus chercher leurs enfants à l’école, et ce mardi, de nombreux établissements restaient quasi-déserts. Un signe la fébrilité qui règne dans une ville sous tension politique dit notre Observateur.

Selon certains parents, la rumeur voulait que des étudiants aient demandé à "libérer" les élèves, pour protester contre le fait que les enseignants n’étaient pas assez payés. Des professeurs de deux universités (Unilin et UPN) et des enseignants du primaire et du secondaire sont en grève depuis la rentrée  pour réclamer de meilleurs salaires.

"Cette réaction peut s’expliquer au regard du contexte politique dans lequel nous sommes"

Notre Observateur Felix Kabena vit à Kinshasa, il a deux enfants, scolarisés dans la commune de Kisengo.

J’étais au bureau hier matin quand ma femme m’a appelé pour me dire que dans notre commune, il y avait un mouvement de panique autour des écoles : des parents accouraient vers les établissements, des élèves en sortaient en courant. Ma femme m’a dit qu’elle allait chercher nos enfants à leur école. Elle avait entendu la rumeur circuler dans le quartier.

Le mouvement de panique a été très large et a pris au moins 16 communes de Kinshasa. Seules les huit communes du centre ont été épargnées, selon mes informations. Bien qu'aucune disparition d'élève n'ait été signalée, certains parents ont eu du mal à retrouver leurs enfants. Selon mes sources, des jeunes ont bien menacé trois écoles au moins

Pour la police, les enfants peuvent aller à l’école "sans aucune crainte"

Interrogé lundi, le ministre de l’Enseignement primaire secondaire et professionnel (ESPS), Gaston Musemena, cité par Radio Okapi, a estimé que "l’éducation de nos enfants ne devrait pas être utilisée par qui que ce soit dans ces revendications à caractère politique et même social".

De son côté, la police congolaise a démenti les rumeurs d’attaque des écoles puis appelé mardi matin les parents d’élèves à laisser leurs enfants aller à l’école "sans aucune crainte", assurant par la voix du commissaire provincial de la ville de Kinshasa qu’elle veillait à la protection de la population.

"Je ne me sens pas de renvoyer mes enfants à l’école avant la semaine prochaine"

Sans succès, raconte notre Observateur, images à l’appui :

Ce matin, j’ai été voir les trois écoles qui ont été ciblées lundi et elles étaient vides, de même que toutes les autres que j’ai vues de loin. Il n’y avait pas un enfant avec un uniforme dans les rues, alors que d’habitude on les voit partout.

Vidéo de notre Observateur à l'Institut Mabuidi ce mardi 18 septembre.

Vidéo de notre Observateur à l'école CS Révérend Lubaki ce mardi 18 septembre.

Vidéo de notre Observateur au collège St Achille ce mardi 18 septembre.

En tout cas, cette réaction peut s’expliquer au regard du contexte politique dans lequel nous sommes : l’opposition continue de réclamer le départ du président, des personnes qui se revendiquent de l’opposition organisent diverses manifestations ou actions et surtout nous étions lundi à la veille de la commémoration des manifestations de l’opposition du 19 septembre 2016, qui ont fait plusieurs morts. Par ailleurs, la grève des professeurs dans l’enseignement public fait qu’on s’attend à tout moment à ce que les cours ne soient pas assurés. De fait, il y a une certaine fébrilité chez les parents.

Autant dire que je ne me sens pas de renvoyer mes enfants à l’école avant la semaine prochaine au mieux. Je pense que nous allons nous concerter avec les parents d’élèves pour voir quand décider de faire reprendre les cours aux enfants."

L’élection présidentielle congolaise doit se tenir en décembre 2017, en vertu d’un accord signé entre les différents partis politiques en décembre 2016, selon lequel le président sortant Joseph Kabila renoncera à se représenter. Mais l’opposition et des organisations de la société civile dénoncent les nombreuses incertitudes qui pèsent sur la tenue de ce scrutin, dont la date n’est toujours pas fixée.