COLOMBIE

Ceviche et sauce coco : des détenues aux fourneaux dans une prison colombienne

Le restaurant "Interno" a ouvert ses portes en décembre 2016 dans une prison pour femmes de Carthagène, dans le nord de la Colombie. Photo publiée sur le compte Instagram "restauranteinterno" le 10 mars.
Le restaurant "Interno" a ouvert ses portes en décembre 2016 dans une prison pour femmes de Carthagène, dans le nord de la Colombie. Photo publiée sur le compte Instagram "restauranteinterno" le 10 mars.

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Dîner dans une prison pour femmes, c’est possible à Carthagène, sur la côte caribéenne de la Colombie. En décembre dernier, un restaurant y a ouvert ses portes, dans lequel les détenues font la cuisine et servent les clients. L’objectif de ce projet, lancé par une fondation colombienne : recréer des liens entre les détenues et le reste de la société, tout en préparant leur réinsertion.

C’est la fondation "Teatro Interno" qui est à l’origine de ce projet. Créée en 2013 et basée à Bogota, elle se consacre à l’amélioration de la qualité de vie de la population carcérale dans 26 prisons du pays, ainsi qu’à la réinsertion des anciens détenus.

Ce projet a été lancé quelques mois après l’ouverture d’un restaurant semblable dans une prison de Milan, en Italie. Principale différence : le restaurant qui a été inauguré à Carthagène, appelé "Interno", fonctionne à l’intérieur d’un établissement entièrement réservé aux femmes. Il s’agit de la prison de San Diego, où vivent environ 150 détenues, qui est située dans le cœur historique de la ville, l’une des plus touristiques du pays.

"Nous voulons offrir une seconde chance aux détenues"

Luz Adriana Díaz est l’une des principales personnes en charge du projet.

Avec Johana Bahamón, qui a créé la fondation "Teatro Interno", nous avons commencé à travailler sur ce projet l’été dernier, après avoir été inspirées par ce qui avait été réalisé dans la prison de Milan. Nous avons choisi de le mettre en place dans la prison de San Diego avant tout car elle est située dans le centre de Carthagène, et non à l’extérieur de la ville comme c’est le cas de nombreux établissements pénitentiaires. Du coup, les gens peuvent s’y rendre plus facilement et cela donne plus envie d’aller y manger.

Les travaux avant l'ouverture du restaurant dans la prison. Photos publiées sur le site Internet du restaurant "Interno".

Nous avons commencé à mettre en place des ateliers pour les détenues au mois d’octobre, pour leur apprendre à cuisiner des plats, des pâtisseries, à servir les clients… Elles peuvent toutes y participer. Cela a été possible notamment grâce au soutien de plusieurs chefs cuisiniers et du Service national de l’apprentissage.

Les détenues ont été formées à la cuisine depuis octobre 2016. Vidéo publiée sur le site Internet du restaurant "Interno".

Toutes les détenues peuvent participer aux ateliers de formation. Photos publiées sur le
site Internet du restaurant "Interno".

Les détenues ont été formées pour porter des plateaux. Vidéo publiée sur le site Internet du restaurant "Interno".

De plus, il y a également des ateliers n’ayant rien à voir avec le restaurant, car celui-ci constitue seulement une partie du projet. Les détenues peuvent ainsi suivre des cours sur la création d’entreprise, la finance, le tourisme, les potagers biologiques, l’hôtellerie…

Un potager a également été mis en place dans la prison. Photo publiée sur le
site Internet du restaurant "Interno".

"Cela permet de recréer des liens entre les détenues et l’extérieur de la prison"

En fait, l’objectif est double. D’une part, grâce au restaurant, nous recréons des liens entre les détenues et l’extérieur de la prison, pour que le choc ne soit pas trop grand une fois qu’elles seront remises en liberté : c’est de la "resociabilisation". D’autre part, avec tous les ateliers mis en place, nous voulons offrir une seconde chance aux détenues, pour qu’elles puissent se réinsérer plus facilement à la sortie de prison, sur le plan professionnel. [Seule une femme a quitté la prison de San Diego depuis l’ouverture du restaurant, NDLR.]

Le restaurant a ouvert ses portes le 15 décembre dernier. Il est ouvert tous les soirs, sauf le lundi, et peut accueillir jusqu’à 50 personnes [sur réservation, NDLR]. En général, quatre à huit détenues font la cuisine, et une ou deux autres assurent le service.

Le restaurant est ouvert tous les soirs, sauf le lundi. Photo publiée sur le site Internet du restaurant "Interno".

Photos publiées sur le compte Instagram "restauranteinterno" le 31 décembre 2016 et le 8 avril 2017.

Le menu inclut une entrée, un plat principal, un dessert et une boisson non-alcoolisée. Il change tous les six mois, mais ce sont toujours des spécialités régionales. Il coûte 90 000 pesos [soit 26 euros environ, NDLR].

Le restaurant sert des spécialités régionales, à l'image de ce ceviche. Photo publiée sur le compte Instagram "restauranteinterno" le 3 août 2017.

 

"Chaque jour travaillé correspond à un jour de remise de peine"

Même si le menu peut sembler cher, il faut savoir que la cuisine est de très bonne qualité. Sans compter qu’il faut voir cela comme une sorte de don pour la fondation, servant à améliorer la qualité de vie des détenues dans cette prison [où le taux d’occupation est de 150 % environ, NDLR], ainsi que dans d’autres établissements. Par exemple, depuis le début du projet, nous avons pu acheter de nouveaux lits et matelas, des chaises ou encore des tables pour la prison. Enfin, nous reversons 200 000 pesos par mois aux familles des détenues [soit 57 euros environ, NDLR], sous forme de bons, puisque ces dernières n’ont pas le droit de toucher de l’argent directement.

Dernière choses : pour les détenues, chaque jour travaillé correspond à un jour de remise de peine. Et depuis le lancement du projet, nous avons constaté que les disputes entre elles avaient diminué de 50 à 60 %, puisqu’elles sont toutes occupées…

Ce projet est soutenu notamment par la banque interaméricaine de développement (BID), le ministère de la Justice ou encore le Service national de l’apprentissage.