SIERRA LEONE

Inondations en Sierra Leone : "On n'avait jamais vu s'effondrer un pan de montagne"

Photos des inondations dans le quartier de Regent, prises par Latoya Gerber et publiées sur son compte Twitter.
Photos des inondations dans le quartier de Regent, prises par Latoya Gerber et publiées sur son compte Twitter.

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Des pluies diluviennes se sont abattues sur la ville de Freetown, capitale de la Sierra Leone, et sur sa banlieue, dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 août, provoquant des coulées de boue impressionnantes le lendemain matin. Une catastrophe naturelle dont les victimes se comptent par centaines, et que raconte notre témoin.

La Croix-Rouge parle de plus de 300 morts, mais le bilan est amené à être revu à la hausse : les coulées de boue provoquées par les glissements de terrain ont enseveli les maisons du quartier Regent, dans la banlieue de Freetown, rendant ainsi impossible l’accès pour rechercher les centaines de disparus. Quelques 3 000 personnes se retrouvent également à la rue, après la destruction de leurs maisons.

Vidéo prise par notre Observatrice Victoria, quelques heures après le début des glissements de terrain.

"La terre a tremblé, puis nous avons entendu un bruit d'effondrement"

Victoria Gerber, 21 ans, est étudiante en droit à Freetown. Elle explique que les glissements de terrain ont été provoqués par l’affaissement d’un pan de la montagne Sugar Loaf, qui surplombe la ville :

Les coulées de boue ont commencé aux alentours de 6 heures du matin. À un moment, nous avons entendu des secousses et la terre a tremblé. Puis on a entendu le bruit d’un effondrement, et on s’est rendu compte que la moitié de la montagne Sugar Loaf s’est affaissée. C’est ce qui a provoqué la coulée de boue ainsi que cette avalanche de débris.

La boue a recouvert les maisons et les personnes qui se trouvaient autour. Des familles entières ont disparu : les inondations ont commencé très tôt, avant même que les gens partent au travail, du coup, les familles étaient encore chez elles quand elles ont été emportées par le torrent de boue. Les maisons qui se trouvent en bas de la montagne sont inaccessibles. Des gens qui vivent dans d’autres quartiers de la ville ont essayé de contacter des proches qui habitent là-bas par téléphone, mais en vain. Ils supposent qu’ils sont morts. La plupart des corps sont encore ensevelis, parce qu’il n’y a ni assez de pelleteuses, ni assez de volontaires pour les tirer de là. La seule zone où l’on a pu extraire des corps de victimes est celle où le terrain est plat.

La montagne de Sugar Loaf, après l'effondrement. Vidéo filmée par Latoya Gerber, la cousine de Victoria, et publiée sur son compte Twitter.

"L'eau nous arrivait jusqu'aux épaules"

La situation est très dangereuse. Les survivants ne peuvent pas faire grand-chose, car ils ont peur de nouveaux glissements de terrain. Il y a encore des pierres et des déchets qui continuent de tomber de la montagne. Je pense que bon nombre de ces maisons n’auraient jamais dû être construites au flanc de la montagne. Avec la quantité de boue entraînée par les pluies, les constructions n’ont pas résisté. Mais cette catastrophe est exceptionnelle, c’est la première fois que quelque chose d’une telle magnitude arrive, je n’ai jamais vu un pan de montagne s’effondrer ainsi ! Et l’eau continue à couler, on se croirait devant des chutes d’eau !

Pour ma part, j’ai eu de la chance, ma famille se porte bien. Le torrent a emporté un mur ainsi que le portail de l’immeuble que j’habite. On s’est retrouvé coincés : une rivière me séparait de mes parents et l’eau nous arrivait jusqu’aux épaules. Il a fallu qu’ils utilisent une corde, à laquelle je m’étais attachée, pour me tirer jusqu’à eux à travers les courants.

Si le bilan de cette catastrophe est particulièrement alarmant, la Sierra Leone, pays où il pleut six mois par an, souffre régulièrement des conséquences des inondations, à cause du manque d’infrastructure. De nombreuses habitations précaires sont souvent emportées par les pluies torrentielles, dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres au monde.

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Autre vidéo des inondations publiée par un des habitants du quartier.