Mercredi matin, à Bamako, devait se tenir un sit-in organisé devant l’ORTM, la principale chaîne de télévision publique malienne, pour dénoncer son absence d’impartialité. Alors que la manifestation était autorisée et encadrée par la police, plusieurs individus sont venus violenter les participants, qui ont finalement annulé le rassemblement.

Les manifestants s’étaient réunis à l’appel des mouvements "Trop c’est trop" et "Ça suffit", deux collectifs se présentant comme des "mouvements citoyens d’éveil". Ils reprochent l’absence d’impartialité de la chaîne et réclament la démission de son directeur.

Selon eux, la chaîne publique diffuse trop de reportages favorables aux partisans du "oui" pour le référendum sur la Constitution malienne. Cette concertation devait avoir lieu le 9 juillet, mais a finalement été reportée sine die.  Les détracteurs du projet de révision du texte fondamental estiment notamment qu’il donnerait trop de pouvoirs au président de la République.

Devant l'ORTM: des gros bras déployés sur le lieu du sit-in pour sabotage.

Publié par Mali Koura sur mercredi 19 juillet 2017

"Pour moi, c’est une très mauvaise image que l’on montre du Mali en empêchant une manifestation autorisée et pacifique de se tenir"

Malick Konaté, est un des leaders du mouvement "Trop c’est trop" qui participait à la manifestation ce matin.

Quand je suis arrivé vers 8 h, j’ai vu une cinquantaine d’hommes en tee-shirt blanc. Ils se sont approchés de nous en gonflant les muscles, nous ont menacé et demandé de quitter les lieux. Ils ont expliqué qu’ils ne voulaient pas qu’il y ait de manifestations dans leur quartier, ou pas d’affrontement avec les forces de l’ordre [ce quartier près de l’ORTM est appelé "quartier Bozola" ; il est situé près du fleuve Niger et est composé principalement de pêcheurs, NDLR].

À leur arrivée dans le quartier Bozola, les manifestants constatent la présence de plusieurs hommes avec des tee-shirts blancs qui leur demandent de ne pas manifester. Photos Tatou Solidarité.

Je leur ai dit que nous avions l’autorisation de manifester, et qu’il n’était en aucun cas prévu de s’affronter avec les forces de l’ordre. Il y avait d’ailleurs déjà quelques policiers qui étaient là pour encadrer la manifestation.

Alors que nous discutions avec le commissaire de police pour tenter de régler la situation, ces gros bras sont venus nous frapper sous ses yeux. J’ai été poussé, mon téléphone et ma montre ont été arrachés, d’autres ont reçu des coups de poing. Les policiers n’ont pas réagi et il y a eu des échauffourées pendant quelques minutes.

Images filmées par Anthony Fouchard, correspondant de France 24 au Mali.

Une fois la situation calmée, le commissaire nous a ensuite demandé de faire notre manifestation en seulement 30 minutes pendant qu’ils allaient contenir ces badauds. Nous avons refusé, car, pour nous, il n’était pas négociable que des inconnus nous mettent sous pression, alors que la manifestation avait été autorisée.

Pour moi, c’est une très mauvaise image que l’on montre du Mali, où une revendication pacifique et autorisée et finalement avortée par des gros bras, sous le regard conciliant de la police. Il nous semble normal de demander qu’une chaine publique, financée par nos impôts, soit équitable dans le traitement de l'information.

Pour le directeur général de la police malienne : "Aucun problème de sécurité à signaler lors de la manifestation"

Contacté par France 24, le directeur regional de la police de Bamako, Siska Sidibé, affirme que tout avait été mis en œuvre avec les manifestants pour assurer leur sécurité, et celle des riverains de la manifestation. Selon lui, le rapport fait par ses hommes n'a pas révélé de problème particulier de sécurité lors de la manifestation. "Si les manifestants ont quitté les lieux, cela ne concerne pas la police, qui a fait son travail" a t-il ajouté.

Aucune information sur l’identité des "badauds" ne permettaient d’identifier avec certitude leur objectif et leur motivation. Les manifestants ont annoncé tenir prochainement une réunion pour décider de la suite du mouvement.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone